Archive for mars 2016

Les techniques de la Carto’ : qu’est-ce qu’un levé topographique ?

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Lors d’un précédent article, le blog du SyAGE vous a amené à découvrir le service Cartographie du Syndicat. Aujourd’hui, Marion et Pascal, agents au sein de cette équipe, nous expliquent une de leurs techniques de travail : le levé topographique. 

« Aujourd’hui, nous allons cartographier le réseau qu’il y a sous nos pieds », me dit Pascal, en m’indiquant l’emplacement d’un regard de visite au centre de la place du Général de Gaulle, à Périgny-sur-Yerres. En dessous de la plaque qu’il montre du doigt se trouve le réseau de transports des eaux usées, traversant la commune sur 1,5 kilomètre. Rétrocédées par le département du Val-de-Marne sur lequel Périgny se situe, ces conduites doivent maintenant être intégrées au SIG (Système d’Information Géographique) du Syndicat,  afin que leur emplacement puisse être connu avec la plus grande exactitude par les services techniques du SyAGE.

 
De x à y…

Pour cela, Marion et Pascal procède à un levé topographique. Cette opération a pour objectif de récolter des données existantes sur le terrain en vue de leur transcription sur une carte. « C’est simple, m’explique Marion. Nous devons acquérir l’abscisse, l’ordonnée et la hauteur de chacun des tampons du réseau. Et pour cela, nous avons à notre disposition 3 outils essentiels au métier de cartographe : un tachéomètre, un GPS et un niveau ».

L’abscisse (x) et l’ordonnée (y) de points de référence sont calculés par le GPS, dont la précision – primordiale dans le domaine de l’assainissement – va jusqu’au centimètre. « Il faut capter les signaux d’au moins 20 satellites pour qu’une position soit triangulée correctement », explique Pascal. « Ce sont les mêmes satellites qui sont utilisés par les cartographes du monde entier ! », rajoute Marion, enthousiaste.  L’acquisition de ces deux données s’appelle le lever planimétrique.

Si x et y s’acquiert plutôt facilement grâce au GPS, pour la hauteur (z), l’opération va s’avérer un peu plus compliquée…
 
…En passant par z

De 1857 à 1864, le topographe français Paul-Adrien Bourdalouë parcourut la France pour y disséminer 15 000 repères altimétriques en fontes, réalisant ainsi les premières lignes du nivellement général de la France métropolitaine. Pourvu maintenant de plus de 450 000 points – dont 11 sont situés à Périgny, ce gigantesque canevas géré par l’IGN (Institut Géographique National)  permet aux topographes de connaître avec précision l’altitude de chaque point matérialisé par un repère.

« Nous partirons du repère situé au carrefour entre la Départementale 53 et la rue de Servon. Nous utiliserons la technique du nivellement direct pour déterminer l’altitude du premier tampon qui servira ensuite de référence », m’explique Marion.

Cette technique consiste à positionner une mire (3) – règle graduée tous les centimètres, sur un repère de nivellement, et à en placer une autre 20 mètres plus loin (1). Puis, à équidistance entre les deux, un niveau – appareil permettant de matérialiser une ligne de visée horizontale (2) – est mis en place. Le dénivelé résulte de la différence de lecture entre les deux mires. Il est alors nécessaire de le soustraire à l’altitude déterminée par le repère de nivellement pour obtenir l’altitude de la mire la plus basse. Puis, l’opération sera répétée selon le même principe, jusqu’à atteindre le regard dont les coordonnées x et y sont déjà connues, et dont on pourra alors déterminer la hauteur (z). L’acquisition de cette donnée s’appelle le nivellement.

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Schéma expliquant la technique du nivellement direct (Joachim Baecker / CC-by-SA 2.0)

Les coordonnées du premier tampon serviront de référence pour le relevé topographique des autres tampons réalisé à l’aide d’un tachéomètre (appareil permettant de mesurer des angles et des distances). Les angles mesurés entre l’appareil, le point de référence et le nouveau point, ainsi que la distance de ce point à l’appareil, permettront grâce à un calcul mathématique, de connaître les coordonnées du nouveau point.

« Les coordonnées de quasiment tous les sommets des églises et châteaux d’eaux de France sont connus et répertoriés dans une base de données. Quand le GPS n’existait pas encore, nous utilisions ces informations pour déterminer, par triangulation, les points que nous voulions connaître », m’explique Pascal. « Mais ça, c’était une autre aventure ! », conclut-il, tout sourire.

Une petite histoire de l’assainissement

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Quai Voltaire, coupe du collecteur des quais, 1899 (Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)/ Hervé Lewandowski)

De nos jours, il suffit de pousser un bouton, de vider un évier ou encore d’ouvrir une bonde pour être débarrassé des eaux que nous avons souillées. Tout se passe comme si elles disparaissaient de nos esprits au moment même où elles sortaient de nos maisons. Mais, ce qui nous paraît relever d’une « magie ordinaire » est pourtant le fruit d’une évolution des consciences et des techniques à travers les siècles.

 

Du « tout à la rue » au « tout à l’égout »

Si, au VIème siècle avant JC, Rome était déjà pourvu d’un grand collecteur récupérant les eaux usées de la ville pour les jeter dans le Tibre, cette construction resta malheureusement une exception historique qui ne fût pas amenée à se généraliser.

En effet, dès le Moyen-Âge, les systèmes d’évacuation des eaux sales mis au point par les Romains, ne sont plus utilisés. Conséquence de cet abandon, la mode du « tout à la rue » commence à se démocratiser dans les grandes villes, entraînant insalubrité, épidémies et pestilences. C’est, par ailleurs, cette absence d’évacuation des eaux usées qui favorisa la transmission du bacille de la Peste en 1348, causant la mort de près d’1/3 de la population française.

Si les grandes épidémies firent des ravages sans pareil, elles eurent paradoxalement l’avantage de faire avancer considérablement les progrès en assainissement. Ainsi la peste de 1530 réglementa le nettoyage des rues et imposa dans chaque maison la construction d’une « fosse à retrait ». Et l’épidémie de choléra de 1832 poussa le préfet de police parisien de l’époque à prendre des mesures draconiennes pour stopper l’insalubrité.

C’est en 1854 que l’ingénieur hydrologue Eugène Belgrand, sous les ordres du Préfet Haussmann, mis en place un réseau d’égouts pour acheminer les effluents vers la Seine en aval. En 1894, la réglementation en vigueur contraignit les immeubles parisiens à déverser eaux pluviales et usées dans les canalisations nouvellement créees. Celles-ci se chargeant alors de les transporter, dans un réseau dit « unitaire », jusqu’à l’aval de la Seine. Le tout-à-l’égout était né.

 
Épurer les eaux

Avancée remarquable pour l’assainissement dans la capitale, les travaux d’Eugène Belgrand eurent néanmoins pour revers de déplacer la pollution dans le Nord-Ouest parisien. Conscients de cette nécessité d’épurer les eaux avant de les rendre au milieu naturel, les ingénieurs Mille et Durand-Claye entreprirent des essais d’épandage des eaux usées dans les plaines agricoles aux alentours d’Asnières et de Gennevilliers.

Economiquement très rentables, ces premières expériences d’épuration biologique furent couronnées de succès.  En effet, selon les deux ingénieurs, « une tonne d’eau d’égout coûterait 0,10 francs à fabriquer, rien qu’en achat de matière première » si l’épandage agricole n’était pas réalisé avec cette méthode.

Mais l’urbanisation galopante des abords de la capitale ne permit bientôt plus de trouver des terres où épandre les eaux usées. C’est pourquoi, suite à ce premier galop d’essai, plusieurs stations d’épuration aux méthodes toujours plus rigoureuses seront installées au cœur de la capitale.  Aujourd’hui, près de 530 stations parsèment l’Île-de-France, pour une population de 11,6 millions d’habitants.

 
Séparer les réseaux

Les problèmes d’épuration réglés, les réseaux « unitaires » occasionnaient encore des pollutions non négligeables. En effet, ces canalisations intègrent à leur structure des « déversoirs d’orage », dont la fonction est de récupérer l’excédent transitant dans les réseaux en période de grosse pluie, pour le rejeter directement et sans aucun traitement vers le milieu naturel.

C’est en prenant conscience de ce problème que les agences de bassin ont initié la création des réseaux dit « séparatifs », scindant la collecte des eaux usées – dirigées vers la station d’épuration – de celle des eaux pluviales – évacuées vers le milieu naturel. « Outre ce problème de pollution, bon nombre de stations d’épuration, dont les capacités de stockage étaient sous-dimensionnées au regard du volume d’eau qu’elles avaient à traiter, ont accueilli favorablement le changement vers le séparatif, nous apprend Delphine Devin-Collgon, chef du service Assainissement et Relations aux Usagers ».

Si la séparativité des réseaux a été effectuée sur le territoire du SyAGE dès 1987, de fortes contraintes urbanistiques et financières n’ont pas permis cette transformation dans d’autres lieux. Paris, par exemple, a conservé son réseau unitaire. En effet la longueur de l’ensemble de ses conduits (2600 kilomètres), ainsi que leur proximité avec bon nombre d’immeubles et de monuments classés historiques, font partie des paramètres qui ont rendu impossible une transition vers le séparatif.

Ainsi, comme le dit Jean-Claude Deutsch, Professeur à l’école national des ponts et chaussées, « l’ensemble des paramètres qui sont en jeu (économiques, institutionnels, techniques, contrôle des branchements, mise en oeuvre de méthodes alternatives de stockage) ne facilite pas le choix [entre réseau unitaire et séparatif]. Ce qui semble à peu près acquis aujourd’hui, c’est que dans les centres-villes où le réseau unitaire existe depuis longtemps, il ne semble pas raisonnable d’envisager la transformation en réseau séparatif pour des raisons d’analyse coûts-avantages. Par contre, il faut bien maîtriser le fonctionnement des déversoirs d’orage de manière à minimiser l’impact des rejets directs. Dans les nouvelles urbanisations en amont, il faut plutôt se diriger vers un séparatif […] en portant une attention particulière au contrôle des branchements au moment de la construction et dans la durée ».

C’est pourquoi, au SyAGE, les services techniques effectuent régulièrement des contrôles de branchements chez les particuliers et les professionnels du territoire afin de vérifier leur bon raccordement au réseau séparatif, et offrent conseils et expertises en cas de non-conformité.

Loi Biodiversité : un trait d’union entre l’Homme et la Nature

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Fauvel / CC BY-SA 2.0

Portée par la Ministre de l’Environnement Ségolène Royal depuis mars 2014, la loi Biodiversité – ou « projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » – est présentée ce mois-ci devant l’Assemblée Nationale pour un 2ème passage. C’est l’occasion pour le blog du SyAGE de faire un point à mi-parcours sur la philosophie de cette loi, et d’en présenter quelques éléments-clés.

 
Un peu d’histoire…

Préserver la nature, cela implique-t-il nécessairement de la figer à la manière d’un paysage de carte postale ? Si les premières mesures de protection de l’environnement – comme la création d’espaces dédiés – tendaient à abonder dans ce sens, il est vite apparu nécessaire de prendre en compte le dynamisme propre à la biodiversité pour améliorer les conditions nécessaires à sa préservation.

C’est ainsi qu’à la création des Parcs Nationaux dans les années 60 succédèrent des initiatives comme Natura 2000, réseau connecté d’espaces naturels à l’échelle européenne, et plus récemment la création de la Trame Verte et Bleue, initiée grâce au Grenelle de l’Environnement. Chacune de ces politiques tentait d’allier préservation de la biodiversité et aménagement du territoire.

S’inscrivant à la suite de cette philosophie, la loi Biodiversité a pour enjeu de « renforcer et étendre ce qui a fait ses preuves [et de] simplifier et clarifier ce qui s’est additionné au fil du temps », explique Ségolène Royal.

 
Le principe de solidarité écologique réaffirmé

Le terme de biodiversité désigne la diversité du monde vivant, à tous ses niveaux : des gênes jusqu’aux écosystèmes, en passant par les espèces. Or son développement est aujourd’hui mis à mal par des activités industrielles mal maîtrisées qui engendrent pollutions des sols, des eaux et fragmentation des habitats naturels. De plus, non contentes de participer à une érosion du vivant d’une manière qui n’a pas d’égal dans l’histoire de l’humanité, ces activités accélèrent le réchauffement climatique en relâchant dans l’atmosphère de grandes quantités de carbone.

C’est pourquoi lutter efficacement pour la reconquête de la biodiversité implique de prendre en compte l’ensemble des facteurs concourants à son érosion. C’est cette nécessaire intrication entre politiques de protection de la nature et transition écologique qui a conduit le texte de la loi à inclure dans ses statuts la création de l’Agence Française pour la Biodiversité. Celle-ci aura la charge de coordonner l’action de l’Etat et des collectivités, en vue d’un « cadre stratégique commun » pour la reconquête de la biodiversité.

Ainsi s’ouvrent de nouvelles perspectives dans le champ de la conservation de la nature, qui reposait traditionnellement sur une opposition entre espaces naturels et espaces anthropisés. Dorénavant, il s’agira de replacer l’homme comme « un compagnon voyageur des autres espèces dans l’odyssée de l’évolution », selon les mots de l’écologiste américain Aldo Leopold. Et c’est cette philosophie que le principe de « solidarité écologique » – appelant à prendre en compte les interactions avec les écosystèmes dans toutes prises de décisions publiques – vient réaffirmer dans l’article 2 du projet de loi.

« La gestion de l’eau au niveau du bassin ou du sous-bassin hydrographique était déjà présente dans le code de l’environnement. Néanmoins, l’affirmation du principe de solidarité écologique vient conforter l’idée selon laquelle la seule échelle cohérente pour gérer une rivière est celle du bassin-versant », nous explique Nathalie Gil, Directeur Juridique du SyAGE. « En effet, ajoute-t-elle, l’eau coule de sa source jusqu’à sa confluence, charriant avec elle tout un écosystème. Sachant cela, séparer la gestion de l’amont de celle de l’aval serait absurde, et contreviendrait au principe de solidarité écologique ».

Pour plus de renseignements sur les différentes mesures proposées par le « projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages », cliquez ici.

Pourquoi le SyAGE met-il les saules en têtard le long de la rivière ?

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« Saules-têtards le long d’un fossé », peinture d’Alphonse Asselbergs.

Tous les 3 ans, de fin décembre jusqu’à mi-mars, les services techniques du SyAGE parcourent les berges du Réveillon de Santeny jusqu’à Yerres pour « mettre en têtard » les saules du bord de la rivière.

Cette pratique ancestrale de sculpture végétale consiste à couper le haut du tronc d’un arbre, puis, pendant ses premières années de formation, à enlever régulièrement les pousses qui viendraient y apparaître.

Après cette période initiale, la « mise en têtard » se poursuit en rabattant, tous les 3 ans, les rejets qui apparaissent sur la tête du tronc.

Ces rabattements successifs provoquent l’apparition de bourrelets de cicatrisation et élargissent le haut du saule pour lui donner une forme de « grosse tête ». La fréquence de cette opération – appelée étêtage – diminue au fur et à mesure que l’arbre se développe.

Portrait, Saule taillé en têtard .

         Saule taillé en têtard

Longtemps utilisée pour le bois de chauffage qu’elle permettait de récolter, cette technique est maintenant promue notamment pour son intérêt écologique. En effet, les cavités formées à la faveur des coupes successives permettent à la faune cavernicole de pouvoir se loger en toute sécurité.

Dernière étape de la campagne d’étêtage triennale des saules, les équipes du SyAGE seront à proximité de la rue de Cerçay à Villecresnes jusqu’au vendredi 18 mars.

Enfin, dans un souci de développement durable, le bois récolté depuis le début de cette opération servira à faire du compost dans le but de solidifier les chemins, ainsi que du tressage – méthode de Génie végétal utilisée pour solidifier les berges.

Un jour, une astreinte : une racine bouche un réseau d’eaux usées à côté de la gare de Boussy-Saint-Antoine

un jour une astreinte
le Syndicat dispose d’un système d’astreinte (01-69-83-72-72) qui lui permet d’intervenir 24h/24 et 7 jours sur 7 sur l’ensemble de son territoire.

Le dimanche 28 Février à midi, le SyAGE a été contacté pour signaler un refoulement d’eaux usées dans le bois situé en bordure de la gare de Boussy-Saint-Antoine. Le technicien d’astreinte s’est déplacé rapidement sur les lieux pour constater que ce désagrément était dû à la présence d’une racine dans le réseau d’eaux usées. Obstruant la moitié de son diamètre, elle retenait toute la graisse en transit et conduisait, in fine, à stopper le bon écoulement des eaux.

Suite à son expertise, le technicien a fait intervenir une entreprise spécialisée, afin d’enlever la graisse accumulée. « Bien qu’indispensable pour stopper le refoulement, cette solution n’était que temporaire, nous explique-t-il. Enlever la racine du réseau restait une priorité pour permettre à celui-ci de retrouver de manière durable son débit habituel ».

Sur la base de ces informations, Alexis, technicien d’assainissement pour le service Entretien aux Communes, a planifié une intervention le jeudi 3 mars dans l’après-midi pour scier la racine, et l’extraire de la canalisation. « Heureusement, nous dit-il, qu’elle arrivait au niveau d’un regard. Cela a grandement facilité l’opération ».

Enfin, la présence de cette racine ayant potentiellement fragilisé la structure du réseau, une inspection télévisée de ce dernier sera prochainement réalisée afin de déterminer si des réparations sont à prévoir.

« Il faut montrer qu’il y a des alternatives viables face aux problèmes que posent les produits phytosanitaires »

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Piloté par les Ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, le plan Ecophyto 2 a été mis en place fin 2015, et vise à réaffirmer un objectif de diminution du recours aux produits phytosanitaires avec notamment une interdiction de la vente des herbicides de type glyphosates en libre-service dès le 1er Janvier 2017.
 
La mise en place de ces nouvelles réglementations sont l’occasion pour nous de vous apporter un éclairage sur le sujet, en compagnie d’Amandine Lebreton, coordinatrice agriculture / alimentation pour la Fondation Nicolas Hulot.

 
 
 

Outre les interdictions à venir de leur vente ou de leur utilisation, les principaux moyens pour inciter à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires consistent en une application du principe pollueur-payeur ou en une promotion des méthodes alternatives. Selon vous lequel de ces moyens a apporté le plus de résultats ?

Ces deux méthodes ne sont pas à opposer. Au contraire, elles doivent être complémentaires. Ainsi le principe pollueur-payeur sera beaucoup plus efficace si les sommes récupérées servent à financer intégralement les méthodes alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires. C’est aujourd’hui partiellement le cas, mais cette tendance doit s’accentuer car elle donne des résultats efficaces.

Ainsi, le réseau de fermes « Dephy », créé à l’occasion du plan « Ecophyto » et spécialisé dans l’expérimentation des systèmes économes en produits phytosanitaires, a pu montrer qu’en raisonnant l’utilisation des pesticides, il était possible de réduire de 15 % leur usage.

 

Les insecticides de type néonicotinoïdes sont accusés d’être responsables du déclin des insectes de type pollinisateurs, dont les abeilles. L’interdiction de plusieurs de ces produits dès 2008 en Italie a fait chuter la mortalité des ruches de 37 à 15 % en 3 ans. Tandis que le 22 Janvier 2016, les Sénateurs français ont repoussé l’interdiction de l’usage de ces produits. Comment expliquez-vous cette différence de mentalité ?

Tout changement se fait dans la durée, c’est indéniable. Et l’Italie ne fait pas exception à cette règle : il a fallu une succession de prises de conscience pour arriver à ce résultat.

Néanmoins, partout dans le monde, les études sur les pesticides néonicotinoïdes se succèdent et prouvent leur impact sur l’ensemble des écosystèmes. L’année dernière, il est même sorti une étude dans laquelle il était affirmé que ces produits pouvaient avoir un impact sur le développement du cerveau des enfants. Il est donc légitime de se demander ce qu’on doit attendre de plus pour légiférer sur leurs interdictions.

Aujourd’hui, les parlementaires de tous bords politiques ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile deviennent de plus en plus convaincus de l’impact néfaste des néonicotinoïdes sur notre santé et notre environnement. J’espère donc que le nouveau passage de la loi Biodiversité à l’Assemblée Nationale en Mars sera couronné de succès.

 

La nécessaire réduction des produits phytosanitaires en milieu agricole et non agricole est acceptée et comprise par la grande majorité des français. Que voudriez-vous dire à ceux qui aujourd’hui en doutent encore ?

Même si une grande partie de notre alimentation a été produite en utilisant des pesticides, il ne faut pas pour autant en déduire qu’il est impossible de faire autrement.

J’invite, par exemple, ceux qui en doutent encore, à lire l’étude « Ecophyto R&D », réalisée par l’INRA. Ses résultats montrent qu’il est possible de réduire de 40% l’utilisation de pesticides en grande culture, certes en diminuant les rendements mais toujours en maintenant les marges.

L’idée, donc, n’est pas d’être alarmiste, mais de montrer qu’il y a des alternatives viables face aux problèmes que posent les produits phytosanitaires.