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Des problèmes solubles dans l’eau

Photo : @Nasa

Qu’elle se manifeste dans nos vies par l’excès ou au contraire par la pénurie, la question de l’eau va devenir un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Mais si elle nous pose déjà de nombreux problèmes, ce ne sont pas les solutions qui manquent. Tour d’horizon…

Comme tous les ans, le 22 mars sera la journée mondiale de l’eau. Encore une journée mondiale, direz-vous. Elles sont nombreuses en effet et les thématiques en sont parfois cocasses ou peu mobilisatrices. En ce qui concerne l’eau, certains d’entre vous s’étonneront peut-être que l’ONU consacre un tel évènement à un élément somme toute banal et si répandu sur notre belle planète bleue.

Quand on vit en France, notamment – pays si riche en ressource hydrologique – on peut s’interroger sur le bien-fondé d’une telle journée : notre contrée est verdoyante, bien arrosée, naturellement irriguée et notre réseau d’eau potable ferait envie à bien des nations. Alors à quoi bon ? Où est le problème ?

L’eau n’a pas de frontière

Pour bien comprendre le sens d’une journée mondiale de l’eau, il est essentiel de se remémorer que cet élément a pour caractéristique principale d’obéir à des cycles vastes et complexes qui conduiront la plus humble goutte d’eau à parcourir des distances considérables et ce durant des périodes de temps tout aussi considérables.

En d’autres termes, nous ne sommes pas propriétaires des réserves d’eau présentes sur notre territoire : elles viennent d’ailleurs et y retourneront quand elles auront achevé la partie du cycle qui les fait transiter par notre pays.

Dans cette optique, il est évident que l’eau ne peut être gérée dans une logique purement locale et qu’elle nécessite au contraire une vision systémique, globale et transfrontalière.

L’aqua simplex n’est pas si simple

On le voit bien, l’eau est une thématique complexe qu’il est nécessaire d’appréhender sous des angles variés : hydrologie, économie, politique, écologie, etc. La mondialisation des enjeux et les phénomènes liés au réchauffement climatique ne font que confirmer cette nécessité.

Aristote disait naguère que tous les problèmes provenaient du manque ou de l’excès d’un élément donné et il en va de même pour l’eau. Quand elle manque, c’est la sècheresse et son cortège de misère mais quand elle déborde, c’est la catastrophe : crue, inondation, tsunami… Bien sûr, ces phénomènes naturels ont toujours existé, mais il semble bien que les modifications environnementales liées à l’activité humaine les aient multipliés et amplifiés. Pire encore, la fonte des glaces polaires menace d’engloutissement des pans entiers de territoires côtiers traditionnellement très peuplés.

Phénomènes naturels, conséquences politiques…

Outre les drames humains que ces modifications vont entraîner, il y a fort à parier que ces bouleversements s’accompagneront de soubresauts politiques ou de tensions internationales. La prise en charge des futurs réfugiés climatiques, la gestion des ressources hydrique dans les zones arides ou bien encore le non-respect des accords internationaux sur le climat entraîneront forcément de différends dont on ne peut qu’espérer qu’ils se résoudront de façon pacifique.

En filigrane de ces problématiques politiques, on distingue LA grande question de l’eau, une question autant philosophique qu’économique : l’eau appartient-elle à quelqu’un ou est-elle un bien commun ?

La plupart des Etats y ont répondu en affirmant que l’eau n’appartient à personne et que son accès doit être, autant que faire se peut, garanti à tout le monde. Mais la question de la privatisation de l’eau est néanmoins régulièrement soulevée et le statut de « bien commun de la Nation » que l’article premier de la Loi sur l’Eau lui garantit en France devra sans doute être âprement défendu contre les tenants d’une marchandisation généralisée de la planète.

Une eau inépuisable mais pas toujours accessible

Si les quantités d’eau présente sur la planète sont absolument colossales, il s’agit là d’une abondance trompeuse et faussement rassurante. En effet, l’eau douce disponible ne représente que 0.7% de l’eau présente sur Terre et de plus, cette eau n’est pas également répartie à la surface du Globe. De plus, cette eau étant de plus en plus polluée ou gaspillée, son acheminement et son traitement deviennent de plus en plus couteux. La gestion quantitative et qualitative de l’eau devient donc une priorité, y compris pour des pays comme la France, pourtant favorisée en matière de ressource hydrique.

Face à cette multiplication des périls et des difficultés, on assiste heureusement à une prise de conscience générale et à une véritable coalition des bonnes volontés tant sur le plan local (Syndicat de rivière, établissements publics de bassin, agences de l’eau) que sur le plan international (conférences sur le climat, coopération internationale, organismes supra-étatiques).

Faire d’un principe une réalité

S’il est vrai que l’eau appartient à tous, il est indispensable que ce principe généreux devienne une réalité effective. Pour ce faire, deux objectifs devront être atteints : préserver la ressource en eau pour la léguer aux générations futures ; permettre à tout être humain, où qu’il soit, d’accéder à cette précieuse ressource.

Inondations : s’adapter et se préparer

Empêcher la crue d’une rivière est une mission impossible. Ce phénomène naturel fait partie intégrante de la vie des cours d’eau. Mais il est possible d’en limiter les conséquences.

Changer de regard. La première étape est non seulement d’accepter ce phénomène mais aussi de considérer ses bienfaits.  Lors d’une crue, les eaux qui s’étalent dans la plaine peuvent ensuite, en s’infiltrant, contribuer à recharger les nappes alluviales (volume d’eau souterraine). Les inondations ont également un rôle épurateur essentiel pour le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Elles transportent en effet des nutriments nécessaires à la survie de certaines espèces, de l’amont vers l’aval dans les plaines inondables. Enfin, en apportant de l’eau aux frayères et aux zones humides, elles favorisent la reproduction et le déplacement des animaux aquatiques comme les batraciens.

Donner l’alerte. Une fois ce phénomène accepté, quelle stratégie adopter ? Disposer d’un service de surveillance et d’annonce de crue s’avère primordial pour améliorer le délai de prévision et organiser l’évacuation des populations. La France s’est dotée du SCHAPI (service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations), un dispositif national chargé notamment d’établir les cartes de vigilance crues pour les cours d’eau. Au SyAGE, la vigie s’appelle SIRYAC. En complément des systèmes existants, ce service d’information gratuit permet de prévenir individuellement par téléphone les riverains qui demandent à être avertis en cas de crue de l’Yerres ou du Réveillon (rendez-vous sur www.syage.org pour vous inscrire au SIRYAC).

Réduire la vulnérabilité. Dans les zones qui seront assurément inondées, certains aménagements vont contribuer à réduire leur vulnérabilité. Il peut s’agir d’installer en hauteur certains biens ou équipements, de mettre les produits polluants hors d’atteinte, de prévoir des sacs de sable qui retardent la montée des eaux dans les bâtiments ou encore de surélever les transformateurs et tableaux de distribution électriques.

Construire des aménagements. D’autres aménagements de protection plus importants ont fait leurs preuves. Les zones d’expansion de crues sont des espaces inondables, généralement ruraux, qui visent à préserver les zones urbanisées. Autres dispositifs : les digues de protection et les barrages de stockage de l’eau dont le rôle est de ralentir le débit de l’eau de la rivière, donc de diminuer l’inondation en aval. Autre levier d’action : la réduction de l’imperméabilisation des sols pour améliorer l’infiltration des eaux pluviales et limiter ainsi les ruissellements aggravant les inondations.

L’eau, une marchandise ?

On peut choisir de répondre à cette question sous un angle philosophique, mais il n’est pas pour autant possible d’évacuer les problématiques économiques liées à l’eau.

Par les temps qui courent, « vivre d’amour et d’eau fraîche » pourrait se révéler plus coûteux que ne l’imaginaient naguère les inventeurs de la formule. En effet, si l’on peut encore penser que l’amour est gratuit, il n’en va plus de même pour l’eau ou plus exactement pour l’ensemble des services qui permettent l’accès à l’eau.

En effet, il est loin le temps où il suffisait de se pencher pour s’abreuver à une source ou de tourner une manivelle pour tirer un peu d’eau du puits. Les investissements énormes nécessités par le captage, l’acheminement, la dépollution ou l’assainissement de l’eau impliquent que la consommation de celle-ci va représenter un coût pour le consommateur.

L’eau est gratuite, pas le service

En clair, ce n’est pas l’eau que paye le consommateur mais le prix du service. Cette différence n’est pas que rhétorique puisque c’est ce principe d’un « droit à l’eau » qui a conduit plusieurs tribunaux à déclarer illégales les coupures d’alimentation à l’encontre de consommateurs qui, en difficulté financière, n’avaient pu régler leurs factures.

En France, même si une partie de la gestion de l’eau peut faire l’objet de délégation de service public, elle reste néanmoins, in fine, de la responsabilité des pouvoirs publics et des collectivités qui, notamment par le biais de la mutualisation et des intercommunalités, sont assez riches pour faire face aux investissements importants que nécessite cette gestion.

Privatiser l’eau : une solution pour le tiers-monde ?

Ce fut une idée à la mode que d’affirmer que dans le tiers monde, seul les grands opérateurs privés occidentaux pouvaient assumer ce type d’investissements et qu’il fallait donc y encourager la « privatisation » de l’eau. En définitive, les résultats pratiques en furent décevants, se traduisant principalement par une forte hausse des tarifs et des inégalités accrue entre les régions offrant un fort retour sur investissement et les autres.

Aujourd’hui, la tendance est plutôt à privilégier les acteurs locaux en multipliant les transferts de compétences et les incitations – y compris financières – à augmenter leur efficacité et leur productivité. En effet, il ne suffit pas d’affirmer que les habitants du tiers-monde ont tous droit à un accès à l’eau potable, encore faut-il que ce droit devienne une réalité tangible. Il est également essentiel que les pays du tiers monde puissent exercer ce droit de façon autonome et ne dépendent plus, pour ce faire, de la bonne volonté plus ou moins désintéressée des pays riches.

L’eau, source de bien des maux

Si elle est indispensable à la vie, l’eau est aussi bien souvent à l’origine de nombreuses catastrophes naturelles, parmi les plus dévastatrices. Inondations, glissements de terrains, sécheresses sont autant de manifestations de ses colères ou de ses caprices.

Avec le réchauffement climatique qui ne cesse d’inquiéter la communauté internationale, c’est tout l’équilibre mondial qui se retrouve menacé par les bouleversements que connaît notre planète et l’eau, en constitue aujourd’hui un des problèmes les plus préoccupants. On a coutume de dire que l’eau, qui représente 70% de la surface du globe, est à l’origine de la vie sur Terre. C’est d’autant plus vrai si l’on compare notre chère planète aux autres astres rocheux ou gazeux, qui sont dépourvus de cette précieuse ressource. En surabondance parfois, ou à contrario en profond déficit, l’eau peut alors provoquer sinistres et désolations comme en témoignent malheureusement les importantes catastrophes naturelles que nous avons connues ces dernières années.

Les deux visages de l’eau

Pour la plupart d’entre elles, l’eau en était la cause principale ou à minima le facteur aggravant. Crues, vagues de sécheresse, tempêtes tropicales, tsunamis… Depuis la fin du XXème siècle, ces phénomènes exceptionnels se sont intensifiés et ont touché presque un tiers de l’humanité en provoquant des désastres considérables et bouleversant la vie de millions d’individus à travers le globe. Qui ne se souvient pas en 2005, de la tempête Katrina et des inondations d’une ampleur jamais vue à la Nouvelle Orléans ? Plus proche de nous, en août 2003 lorsque l’Europe entière s’est vue confrontée à une sécheresse sans précédent provoquant une surmortalité dans tous les pays membres de l’union. Ou plus récemment, lorsque des intempéries exceptionnelles se sont abattues sur le sud-est de la France en octobre 2015 provoquant des glissements de terrain et des inondations spectaculaires. Tous ces phénomènes que l’on pourrait qualifier de « cataclysmiques » nous rappelle que l’eau nourricière, source de vie, peut devenir dévastatrice pour ne pas dire mortifère.

L’eau insidieuse

Si les effets directs des catastrophes naturelles ont un impact important, leurs conséquences à court  ou moyen terme affectent durablement les populations sinistrées. Dans le cas des inondations par exemple, lorsque les eaux se retirent, c’est à ce moment qu’apparaissent les risques sanitaires les plus dangereux pour l’Homme. Au registre infectieux tout d’abord puisque les maladies et autres facteurs pathogènes y trouvent un terrain propice à leur expansion. Bien souvent, d’importantes pollutions se diffusent et causent alors plus de dégâts sur l’environnement que la catastrophe elle-même qui vient de se terminer. L’eau potable devient une ressource rare, les points d’approvisionnement traditionnels étant désormais impropres à la consommation, il faut bien souvent réorganiser toute une logistique particulière afin que les populations touchées puissent subvenir aux besoins les plus élémentaires durant cette période de crise.

Un partage arbitraire de la ressource

Dans le cas des sécheresses, outre les problèmes de santé publique, c’est l’économie d’une région ou d’un pays tout entier qui se retrouve mise à mal par la manque d’eau, principalement dans le secteur agricole bien sûr mais pas seulement. Son absence fragilise le fonctionnement des états eux-mêmes, créant discordes et instabilité parmi toutes les couches sociales touchées par la pénurie d’eau. Les épisodes d’aridité extrême que connaissent aujourd’hui plusieurs pays d’Afrique de l’est en sont malheureusement un triste exemple. Selon l’agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), une catastrophe humanitaire est en train d’éclater dans cette région du globe, déjà durement touchée par des famines importantes par le passé . 17 millions de personnes risquent de souffrir très prochainement de graves pénuries alimentaires dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique. En Somalie, en Ethiopie et au Soudan, la famine et la malnutrition menacent les populations déjà très touchées et affaiblies par les conflits armés qui émaillent cette région du monde depuis maintenant plusieurs dizaines d’années. Cette eau qui fait cruellement défaut à quelques-uns se retrouve en excès chez d’autres, c’est cet antagonisme fort qui attise bien souvent les convoitises lorsque la ressource vient à manquer. Les conflits économiques, voire philosophiques, que nous avions évoqués dans notre magazine en mars 2016*, évoquent ces tensions qui conduisent certains pays à s’affronter pour le contrôle de l’eau. Autant dire que l’accès à la ressource en eau pour tous, deviendra un enjeu de plus en plus important dans les années à venir, compte tenus des bouleversements auxquels bon nombre de pays sont aujourd’hui déjà confrontés.

*L’eau n°77 – Dossier « La Guerre de l’eau »