Archive for mai 2018

Luc Michler : une thèse sur la renaturation de l’Yerres


La renaturation de l’Yerres et du Réveillon est un enjeu majeur pour le SyAGE. L’objectif de ces opérations, référencées dans la Directive cadre sur l’eau de l’Union européenne en l’an 2000, est de redonner la vie aux cours d’eau et améliorer la biodiversité en supprimant les obstacles construits par l’homme, comme les barrages ou les clapets, ce qui permet notamment un meilleur transport des sédiments et une circulation des poissons optimisée. Un volet protection des inondations est le plus souvent associé à ces travaux. Dès 2010, le SyAGE a abaissé le barrage Suzanne, à Crosne, pour obtenir la renaturation des 400 mètres de linéaire dépendant du barrage. Le syndicat mène également de nombreuses études pour des effacements d’ouvrages dont les premiers seront réalisés à partir de l’année prochaine. Enfin, Dans le cadre du contrat du Sage de l’Yerres aval (voir pages 38 et 39), 23 objectifs ont été définis, à réaliser avant 2019. Parmi eux, on peut citer l’effacement d’ouvrages dans le cadre de la renaturation des cours d’eau. A titre d’exemples, pour l’Yerres, il s’agit des sites du Moulin de Varennes et de Vaux-la-Reine ; sur le Réveillon, le seuil du Culbuteau, à Yerres ; sur la Ménagerie, la vanne du bassin de la source, à Ozoir-la-ferrière. Au total, une dizaine d’ouvrages devront être effacés sur la durée du contrat (2017 – 2022).

L’Yerres, « boring river »
Le SyAGE accueille en son sein, depuis 2014, un étudiant, Luc Michler, qui prépare une thèse sur la question de la renaturation de l’Yerres*. Plus précisément, l’étudiant en quatrième année de doctorat de géographie physique s’est focalisé sur trois ouvrages : le barrage de Villeneuve-Saint-Georges, celui de Céravenne et le clapet d’Ozouer-le-Voulgis (Seine-et-Marne). Trois ouvrages qui ne sont abaissés que temporairement, principalement en automne et hiver (le clapet d’Ozouer est abaissé chaque année du 1er novembre au 31 mars). Son travail** consiste à étudier les conséquences de leur effacement sur les plans hydromorphologiques et hydrosédimentaires. « Nous manquons de connaissances scientifiques concernant l’effacement des barrages sur les rivières à faible énergie », explique le jeune homme. Ces cours d’eau, comme l’Yerres, que les scientifiques anglo-saxons appellent « boring rivers », réagissent en effet différemment, du fait du peu de relief sur le bassin versant.

La crue bienfaitrice
Le doctorant a réalisé de nombreux prélèvements et mesures sur le terrain, particulièrement durant les trente premiers mois de sa thèse, débutée au SyAGE en novembre 2014. Deux types de suivi ont été menés. Un suivi morphologique, visant à étudier l’évolution de la forme de la rivière à l’aide de relevés topographiques, en collaboration avec le service Cartographie du SyAGE. Et un suivi sédimentologique, au moyen de prélèvements de sédiments sur les lits de la rivière. L’étudiant a ainsi observé que la taille des sédiments évolue après l‘abaissement, les plus petits étant remplacés par d’autres plus grossiers. Un événement imprévu a apporté une dimension supplémentaire à ce travail : la crue de 2016. « J’ai réalisé de nouvelles campagnes de mesures de terrain, pendant l’épisode et après, raconte le thésard. J’ai obtenu des résultats originaux car les conséquences d’une crue de cette ampleur sur les rivières à faible énergie n’avaient, à ma connaissance, jamais été documentées. C’est une première mondiale ! »

Stabilité des berges après effacement
Luc Michler est désormais passé à la rédaction de sa thèse, qui devrait comprendre dix chapitres et environ 300 pages. A l’intérieur, on découvrira notamment que « les rivières de faible énergie n’ont pas forcément un potentiel de réajustement après un effacement. Elles n’ont pas la capacité de se renaturer par elle-même, de diversifier leur tracé, reprend-t-il. L’impact morphologique de l’effacement est donc de plus faible ampleur mais on observe quand même une restauration du transit sédimentaire. » Conséquence, pour assurer une renaturation plus complète, l’homme devra « les aider ». Autre observation déterminante : la stabilité des berges. « Contrairement à la littérature scientifique et à des retours d’expérience dans d’autres lieux, les résultats montrent qu’ici, en cas d’abaissement total temporaire ou sur une plus longue période, la stabilité des berges est quasi-totale. Ceci est dû à la dynamique limitée de l’Yerres mais aussi à la composition sédimentologique de ses berges, avec des sédiments très fins, argileux et limoneux, très cohésifs. Et on retrouve ces caractéristiques sur l’ensemble du bassin versant. »
Luc Michler a déjà dévoilé une partie de ses recherches lors de deux conférences. La première en Inde, à New Delhi, lors de la Conférence internationale de géomorphologie, en novembre 2017. La seconde en janvier 2018, à Lyon lors de la Journée des jeunes géomorphologues. Sa thèse devrait être achevée avant l’été. « L’idée est qu’elle ait une application concrète. D’abord au SyAGE, puis espérer qu’elle ait un impact sur les décideurs qui souhaitent réaliser la restauration écologique de leur rivière. »

*Luc Michler a pu réaliser sa thèse au sein du SyAGE en vertu d’une Convention industrielle de formation par la recherche (Cifre), passée entre lui, l’université Paris-Diderot, le SyAGE, en qualité d’employeur.
**Sa thèse s’intitule « Détermination d’un indicateur de prévision des impacts hydromorphologiques et hydrosédimentaires du décloisonnement de l’Yerres. Son directeur de thèse est Gilles Arnaud-Fassetta, professeur à l’Université Paris-Diderot.