Archive for septembre 2018

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Volkan Tanaci : Le miel, par-dessus les toits…

Volkan Tanaci, ancien banquier reconverti dans l’apiculture, nous a reçus au Grands Voisins, un « village urbain » installé dans les bâtiments de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul, à Paris. Une interview parue dans L’O n°86, le magazine du SyAGE, disponible au format numérique sur www.syage.org et fr.calameo.com En voici la version longue.

Jean-Baptiste Ferrero : Vous êtes un apiculteur, mais un apiculteur pas tout à fait comme les autres. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Volkan Tanaci : Oui je suis un apiculteur urbain : j’installe des ruches en ville, parfois sur le toit des entreprises, parfois sur les toits des établissements, des collectivités. Ça peut aussi être un jardin et plein d’autres différents endroits.

Jean-Baptiste Ferrero : Pourquoi avoir fait ce choix d’être un apiculteur urbain plutôt qu’un apiculteur rural ?

Volkan Tanaci : En fait j’ai eu une expérience d’apiculture rurale. J’ai appris le métier chez un apiculteur professionnel qui avait plus de 800 ruches à la campagne, en Seine et Marne. J’y ai travaillé pendant six ans. J’ai appris beaucoup de choses. Mais j’ai toujours habité à Paris et à un moment donné je me suis dit « pourquoi je ne fais pas ce métier en ville ? » Je savais qu’il y avait des ruches à Paris. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? » à ce moment là.

Jean-Baptiste Ferrero : Que vous a apporté ce métier à titre personnel ?

Volkan Tanaci : Avant de faire ce métier, j’ai travaillé dans les banques. Mais j’ai toujours voulu être à l’extérieur, travailler à l’extérieur. Ce choix d’être apiculteur m’a apporté la liberté de faire quelque chose de vraiment fécond pour la vie, de vraiment utile. Pendant toutes mes études et après, quand je travaillais à la banque, je me disais : « Qu’est ce que je peux faire d’utile pour la vie ? ». Pas uniquement pour moi. Gagner de l’argent, consommer, acheter des choses, une voiture, une maison, tout ça… J’ai tout de suite compris que ça ne me rendrait pas heureux.

Jean-Baptiste Ferrero : L’apiculture vous a permis de vous sentir plus en phase avec vous-même ?

Volkan Tanaci : Ce qui est amusant c’est qu’étant jeune j’avais très peur des abeilles et des insectes volants. J’ai accepté ce nouveau métier malgré ma peur des abeilles parce que c’est tellement agréable de travailler dans la nature et de faire quelque chose utile pour la vie humaine. Et puis on vit avec les abeilles, on sent comment elles réagissent et on peut mesurer le résultat de son travail. Et quand je vois les gens qui apprécient le miel que j’ai mis en pot, c’est très satisfaisant.

Jean-Baptiste Ferrero : Donc vous travaillez avec des entreprises ou des collectivités pour lesquelles vous installez des ruches. Quel est l’intérêt des entreprises à mettre en place ce type d’initiative ?

Volkan Tanaci : J’installe des ruches sur le toit des entreprises à leur demande. L’intérêt pour les entreprises c’est de montrer un engagement écologique afin de renforcer leur « éco-image » et participer à la biodiversité de la ville. Quand j’installe des ruches je deviens l’apiculteur de l’entreprise : je m’occupe toute l’année de ses ruches, j’anime des ateliers pour les salariés qui ont envie de découvrir le monde des abeilles et je propose certaines activités auprès des ruches avec du matériel adapté. Quand j’ai fait la récolte, je mets en pot tout le miel qui appartient alors aux entreprises et aux salariés.

Jean-Baptiste Ferrero : Pensez vous qu’il soit possible de faire entrer la nature dans la ville ?

Volkan Tanaci : C’est non seulement possible mais c’est même une nécessité maintenant. On a beaucoup opposé la campagne et la ville. On est loin de la nature et on vit « métro boulot dodo ». Mais aujourd’hui il y a beaucoup d’initiatives à la fois expérimentales et traditionnelles qui créent des petits coins de paradis partout dans Paris*. Je suis toujours en lien avec ce genre de projet parce que les abeilles aujourd’hui à Paris, c’est une réalité incontournable. On a beaucoup de preuves que les abeilles sont beaucoup plus heureuses en ville qu’à la campagne et c’est très positif pour l’écosystème de la ville et sa biodiversité.

Jean-Baptiste Ferrero : Vous pensez que les abeilles constituent un bon vecteur de sensibilisation ?

Volkan Tanaci : Les abeilles sont indispensables aux écosystèmes. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de porteurs de projets « écologiques » qui savent que maintenant les abeilles constituent un bon outil pour leur travail de sensibilisation. Pour nous, apiculteurs urbains, il est très important qu’on montre que les abeilles sont en bonne santé en ville et qu’il n’y a pas de mortalité. Ainsi c’est un outil pour faire du miel mais aussi pour sensibiliser le public.
C’est grâce à la présence des abeilles que la mairie de Paris a pris conscience qu’il faut planter davantage de fleurs. Il faut mettre beaucoup d’arbres fruitiers et des fleurs dans les jardins mais il faut aussi protéger les abeilles. C’est pour cela qu’ils ont interdit il y a deux ans l’utilisation des produits chimiques et des pesticides dans les jardins publics et bientôt j’espère que ce sera interdit aussi pour les particuliers en ville.

Jean-Baptiste Ferrero : Donc vous confirmez que la mortalité des abeilles est moins importante à Paris qu’en dehors de Paris ?

Volkan Tanaci : Absolument ! Beaucoup moins importante ! Je peux vous l’affirmer tranquillement parce que j’ai deux expériences en matière d’apiculture. J’ai travaillé pendant six ans à la campagne en Seine et Marne. Chaque année on avait une mortalité d’environ 30 % sur un cheptel de 800 ruches. Ça c’est très important, catastrophique même ! Cela veut dire qu’on perd 150 à 200 colonies par an. Et dans chaque ruche vous avez de 50.000 à 100.000 abeilles.

Jean-Baptiste Ferrero : Quelle est la cause principale de cette mortalité ?

Volkan Tanaci : On me demande souvent « C’est quoi le problème principal des abeilles ? », « Pourquoi elles ont disparu ? ». Et ma réponse est toujours la même : le problème ce sont les humains parce que l’on sait bien que ce sont les pesticides qui causent cette sur-mortalité. Il y a aussi les frelons asiatiques mais c’est loin d’être aussi grave que les pesticides. Depuis deux ans et demi, j’ai commencé à installer des ruches en ville. J’ai 2 à 3 % de mortalité par an. Parce qu’à Paris on est loin des champs bourrés de pesticides. C’est pour ça que les abeilles vivent tranquillement à Paris. On y trouve aussi un microclimat ainsi qu’une variété de fleurs plus importante qu’à la campagne. Aussi étonnant que cela paraisse, la biodiversité est désormais plus importante en ville qu’à la campagne. Et là c’est vraiment ça qui permet aux abeilles d’être plus heureuses et en meilleure santé.

Jean-Baptiste Ferrero : Aujourd’hui beaucoup de personnes sont inquiètes voire catastrophistes par rapport à l’avenir en termes d’environnement. Vous semblez plutôt optimiste ou en tout cas volontariste par rapport à ces questions…

Volkan Tanaci : Oui je suis quand même optimiste même s’il est vrai que la situation est catastrophique. Il y a beaucoup de problèmes environnementaux à commencer par le changement climatique. Mais si on ne peut pas changer le monde d’un seul coup on peut commencer par changer nous-mêmes. Le monde est fait de personnes et si chacune de ces personnes fait quelque chose, il peut y avoir de grands résultats. Et puis cela peut donner l’exemple. Il faut penser aux générations futures.

Jean-Baptiste Ferrero : Je crois que vous avez encore de nouveaux projets ?

Volkan Tanaci : Oui. Pour les personnes ou les entreprises ou collectivités qui ne peuvent pas financer plusieurs ruches, je commence à lancer pour l’année prochaine des parrainages de ruches. Vous parrainez une ruche et cela vous permet de participer au projet, vous êtes informé régulièrement de la vie de votre ruche et naturellement à la fin de l’année vous pouvez recevoir une partie du miel de cette ruche. J’espère qu’il y aura des gens qui participeront pour soutenir notre engagement. Notre miel a déjà été primé dans des concours : une médaille d’or et une médaille d’argent. C’est très valorisant et j’espère que cela continuera.

* Par exemple des « fermes urbaines » comme la Recyclerie dans le XVIIIème arrondissement ou les Grands Voisins dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul dans le XIVème.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Ferrero.

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La passerelle du ru du Gord remplacée

Les promeneurs du Gord seront satisfaits : la petite passerelle du ru du Gord, qui était fermée depuis plusieurs mois en raison de sa dégradation, a été remplacée ce matin par une structure provisoire. Celle-ci, d’une dimension de sept mètres sur 1,90 m, a été installée sur le site par une équipe de quatre personnes, dirigée par Antonio Domingues, de l’entreprise mandatée pour réaliser l’opération. Ne restait plus, en fin de matinée, que le comblement des accès de la passerelle avec de la grave concassée pour que riverains, joggeurs et promeneurs puissent l’emprunter. Des études sont menées actuellement par le SyAGE pour décider du sort de l’ancienne passerelle, qui sera réparée ou remplacée par une structure définitive.