Archive for octobre 2018

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La vasière, un milieu naturel en trompe-l’œil

L’été touche à sa fin. Il laisse derrière lui les marques visibles d’un mois d’août particulièrement chaud et faiblement arrosé.
Dans la vallée de l’Yerres, l’effet de ce coup de chaud est notamment perceptible à Crosne, dans le parc des bords de l’Yerres, où pelouses, prairies et friches ont laissé place à la « savane », et où fossés et pièces d’eau sont devenus marigots (petites mares dans les paysages arides). Le manque d’eau estivale est criant, d’autant plus à la périphérie de l’étang, où la vasière s’étend progressivement. La vie semble y avoir disparu.
Faite de sédiments organiques fins et aplanis, située à mi-chemin entre terre et eau, la vasière est un habitat naturel temporaire, tout en trompe l’œil. Car loin d’être sans vie, la vasière abrite et nourrit grandes et petites bêtes sauvages de la vallée.
Au cortège des Tous Petits (de l’ordre du millimètre et moins), les plus nombreux d’ailleurs, on trouve bactéries et autres invertébrés qui se partagent les missions essentielles de dégradation, de transformation et de stockage de la matière organique. Je ne m’attarde pas à les nommer et à les décrire, la liste est longue et leur observation nécessite l’utilisation d’un matériel optique de pointe.

Filtreurs et brouteurs
Le cortège qui suit, celui des Petits (quelques centimètres), compte, lui, des êtres vivants qu’il est rare d’observer, puisqu’habituellement immergés. Parmi la végétation exondée (sortie de l’eau) anodontes et limnées, appelées plus communément moules d’eau douce et escargots d’eau, errent sur la vase, surpris par l’évaporation croissante et le recul des eaux de l’étang. La première, « filtreur », la seconde, « brouteur », participent tous deux activement au fonctionnement équilibré de leur habitat. En tant que filtreur, l’anodonte nettoie et améliore la qualité de l’eau de l’étang. Elle occupe par ailleurs une place essentielle dans le cycle de reproduction de la Bouvière, en abritant dès leurs premiers jours d’existence, œufs et alevins de ce poisson protégé. La limnée, en qualité de brouteur vorace, limite quant à elle la prolifération des algues dans l’eau, assurant limpidité et photosynthèse dans l’étang. Anecdote singulière à son sujet, cet escargot d’eau colonise mares et étangs par voie aérienne, grâce à ses œufs gélatineux parfois fixés aux pattes et plumes des oiseaux.
Enfin, à même les sédiments les plus meubles de la vasière, on devine sans forcément le voir le cortège des Grands, qui, suffisamment lourds, marquent le sol de leur passage. Une coulée de deux mains et de deux pieds de quatre doigts délicats de 3 à 7 cm de longueur, qui mène à une coquille d’anodonte éclatée, atteste du passage d’un Rat musqué. Plus loin, deux pieds composés de trois longs doigts décalés de 45°, opposés à un quatrième plus court en arrière, le tout dessinant une coulée à demi immergée, révèlent la trace d’un Héron cendré. Il y a aussi cette coulée rectiligne, plus ancienne, qui appartient au renard, et qui laisse encore apparaître des pas réguliers, où sont répartis quatre coussinets sur deux rangs décalés.
Par définition, une vasière c’est également et surtout un sol constitué d’eau et de sédiments meubles, parfois profond et souvent dangereux. Alors, nul besoin alors de vous faire un dessin, contentez-vous de l’observer « de loin », vous préserverez votre sécurité ainsi que la tranquillité du microcosme qui s’y plaît.

Vincent Delecour, service Aménagement et Protection des Milieux du SyAGE

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Le grand réseau des vigies de l’environnement

Qu’y a-t-il de commun entre Jamira, habitante du Malawi, Thomas, président du Visov*, et l’une des futures sentinelles du SyAGE sur l’Yerres ? Réponse : tous font partie d’un réseau informel, celui des vigies de l’environnement, qui partagent la volonté d’informer sur les phénomènes naturels graves pour éviter ou limiter leurs effets.

Jamira, comme le raconte Le Monde dans un article paru le 5 juin, participe à un réseau d’alerte précoce des crues. Chaque matin, comme d’autres volontaires ailleurs au Malawi, elle vient relever le niveau de l’eau de la rivière qui passe dans son village. Lorsque la jauge indique un niveau dangereux, elle lance l’alerte au téléphone à des référents situés dans les villages en aval, qui peuvent appeler à l’aide de leur vuvuzela à l’évacuation des habitants en cas de nécessité. Financé notamment par le Fonds vert pour le Climat (Nations unies), ce réseau nécessite du matériel (jauges, téléphones, torches) et un effort de formation des volontaires, tous bénévoles. Son efficacité a été éprouvée à plusieurs reprises dans cet Etat très pauvre, qui manque d’infrastructures et subit de plein fouet les effets de la déforestation et des changements climatiques.

Le SyAGE aura ses « sentinelles »
De son côté, le SyAGE aura ses propres « sentinelles » à l’horizon 2020. Comme Jamira, ces hommes et femmes bénévoles et volontaires relèveront les niveaux d’eau, cette fois aux confluences de l’Yerres et de ses affluents (Yvron, Visandre, Avon, Marsange, Bréon, Barbançonne, Beuvron, et Réveillon). L’objectif est de mesurer précisément les contributions respectives des affluents aux crues de l’Yerres et de mieux comprendre comment les pics de crue se forment. Pour cela, des règles limnimétriques seront installées sur les têtes de bassin-versant, les volontaires relevant les niveaux à intervalles réguliers. Mais ce projet a d’autres objectifs. « L’idée est de faire prendre conscience aux habitants de l’existence du cours d’eau et des risques d’inondations, explique Olivier Delecluse, chef du service Télégestion et Traitement des informations du SyAGE. Cette connaissance pourra faire tâche d’encre quand les sentinelles diffuseront les informations au sein de leur propre réseau. »

Visov et ses « chasseurs » d’information
Réseau toujours, avec les Volontaires Internationaux en Soutien Opérationnel Virtuel (Visov). Mis en place en 2012 et officiellement créé deux ans plus tard, Visov regroupe une centaine** de « chasseurs d’information » sur les réseaux sociaux. « Notre but est de prendre l’information pour la transformer ensuite en renseignements, précise Thomas Loison, président de Visov depuis janvier 2018. Pour cela, on la collecte, la vérifie et la filtre avant de la mettre à disposition des autorités dans un classeur virtuel, afin de permettre d’orienter les actions. » L’outil principal de Visov ? Les réseaux sociaux. Ce sont les messages postés sur ces medias qui permettent aux volontaires de prendre connaissance des faits. Le travail sur les secteurs concernés par une catastrophe, naturelle ou pas, passe par l’analyse des pages locales, qui permettent par exemple, en cas de crues, de constater les maisons inondées ou les comportements inadaptés. « Nous pouvons ainsi signaler à l’autorité compétente que la pose de barrières est devenue nécessaire à tel endroit et rappeler des consignes de sécurité sur les réseaux, reprend le Nancéien. Plus largement, l’objectif est de diffuser des conseils de prévention, détecter des images et vidéos permettant de mieux comprendre la crise. Il est également possible de détecter des personnes en danger et qui communiqueraient via les réseaux sociaux. »

* Volontaires internationaux en soutien opérationnel visuel.
** Pour rejoindre Visov, vous pouvez poser votre candidature sur www.visov.org. Une bonne connaissance des réseaux sociaux est indispensable.

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Objectif : « baignade en Seine »

La Seine à Paris devrait être rendue à la baignade en 2025, en 26 endroits dédiés. L’Agence de l’Eau Seine-Normandie et le département de l’Essonne accompagnent cet objectif sur leurs territoires de compétence, avec le concours de nombreux partenaires, dont le SyAGE.

Aux Jeux olympiques de 2024, les épreuves de nage en eau libre et de triathlon devraient se dérouler dans la Seine. Un an plus tard, le fleuve parisien devrait être rouvert à la baignade en 26 endroits dédiés et gérés par des structures privées, comme il l’était dans la capitale jusqu’en 1923 ou même les années 60 dans des villes comme Corbeil-Essonnes (photo) ou Draveil. Un plan compris entre 1,2 et 1,4 milliard d’euros pour atteindre cet objectif, mené par la Ville de Paris, la métropole et l’Etat, a été dévoilé aujourd’hui par Les Echos. Il comprend notamment la modernisation des stations d’épuration de Valenton et Noisy; la vérification et la mise en conformité des canalisations des eaux usées de 35.000 particuliers; des créations de retenues pluviales et opérations de désimperméabilisation, à réaliser par les collectivités métropolitaines; l’interdiction pour les péniches des rejets dans le fleuve. « L’objectif du « Bon état » écologique de la rivière, prescrit par l’Union européenne, devra être atteint pour cet objectif de baignade », analyse Sabine Fourel, responsable du pôle Perspective et Bilan du SyAGE. Si la Seine est actuellement interdite à la baignade à Paris, c’est notamment parce qu’elle est polluée par des bactéries entérocoques, marqueurs des matières fécales, particulièrement lorsque de fortes pluies dégradent la qualité de l’eau à cause des ruissellements et de la saturation des réseaux d’assainissement. C’est ce qui s’était passé en 2017 dans le bassin de la Villette, où trois structures installées pour la baignade ont dû être fermées une journée à cause d’un taux de bactéries supérieur aux normes. La Marne, elle, devrait être rendue à la baignade en 2022, en vertu de ce même plan d’action.

Poursuivre au-delà de la petite couronne
Ce projet initié sur le territoire de la métropole parisienne, les élus du Conseil départemental de l’Essonne ont souhaité poursuivre cette démarche sur le linéaire essonnien en amont du Val de Marne. Lancé le 14 juin dernier, le plan d’action a débuté par une campagne de mesures en cinq endroits, dont deux à Draveil, pour améliorer la connaissance de la qualité bactériologique de la Seine en Essonne. « A partir de septembre, deux comités techniques vont être lancés », explique Amandine Luez, chef de secteur Eau Potable Assainissement du conseil départemental. Le premier travaillera sur l’amélioration de la qualité bactériologique de la Seine. Le second devra proposer des sites de baignade, qui seront portés par des communes ou intercommunalités. A ce stade, les communes de Corbeil-Essonne, Ris-Orangis et L’Etablissement Public Territorial Grand Orly Seine Bièvre, notamment, ont manifesté leur intérêt. « Il n’est pas prévu de proposer des baignades libres en dehors de zones bien définies et surveillées », souligne Amandine Luez. Et le temps presse puisqu’ « avant d’ouvrir un site de baignade, la règlementation impose la réalisation d’un profil de baignade qui demande idéalement un suivi de la qualité de l’eau sur quatre ans ».

Amandine Luez, chef du secteur Eau Potable Assainissement du conseil départemental de l’Essonne, est engagée dans ce plan d’action.

Le SyAGE partie prenante
Le SyAGE participe à ces efforts. Si l’Yerres n’est pas concernée directement par le projet de baignade, le cours d’eau est intimement lié au projet en tant qu’affluent de la Seine. « L’apport principal d’eaux pluviales d’une grande partie du territoire syndical rejoint la Seine via l’Yerres et ses affluents à la confluence, explique Eric Chalaux, directeur général adjoint du SyAGE. La qualité de la rivière est suivie en continu au pont d’Yerres à Villeneuve-Saint-Georges et la majorité des gros rejets est équipée de dispositifs de traitement (dépollueurs télé-surveillés) sur les communes de l’Essonne et du Val-de-Marne. » Les efforts du syndicat porteront sur la mise en conformité des branchements des particuliers et sur le traitement des eaux de ruissellement, particulièrement à Vigneux-sur-Seine, où les flux des eaux pluviales rejoignent la Seine via des anciennes Sablières comme le Port aux Anglais (darse Pierre Marin) ou Montalbot. « C’est sur ces deux secteurs que le SyAGE étudie les futures solutions de traitement des eaux pluviales et portera le plus d’efforts en matière de travaux de dépollution d’ici 2024, opérations qui devraient bénéficier d’aides de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie et du conseil départemental de l’Essonne », précise Eric Chalaux.
« Les collectivités gestionnaires de l’assainissement et des affluents de la Seine, dont le SyAGE, sont des interlocuteurs essentiels à la réussite de cette démarche, conclut Amandine Luez. L’idée n’est pas de faire un plan d’action général mais de déterminer les actions par bassin versant en amont d’un site de baignade. Et rien ne peut remplacer la connaissance fine du terrain des acteurs de l’assainissement. »

Photo du haut : La baignade de Corbeil-Essonnes – Collection Mémoire et Patrimoine Vivant – Photo Claude Breteau – Traitement numérique Jean-Pierre Bientz.