Castor en Île-de-France : nouvelle découverte

Castor en Île-de-France : nouvelle découverte

Publié le 20 décembre 2017

Thierry Führer a décidément de la pugnacité. Alors que c’était déjà lui qui avait découvert la première preuve de la présence du castor en Essonne, en mai 2016, il a récidivé vendredi dernier. Cette fois, il ne s’agit plus d’un petit érable boulotté (grignoté) mais d’un site « travaillé » régulièrement, avec plusieurs arbres imposants abattus et de nombreuses autres branches coupées « en crayon », la manière caractéristique du rongeur qui avait pourtant disparu d’Île-de-France depuis deux siècles !

Alexandre Gerbaud (à gauche) et Thierry Führer ont récolté de multiples preuves de la présence du castor sur l’Essonne.

Le surveillant rivière du Siarce * apporte donc une nouvelle preuve du retour du castor, lui qui avait failli le voir en mai 2016. Ce jour-là, l’animal avait plongé près de lui sans qu’il ait le temps de le distinguer. Si cette observation visuelle manque toujours, il est désormais certain que le castor est de retour. Et ce vendredi décisif ouvre de nouvelles perspectives. « La hutte qui avait été découverte à Echarcon était inoccupée, confie Alexandre Gerbaud, technicien milieux aquatiques du Siarce. Cette fois, on a de grandes chances d’observer le castor sur ce site. Je pense que le portrait, c’est pour 2018 ! » Ce que l’on sait aujourd’hui, grâce aux traces relevées depuis 2016 tout le long de l’Essonne et notamment lors de la grosse campagne de prospection menée par plusieurs organismes dont le Siarce et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) en février et mars 2017, c’est que « l’animal est un castor d’Europe** et qu’il est très probable qu’il soit venu de la Loire, où il a été réintroduit au XXe siècle, à travers la forêt d’Orléans qui fait la jonction entre les bassins hydrographiques de la Loire et de la Seine », reprend Alexandre Gerbaud. On sait également qu’il y a plusieurs individus, les traces étant très éloignées les unes des autres, et que le milieu très propice des berges de l’Essonne, avec ses boisements alluviaux et son peu d’urbanisation, devrait faciliter son acclimatation et sa reproduction.

Lieu tenu secret

La zone découverte vendredi témoigne d’une activité encore jamais observée pour le castor en Île-de-France depuis sa recolonisation. (Photo Siarce)

Le lieu de la découverte de vendredi restera secret, pour ne pas déranger les animaux et éviter un afflux d’observateurs sur zone, tant l’animal suscite l’intérêt. Car les enjeux de son retour dépassent le seul aspect zoologique. « S’il revient, c’est la preuve que la rivière présente une meilleure habitabilité alors qu’elle avait été extrêmement fragilisée dans le passé par l’exploitation de la tourbe et l’implantation de peupleraies », relève Thierry Führer. Le maintien ou la réapparition de l’écrevisse à pattes blanches et de l’œnanthe fluviale avaient déjà témoigné de l’amélioration sensible de la qualité de l’eau. C’est donc la vision du milieu naturel qui change avec le castor. De même, l’animal peut être considéré comme un « ingénieur des éco-systèmes ». « C’est une espèce qui occupe le haut de la pyramide et peut recréer des milieux, faire revenir d’autres espèces. Par exemple, en coupant des arbres, ce qui ouvre des puits de lumière », abonde Alexandre Gerbaud. De quoi pardonner au castor les petites inondations et dégâts sur les peupleraies et arbres fruitiers qu’il occasionnerait. « Mais sur 95 % du territoire, il y aura zéro impact, rassure Thierry Führer. Et on en reparlera quand il y aura 100 familles installées, s’il n’y en a que dix, ça ne posera aucun problème. » Preuve de cette importance écologique, un arrêté préfectoral a été pris le 30 juin 2017 pour interdire le piégeage mortel sur les bords de la rivière dans 21 communes de l’Essonne où « cette espèce (le castor) est présente de manière avérée au vu du dynamisme de la phase de recolonisation qui est en cours. »

Des traces sur l’Yerres ?

La zone découverte vendredi témoigne d’une activité encore jamais observée pour le castor en Île-de-France depuis sa recolonisation. (Photo Siarce)

Mais puisque le rongeur est arrivé si près de Paris, peut-on imaginer qu’il continue sa remontée vers la capitale par l’Yerres et la Seine ? « Les traces s’arrêtent en amont de Corbeil-Essonnes, qui paraît être un obstacle infranchissable du fait de son urbanisation, analyse Alexandre Gerbaud. Sans compter les nombreux ouvrages hydrauliques. Il est donc hautement improbable qu’il soit allé en Seine mais restons prudents sur sa capacité de dispersion et d’adaptation. » Cependant, pour atteindre l’Essonne, le castor a dû passer par la Ferté-Alais, où personne ne l’a vu, et franchir des ouvrages. Et certaines parties de l’Yerres seraient favorables, selon les deux hommes. Alors ? « Rien n’est impossible, tranche Thierry Führer. En tous cas, je regarderai maintenant quand je serai sur l’Orge et l’Yerres si je ne vois pas des branches un peu blanches et des arbres coupés. Car il faut être très vigilant, tant qu’on ne cherche pas, les traces ne se remarquent pas. » Selon Paul Hurel, animateur du Réseau castor Île-de-France mis en place par l’ONCFS, le chemin le plus facile pour l’animal pour rejoindre la Seine passerait plutôt par le Loing. Sa présence sur cette rivière est avérée jusqu’au pont autoroutier de l’A 19, près de Montargis. La grosse crue de 2016 pourrait l’avoir poussé vers l’aval, vers Nemours.

En cas d’observation de l’animal ou de découvertes de traces, contactez le Réseau castor Île-de-France à cette adresse : paul.hurel@oncfs.gouv.fr

* Le Syndicat intercommunal d’aménagement des rivières et du cycle de l’eau est basé à Corbeil-Essonnes. Tél. : 01 60 89 82 20.

** Il existe aussi un castor du canada, classé comme espèce exotique envahissante. L’hypothèse que ce soit cette espèce qui se trouve en Essonne est écartée par les deux hommes du Siarce et Paul Hurel.

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