Archives pour “De l’eau et des hommes”

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Volkan Tanaci : Le miel, par-dessus les toits…

Volkan Tanaci, ancien banquier reconverti dans l’apiculture, nous a reçus au Grands Voisins, un « village urbain » installé dans les bâtiments de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul, à Paris. Une interview parue dans L’O n°86, le magazine du SyAGE, disponible au format numérique sur www.syage.org et fr.calameo.com En voici la version longue.

Jean-Baptiste Ferrero : Vous êtes un apiculteur, mais un apiculteur pas tout à fait comme les autres. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Volkan Tanaci : Oui je suis un apiculteur urbain : j’installe des ruches en ville, parfois sur le toit des entreprises, parfois sur les toits des établissements, des collectivités. Ça peut aussi être un jardin et plein d’autres différents endroits.

Jean-Baptiste Ferrero : Pourquoi avoir fait ce choix d’être un apiculteur urbain plutôt qu’un apiculteur rural ?

Volkan Tanaci : En fait j’ai eu une expérience d’apiculture rurale. J’ai appris le métier chez un apiculteur professionnel qui avait plus de 800 ruches à la campagne, en Seine et Marne. J’y ai travaillé pendant six ans. J’ai appris beaucoup de choses. Mais j’ai toujours habité à Paris et à un moment donné je me suis dit « pourquoi je ne fais pas ce métier en ville ? » Je savais qu’il y avait des ruches à Paris. Je me suis dit « pourquoi pas moi ? » à ce moment là.

Jean-Baptiste Ferrero : Que vous a apporté ce métier à titre personnel ?

Volkan Tanaci : Avant de faire ce métier, j’ai travaillé dans les banques. Mais j’ai toujours voulu être à l’extérieur, travailler à l’extérieur. Ce choix d’être apiculteur m’a apporté la liberté de faire quelque chose de vraiment fécond pour la vie, de vraiment utile. Pendant toutes mes études et après, quand je travaillais à la banque, je me disais : « Qu’est ce que je peux faire d’utile pour la vie ? ». Pas uniquement pour moi. Gagner de l’argent, consommer, acheter des choses, une voiture, une maison, tout ça… J’ai tout de suite compris que ça ne me rendrait pas heureux.

Jean-Baptiste Ferrero : L’apiculture vous a permis de vous sentir plus en phase avec vous-même ?

Volkan Tanaci : Ce qui est amusant c’est qu’étant jeune j’avais très peur des abeilles et des insectes volants. J’ai accepté ce nouveau métier malgré ma peur des abeilles parce que c’est tellement agréable de travailler dans la nature et de faire quelque chose utile pour la vie humaine. Et puis on vit avec les abeilles, on sent comment elles réagissent et on peut mesurer le résultat de son travail. Et quand je vois les gens qui apprécient le miel que j’ai mis en pot, c’est très satisfaisant.

Jean-Baptiste Ferrero : Donc vous travaillez avec des entreprises ou des collectivités pour lesquelles vous installez des ruches. Quel est l’intérêt des entreprises à mettre en place ce type d’initiative ?

Volkan Tanaci : J’installe des ruches sur le toit des entreprises à leur demande. L’intérêt pour les entreprises c’est de montrer un engagement écologique afin de renforcer leur « éco-image » et participer à la biodiversité de la ville. Quand j’installe des ruches je deviens l’apiculteur de l’entreprise : je m’occupe toute l’année de ses ruches, j’anime des ateliers pour les salariés qui ont envie de découvrir le monde des abeilles et je propose certaines activités auprès des ruches avec du matériel adapté. Quand j’ai fait la récolte, je mets en pot tout le miel qui appartient alors aux entreprises et aux salariés.

Jean-Baptiste Ferrero : Pensez vous qu’il soit possible de faire entrer la nature dans la ville ?

Volkan Tanaci : C’est non seulement possible mais c’est même une nécessité maintenant. On a beaucoup opposé la campagne et la ville. On est loin de la nature et on vit « métro boulot dodo ». Mais aujourd’hui il y a beaucoup d’initiatives à la fois expérimentales et traditionnelles qui créent des petits coins de paradis partout dans Paris*. Je suis toujours en lien avec ce genre de projet parce que les abeilles aujourd’hui à Paris, c’est une réalité incontournable. On a beaucoup de preuves que les abeilles sont beaucoup plus heureuses en ville qu’à la campagne et c’est très positif pour l’écosystème de la ville et sa biodiversité.

Jean-Baptiste Ferrero : Vous pensez que les abeilles constituent un bon vecteur de sensibilisation ?

Volkan Tanaci : Les abeilles sont indispensables aux écosystèmes. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de porteurs de projets « écologiques » qui savent que maintenant les abeilles constituent un bon outil pour leur travail de sensibilisation. Pour nous, apiculteurs urbains, il est très important qu’on montre que les abeilles sont en bonne santé en ville et qu’il n’y a pas de mortalité. Ainsi c’est un outil pour faire du miel mais aussi pour sensibiliser le public.
C’est grâce à la présence des abeilles que la mairie de Paris a pris conscience qu’il faut planter davantage de fleurs. Il faut mettre beaucoup d’arbres fruitiers et des fleurs dans les jardins mais il faut aussi protéger les abeilles. C’est pour cela qu’ils ont interdit il y a deux ans l’utilisation des produits chimiques et des pesticides dans les jardins publics et bientôt j’espère que ce sera interdit aussi pour les particuliers en ville.

Jean-Baptiste Ferrero : Donc vous confirmez que la mortalité des abeilles est moins importante à Paris qu’en dehors de Paris ?

Volkan Tanaci : Absolument ! Beaucoup moins importante ! Je peux vous l’affirmer tranquillement parce que j’ai deux expériences en matière d’apiculture. J’ai travaillé pendant six ans à la campagne en Seine et Marne. Chaque année on avait une mortalité d’environ 30 % sur un cheptel de 800 ruches. Ça c’est très important, catastrophique même ! Cela veut dire qu’on perd 150 à 200 colonies par an. Et dans chaque ruche vous avez de 50.000 à 100.000 abeilles.

Jean-Baptiste Ferrero : Quelle est la cause principale de cette mortalité ?

Volkan Tanaci : On me demande souvent « C’est quoi le problème principal des abeilles ? », « Pourquoi elles ont disparu ? ». Et ma réponse est toujours la même : le problème ce sont les humains parce que l’on sait bien que ce sont les pesticides qui causent cette sur-mortalité. Il y a aussi les frelons asiatiques mais c’est loin d’être aussi grave que les pesticides. Depuis deux ans et demi, j’ai commencé à installer des ruches en ville. J’ai 2 à 3 % de mortalité par an. Parce qu’à Paris on est loin des champs bourrés de pesticides. C’est pour ça que les abeilles vivent tranquillement à Paris. On y trouve aussi un microclimat ainsi qu’une variété de fleurs plus importante qu’à la campagne. Aussi étonnant que cela paraisse, la biodiversité est désormais plus importante en ville qu’à la campagne. Et là c’est vraiment ça qui permet aux abeilles d’être plus heureuses et en meilleure santé.

Jean-Baptiste Ferrero : Aujourd’hui beaucoup de personnes sont inquiètes voire catastrophistes par rapport à l’avenir en termes d’environnement. Vous semblez plutôt optimiste ou en tout cas volontariste par rapport à ces questions…

Volkan Tanaci : Oui je suis quand même optimiste même s’il est vrai que la situation est catastrophique. Il y a beaucoup de problèmes environnementaux à commencer par le changement climatique. Mais si on ne peut pas changer le monde d’un seul coup on peut commencer par changer nous-mêmes. Le monde est fait de personnes et si chacune de ces personnes fait quelque chose, il peut y avoir de grands résultats. Et puis cela peut donner l’exemple. Il faut penser aux générations futures.

Jean-Baptiste Ferrero : Je crois que vous avez encore de nouveaux projets ?

Volkan Tanaci : Oui. Pour les personnes ou les entreprises ou collectivités qui ne peuvent pas financer plusieurs ruches, je commence à lancer pour l’année prochaine des parrainages de ruches. Vous parrainez une ruche et cela vous permet de participer au projet, vous êtes informé régulièrement de la vie de votre ruche et naturellement à la fin de l’année vous pouvez recevoir une partie du miel de cette ruche. J’espère qu’il y aura des gens qui participeront pour soutenir notre engagement. Notre miel a déjà été primé dans des concours : une médaille d’or et une médaille d’argent. C’est très valorisant et j’espère que cela continuera.

* Par exemple des « fermes urbaines » comme la Recyclerie dans le XVIIIème arrondissement ou les Grands Voisins dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul dans le XIVème.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Ferrero.

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Spin & Sun : l’environnement en s’amusant

Du 7 au 22 juillet, la commune d’Epinay-sous-Sénart organise la troisième édition de Spin & Sun, le concept de plage urbaine qui propose des animations estivales pour tous les âges.
Le SyAGE, partenaire depuis le début, propose quatre après-midis (les mardis 10 et 17 juillet et les jeudis 12 et 19 juillet) d’animations autour du thème de l’environnement. Les deux premiers ont été de jolis succès, avec une grande participation des familles et des enfants. Un quiz nature entraîne les participants sur le chemin de la connaissance, aidé par un petit parcours où ils peuvent trouver de nombreux indices. Des démonstrations d’élagage et d’entretien de l’Yerres sont également proposées par le service Gestion et Entretien des Rivières. Le jeudi, le service Contrôle des Milieux Naturels réalise de son côté des sensibilisations au suivi de la qualité de l’eau, présente une partie de son travail et invite à la découverte des macro-invertébrés, de la faune et de la flore de nos rivières.
Le Spin & Sun propose par ailleurs de nombreuses activités comme de la piscine, des jeux nautiques, du grimpe d’arbres, des balades en poney, parcours aventure… Rendez-vous à la piscine Pierre Bonningue, rue Jean-Paul Sartre, à Epinay-sous-Sénart, et en contrebas, sur la plaine, jusqu’au 22 juillet.

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Katarina Dear : des jardins flottants dans la ville

Katarina Dear figure dans le top 10 des femmes nommées « leaders en devenir » par le programme Women4climate, qui a pour but de lutter contre le dérèglement climatique. La Parisienne de naissance a pour projet d’installer sur le canal Saint-Martin, à Paris, des radeaux végétalisés dépolluants, via son association Nature&Us. Les premiers exemplaires devraient être lancés au second semestre de cette année.

Jean-Baptiste Ferrero : En quoi consiste votre projet ?

Katarina Dear : L’objet des radeaux végétalisés est d’avoir des radeaux sur un canal ou une rivière et, sur ces radeaux, il y a des plantes qui ont plusieurs fonctions : diminuer le CO2, diminuer la température dans les villes et, grâce aux racines immergées dans l’eau de filtrer, de purifier l’eau mais également d’offrir un espace protégé permettant à la faune et à la flore de s’y développer.

JBF : Pourquoi avoir choisi le canal Saint-Martin ?

KD : La ville de Paris a organisé un appel à projets par le biais des budgets participatifs et comme je me promenais au bord du canal en me demandant quelle idée je pourrais trouver pour améliorer ma ville, j’ai eu l’idée d’améliorer la qualité de l’eau notamment en utilisant les plantes.

JBF : D’où est venue cette idée ?

KD : J’ai toujours été intéressée par l’écologie et j’ai souvent entendu parler de l’utilisation des plantes pour traiter les eaux usées par exemple ou pour filtrer l’eau dans les piscines naturelles.

« Peut-être les femmes ont-elles une forme de sensibilité protectrice »

JBF : Une telle solution serait-elle applicable sur l’Yerres par exemple ?

KD : Cette solution est utilisable sur une rivière en fonction, bien sûr, des conditions de courant ou de pente. On peut aussi l’utiliser sur des lacs.

JBF : Quel est le coût de cette opération ?

KD : Le budget s’élève à environ vingt mille euros et pour cette somme, on peut installer environ 50 mètres carrés de radeaux végétalisés.

JBF : Vous êtes donc plutôt optimiste et vous faites partie des gens qui pensent que l’on peut encore agir sur notre environnement ?

KD : (rires) Oui tout à fait ! Je pense que c’est important de sa battre, de mener des initiatives. Il ne faut pas être défaitiste et se dire que l’avenir de la planète est compromis. Il y a toujours des choses à faire et c’est un désir de ma part que d’améliorer les lieux dans lesquels on habite.

JBF : Vous faites partie des dix jeunes françaises dont le projet a été soutenu par l’opération internationale women4Climate. Pensez-vous que les femmes ont un rôle spécifique à jouer en matière de protection de l’environnement ?

KD : Il faut savoir que dans de nombreux pays – même si c’est moins le cas dans des pays comme la France – c’est souvent la femme qui gère les ressources de la maison et notamment l’eau. En les sensibilisant aux problématiques environnementales, on peut faire une vraie différence. Peut-être les femmes ont-elles également, un peu plus, une forme de sensibilité « protectrice » qui les pousse à préserver les choses, mais en réalité je pense que tous, hommes et femmes, peuvent et doivent contribuer à protéger l’environnement.

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La renaturation au cœur de la visite du Siarce

Jeudi 14 juin, le Siarce, Syndicat Intercommunal d’Aménagement, de Rivières et du Cycle de l’Eau, basé à Corbeil-Essonnes, a rendu visite au SyAGE. Une rencontre de travail sur le thème de la renaturation des cours d’eau mais aussi des promenades piétonnes en bord de rivière. Au programme : l’observation des sites de Varennes-Jarcy, objet de l’étude de renaturation du cours d’eau l’Yerres au niveau du moulin de Vaux-la-Reine ; le projet de transformation du plan d’eau envasé de la base de loisirs de Brunoy en une zone humide; la création d’un platelage surélevé en bois le long de la zone humide de Chalandray et l’écopaturage mis en œuvre à proximité…
Martin Sahaghian, ingénieur au Siarce, faisait partie de la délégation du syndicat*. « Nous essayons autant que possible d’échanger avec nos voisins, expliquait-il. Que cela soit ceux qui opèrent à l’amont de notre territoire sur le même bassin hydrographique, par exemple : le Smore (cela nous a été très utile lors de la crue de 2016) ou le Siarja (gestionnaire du plus gros tributaire de l’Essonne, la Juine), ou ceux de bassins versants voisins (Sagea, SyAGE, Sivoa…) dont les contextes présentent des similitudes et des différences qu’il est toujours intéressant de comparer. » Ces différences entre l’Essonne (Siarce), et l’Yerres (SyAGE) ne manquent pas. « Il me semble que l’Yerres est beaucoup plus capricieuse que l’Essonne, qui est un cours d’eau plutôt paisible du point de vue hydrologique, reprend l’ingénieur. Il me semble aussi que l’emprise humaine en fond de vallée est bien plus forte sur l’Yerres que sur l’Essonne. » Ce qui n’empêche pas le scientifique d’être assuré que la journée de découverte « enrichira » les projets du Siarce, à commencer par l’un des grands chantiers du syndicat, celui de « la restauration du fonctionnement naturel de la moyenne vallée de l’Essonne ».
Pour Sandrine Lefort, chef du service Aménagement et Protection des Milieux du SyAGE, « cette rencontre a permis au Siarce de découvrir notre patrimoine naturel mais aussi historique avec la visite de zones humides, de mares restaurées (mare Hoffmann à Yerres) mais aussi d’anciens moulins (moulin de Vaux-la-Reine à Varennes-Jarcy). En retour, cette journée a été l’occasion pour le SyAGE de prendre la mesure du travail qui l’attend pour renaturer les cours d’eau de l’Yerres et du Réveillon. En effet, le Siarce, de par sa technicité et son expérience (plusieurs ouvrages ont déjà été effacés sur le cours d’eau de l’Essonne et les berges renaturées) a pu apporter de précieux conseils aux agents du SyAGE présents ce jour. »

* Le Siarce était représenté par Annabelle Rosel, chef du service Rivière et Milieu Naturel, Alexandre Gerbaud, technicien milieux aquatiques, et Martin Sahaghian ; le SyAGE par Sandrine Lefort, Laurence Doreau, Jade Landes et Vincent Delecour, du service Aménagement et Protection des Milieux.

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Le SyAGE citoyen et solidaire

Le SyAGE s’occupe de l’assainissement et de la rivière sur son territoire. Mais le syndicat ne s’arrête pas là et élargit souvent tant ses compétences que son secteur géographique pour des actions caritatives ou solidaires. Petit panorama du SyAGE citoyen.

BENIN
Des latrines pour Bopa
Entre le Bénin et le SyAGE existe une relation suivie de plusieurs années, sous l’impulsion notamment d’Eric Chalaux, directeur général adjoint du syndicat, dont des agents se rendent dans ce petit pays de l’Afrique de l’ouest depuis de nombreuses années. Que viennent-ils faire ? Apporter l’expertise du SyAGE, bien sûr, dans les domaines des inondations et, surtout, de l’assainissement.
Franck Moritz a participé à un voyage de travail bénévole en 2012, à Grand-Popo et Bopa. Le professionnel, qui oeuvre au laboratoire du syndicat, a travaillé sur la thématique des crues. « Nous avons relevé les traces de crues, pour installer des échelles limnimétriques et travaillé sur la topographie et la cartographie des lieux », se souvient le jeune homme. Des analyses bactériennes ont également été menées dans un cours d’eau. A Bopa, c’est l’installation de latrines qui a mobilisé les agents du SyAGE. Le travail préparatoire a nécessité la rencontre des chefs de village, des fonctionnaires béninois et des élus locaux afin de déterminer le type de latrines envisagé et leur localisation.
Récupération des matières solides
C’est ce grand projet, porté la commune de Crosne, l’Association des ressortissants de Bopa et le Comité de jumelage de Crosne, et financé notamment par l’Agence de l’eau Seine-Normandie et le conseil départemental de l’Essonne, qui a occasionné les voyages suivants, en 2014 et 2017. Deux types de latrines ont été retenus. Les premières, dites Ecosan, permettent de recueillir les matières solides séchées grâce à des plaques en métal et des cendres, afin de servir d’engrais. Une utilisation particulièrement utile dans cette région essentiellement agricole et qui a l’avantage supplémentaire de ne pas souffrir de contre-indications religieuses ou culturelles locales. Des toilettes auto-ventilées, dites VIP, avec des cuves étanches à vidanger, sont également installées dans les écoles de la commune, en complément d’Ecosan, pour alimenter les potagers que possèdent les établissements scolaires.
Les écoles équipées
Patrice Le Négaret faisait partie de ce dernier voyage en date, en juin de l’année dernière. S’il a fallu en partie relancer le projet, à la suite du renouvellement de l’équipe municipale de Bopa et des techniciens en charge du projet, cette visite a également permis de lancer très concrètement la phase prioritaire d’équipement des écoles de la commune. « Les travaux ont été réalisés, nous sommes en phase de réception de chantier », explique le professionnel, qui travaille désormais pour Grand Paris sud mais continue de s’investir dans ce projet. Au total, une dizaine de latrines sont installées dans quatre écoles, accompagnées de postes de lavage de mains, tandis que 70 autres, de type Ecosan, sont prévus dans onze hameaux de la commune qui regroupent 3 450 habitants. « Cela paraît peu mais ce n’est pas culturel d’utiliser des latrines, reprend Patrice Le Négaret. C’est pourquoi équiper les écoles est important : les enfants pourront en parler à leurs parents et leur expliquer notamment le fonctionnement des Ecosan. » Une expérience qui enrichit également beaucoup ses bénévoles français. « C’est une expérience extraordinaire. On apporte quelque chose de très important car cela participe à la diminution de la mortalité infantile. L’équipement est très attendu par la population. Et on crée de gros liens en très peu de temps », se félicite le technicien.
Ce travail s’accompagne de l’installation d’un réseau de bornes fontaines, porté notamment par Aquassistance (Suez) sur cette même zone.

Handi-eaux est une manifestation qui a pour vocation de sensibiliser des jeunes handicapés à l’eau.

HANDI-EAUX
L’eau ludique et pédagogique
Handi-eaux est une manifestation qui a pour vocation de sensibiliser des jeunes handicapés à l’eau. Initiée par Robert Jousse, un salarié de Suez environnement, elle a fêté sa dixième édition en 2018.
Au menu de cette journée à laquelle participe une centaine de jeunes handicapés (155 en 2018, nouveau record), issus notamment des instituts médico-éducatifs des Vallées et de la Cerisaie, à Brunoy, plusieurs activités dont la pêche, la piscine et le canoë-kayak. C’est pour cette dernière que le SyAGE, partenaire de l’événement, se mobilise. Les agents du syndicat préparent les berges et la rivière puis surveillent les participants le jour J afin que les sorties se passent au mieux.
« C’est une journée très appréciée et le canoë en est l’un des temps forts », souligne Jean-François Laurent, directeur de l’IME La Vallée. Mais Handi-eaux ne se limite pas à cette seule journée. « Nos enseignants effectuent un travail pédagogique sur le thème de l’eau avant la journée, à travers une sensibilisation à l’utilisation de l’eau au quotidien et à sa préservation. Nous tenons à ces deux dimensions, pédagogique et ludique. » L’événement se prolonge même pour certains très concrètement, grâce à une nouvelle activité, apparue il y a deux ans : la plongée. Plusieurs jeunes pensionnaires se sont en effet inscrits au Neptune club de Brunoy pour poursuivre et parfaire leur pratique.
Autre bienfait de Handi-eaux, le regard porté sur le syndicat a changé. « J’ai bien sûr une autre vision du SyAGE par rapport à sa participation à cette journée mais aussi depuis la crue de 2016. Je me suis inscrit au Siryac * et je vais sur son site régulièrement », témoigne Jean-François Laurent.
*Le Siryac est un service gratuit du SyAGE qui informe par messages les abonnés sur les inondations.

Le verger du Moulin de Senlis a une vocation solidaire (ici, lors d’une animation en avril 2018).

VERGER DU MOULIN DE SENLIS
Des fruits pour tous
Des pommes, des poires, des noyers… offerts par la nature et par le SyAGE, c’est pour bientôt. Le syndicat a en effet créé, en mars 2017, un verger sur le site du Moulin de Senlis, à Montgeron, en partenariat avec la commune et celle de Villeneuve-Saint-Georges et l’expertise de l’association des Croqueurs de pomme.
Sur 6 000 m², s’étendent sur le terrain des pommiers, des poiriers, des noyers, donc, mais aussi des églantiers, mûriers, cassissiers, sureaux, néfliers… Autant d’espèces qui, à terme, donneront des fruits qui seront disponibles pour le public. Le SyAGE a mis en œuvre et suivi les travaux de création du verger et s’occupe de l’entretien des lieux.

CLASSES D’EAU
L’eau nouvelle génération
Depuis une dizaine d’années, le SyAGE s’est engagé envers l’Agence de l’eau Seine Normandie (AESN) à être le relais « Classes d’eau » pour 18 communes de Seine-et-Marne et d’Essonne. Ce dispositif finance des projets pédagogiques sur le thème de l’eau, qui s’étalent le plus souvent sur une semaine (quinze jours pour les maternelles) et comportent des expositions, expérimentations, visites… « Nous distribuons les dossiers, aidons les enseignants à remplir, expliquons le dispositif », énumère Nadine Bellon, en charge du sujet au SyAGE. L’esprit des Classes d’eau est de sensibiliser les jeunes générations et les enseignants à la protection de la ressource en eau et de l’environnement en général. L’AESN finance ces projets à hauteur de 600 euros, le SyAGE ajoute à cette somme 350 euros. 28 dossiers ont été traités par le syndicat en 2017. Les dossiers sont à retirer entre septembre et décembre.

Benoit Laignel : « L’urgence est de mise »


A la suite des évènements climatiques extrêmes que nous avons connus sur le territoire du SyAGE, en janvier, nous nous sommes rendus à l’Université de Rouen pour interviewer le professeur Laignel, spécialiste du climat et membre expert du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Jean-Baptiste Ferrero : Quelles sont selon vous les hypothèses les plus vraisemblables quant à l’évolution du climat dans les prochaines années, en Europe et en France ?
Benoit Laignel : Si on prend tout d’abord les températures, que ce soit à l’échelle de l’Europe, de la planète tout entière ou même du territoire national, on est effectivement à l’horizon 2100 vers une augmentation des températures. En France, nous tablons sur des évolutions qui pourront aller de plus 3°C à plus 5°C avec des disparités suivant les régions. Par exemple, une élévation des températures plus importante au sud-ouest qu’au nord-est.
JBF : Donc des hypothèses de réchauffement qui se confirment ?
BL : Tout à fait tout à fait. D’ores et déjà, quand vous regardez les données existantes, on constate un réchauffement sur le territoire français, et les projections montrent que c’est un phénomène qui va s’accentuer. On pourrait aller, dans les scénarios les plus pessimistes, jusqu’à une hausse de 5°C.
JBF : pour la plupart des gens, cinq degrés cela ne parait pas finalement pas si élevé que ça… Selon vous quelles seraient les conséquences d’une telle hausse, sur le plan concret, c’est à dire sur la vie quotidienne des habitants ?
BL : Les conséquences sont variées. Il ne faut pas oublier non plus, qu’à côté aussi des températures, il y également la question des précipitations. Même s’il y a plus d’incertitudes sur ce sujet, il est probable que l’on va assister à une diminution des précipitations. Donc une augmentation des températures, une diminution des précipitations, plus de sécheresse, plus de canicule, et dans les grandes métropoles, on sait depuis 2003 ce que peuvent provoquer les canicules.
JBF : Vous parlez d’une baisse des précipitations alors que ce qu’on constate par exemple sur le territoire du Syage, ce sont une crue en 2016 et en 2018 et des orages torrentiels en 2017. Ce n’est pas contradictoire ?
BL : Il y a deux façons de considérer la pluie. Quand on parle de diminution des précipitations, on se place dans une perspective annuelle. Les précipitations annuelles vont diminuer. En revanche, quand on s’intéresse aux événements extrêmes et localisés, ce n’est plus du tout la même chose. C’est à dire qu’on peut très bien avoir une diminution des précipitations annuelles, et une augmentation des événements extrêmes. Et en fonction de ce qu’on a observé récemment sur les crues ou les tempêtes, on peut supposer qu’on n’irait pas vers une augmentation du nombre, mais vers une augmentation de l’intensité. C’est-à-dire que les crues les plus importantes seraient plus intenses, que les tempêtes les plus importantes seraient plus intenses.
JBF : Et donc l’impact sur la vie quotidienne des habitants ? Quelles serait à votre avis les adaptations nécessaires en termes de comportements, de pratiques ?
BL : Je ne peux parler que sur mon domaine disciplinaire, ce que je connais bien : l’eau. Ce qu’ont montré un certain nombre d’études, c’est qu’on risque d’assister à plus de sécheresses, à une diminution de la ressource et donc à une diminution, l’été, des débits des rivières. On risque également une diminution de la ressource en eau potable. Donc les conséquences sont directes pour la population. On risque d’assister à une extension de ce que l’on connaît actuellement quand on a des canicules : économies et restrictions d’eau.
JBF : Et par rapport à l’intensification des phénomènes extrêmes, c’est-à-dire effectivement des orages plus violents, des crues plus importantes, est ce qu’il y a là aussi des évolutions à prévoir en terme de comportements ou de pratiques ?
BL : En termes de plan d’urbanisation par exemple. Je suis expert pour le Ministère de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale pour la Normandie, et il est clair qu’on est très sensible et que l’on regarde de très près les plans locaux d’urbanisme qui doivent tenir compte beaucoup plus maintenant de ces enjeux climatiques.
JBF : Afin d’éviter une imperméabilisation des sols excessive ?
BL : Exactement.
JBF : Dans un contexte aussi complexe, pensez-vous qu’il est encore possible de travailler seul, chacun dans son coin, ou est-il nécessaire au contraire d’unir les intelligences et d’unir les compétences ?
BL : Il faut tout à fait aller dans ce sens ! Il faut un moment unir les différentes compétences afin de réfléchir aux meilleures mesures d’adaptation qui doivent être prises. Il y a non seulement les mesures d’atténuation (Sur le court terme. NDLR) mais le changement climatique il étant en marche, il va falloir prendre des mesures d’adaptation, (Sur le moyen terme. NDLR) et les meilleures.
JBF : Avons-nous beaucoup de temps devant nous ou l’urgence est-elle de mise ?
BL : L’urgence est de mise. Vous avez parlé des récents événements que l’on a connus en matière de crue et de tempête. Ils démontrent bien que l’urgence est de mise et qu’il faut sérieusement se mettre autour de la table, les scientifiques, les élus, les entreprises, et trouver rapidement les meilleures mesures d’adaptation et d’atténuation.

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Luc Michler : une thèse sur la renaturation de l’Yerres

La renaturation de l’Yerres et du Réveillon est un enjeu majeur pour le SyAGE. L’objectif de ces opérations, référencées dans la Directive cadre sur l’eau de l’Union européenne en l’an 2000, est de redonner la vie aux cours d’eau et améliorer la biodiversité en supprimant les obstacles construits par l’homme, comme les barrages ou les clapets, ce qui permet notamment un meilleur transport des sédiments et une circulation des poissons optimisée. Un volet protection des inondations est le plus souvent associé à ces travaux. Dès 2010, le SyAGE a abaissé le barrage Suzanne, à Crosne, pour obtenir la renaturation des 400 mètres de linéaire dépendant du barrage. Le syndicat mène également de nombreuses études pour des effacements d’ouvrages dont les premiers seront réalisés à partir de l’année prochaine. Enfin, Dans le cadre du contrat du Sage de l’Yerres aval (voir pages 38 et 39), 23 objectifs ont été définis, à réaliser avant 2019. Parmi eux, on peut citer l’effacement d’ouvrages dans le cadre de la renaturation des cours d’eau. A titre d’exemples, pour l’Yerres, il s’agit des sites du Moulin de Varennes et de Vaux-la-Reine ; sur le Réveillon, le seuil du Culbuteau, à Yerres ; sur la Ménagerie, la vanne du bassin de la source, à Ozoir-la-ferrière. Au total, une dizaine d’ouvrages devront être effacés sur la durée du contrat (2017 – 2022).

L’Yerres, « boring river »
Le SyAGE accueille en son sein, depuis 2014, un étudiant, Luc Michler, qui prépare une thèse sur la question de la renaturation de l’Yerres*. Plus précisément, l’étudiant en quatrième année de doctorat de géographie physique s’est focalisé sur trois ouvrages : le barrage de Villeneuve-Saint-Georges, celui de Céravenne et le clapet d’Ozouer-le-Voulgis (Seine-et-Marne). Trois ouvrages qui ne sont abaissés que temporairement, principalement en automne et hiver (le clapet d’Ozouer est abaissé chaque année du 1er novembre au 31 mars). Son travail** consiste à étudier les conséquences de leur effacement sur les plans hydromorphologiques et hydrosédimentaires. « Nous manquons de connaissances scientifiques concernant l’effacement des barrages sur les rivières à faible énergie », explique le jeune homme. Ces cours d’eau, comme l’Yerres, que les scientifiques anglo-saxons appellent « boring rivers », réagissent en effet différemment, du fait du peu de relief sur le bassin versant.

La crue bienfaitrice
Le doctorant a réalisé de nombreux prélèvements et mesures sur le terrain, particulièrement durant les trente premiers mois de sa thèse, débutée au SyAGE en novembre 2014. Deux types de suivi ont été menés. Un suivi morphologique, visant à étudier l’évolution de la forme de la rivière à l’aide de relevés topographiques, en collaboration avec le service Cartographie du SyAGE. Et un suivi sédimentologique, au moyen de prélèvements de sédiments sur les lits de la rivière. L’étudiant a ainsi observé que la taille des sédiments évolue après l‘abaissement, les plus petits étant remplacés par d’autres plus grossiers. Un événement imprévu a apporté une dimension supplémentaire à ce travail : la crue de 2016. « J’ai réalisé de nouvelles campagnes de mesures de terrain, pendant l’épisode et après, raconte le thésard. J’ai obtenu des résultats originaux car les conséquences d’une crue de cette ampleur sur les rivières à faible énergie n’avaient, à ma connaissance, jamais été documentées. C’est une première mondiale ! »

Stabilité des berges après effacement
Luc Michler est désormais passé à la rédaction de sa thèse, qui devrait comprendre dix chapitres et environ 300 pages. A l’intérieur, on découvrira notamment que « les rivières de faible énergie n’ont pas forcément un potentiel de réajustement après un effacement. Elles n’ont pas la capacité de se renaturer par elle-même, de diversifier leur tracé, reprend-t-il. L’impact morphologique de l’effacement est donc de plus faible ampleur mais on observe quand même une restauration du transit sédimentaire. » Conséquence, pour assurer une renaturation plus complète, l’homme devra « les aider ». Autre observation déterminante : la stabilité des berges. « Contrairement à la littérature scientifique et à des retours d’expérience dans d’autres lieux, les résultats montrent qu’ici, en cas d’abaissement total temporaire ou sur une plus longue période, la stabilité des berges est quasi-totale. Ceci est dû à la dynamique limitée de l’Yerres mais aussi à la composition sédimentologique de ses berges, avec des sédiments très fins, argileux et limoneux, très cohésifs. Et on retrouve ces caractéristiques sur l’ensemble du bassin versant. »
Luc Michler a déjà dévoilé une partie de ses recherches lors de deux conférences. La première en Inde, à New Delhi, lors de la Conférence internationale de géomorphologie, en novembre 2017. La seconde en janvier 2018, à Lyon lors de la Journée des jeunes géomorphologues. Sa thèse devrait être achevée avant l’été. « L’idée est qu’elle ait une application concrète. D’abord au SyAGE, puis espérer qu’elle ait un impact sur les décideurs qui souhaitent réaliser la restauration écologique de leur rivière. »

*Luc Michler a pu réaliser sa thèse au sein du SyAGE en vertu d’une Convention industrielle de formation par la recherche (Cifre), passée entre lui, l’université Paris-Diderot, le SyAGE, en qualité d’employeur.
**Sa thèse s’intitule « Détermination d’un indicateur de prévision des impacts hydromorphologiques et hydrosédimentaires du décloisonnement de l’Yerres. Son directeur de thèse est Gilles Arnaud-Fassetta, professeur à l’Université Paris-Diderot.

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La goutte d’eau de Marie

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’eau, coordonnée par l’Organisation des nations unies – eau, qui a lieu aujourd’hui, 22 mars 2018, le SyAGE est allé à la rencontre de Marie Fournier, une jeune étudiante en L3 de l’IAE Gustave Eiffel (Paris XII). La jeune femme âgée de 20 ans a participé fin novembre 2017 à un challenge étudiant organisé par l’Université Paris est Créteil et la Pépite 3EF *. Le thème général de l’événement ? « Assurer l’approvisionnement en eau de toute la planète ». Vaste ambition qui a mené l’équipe de la jeune étudiante à la première place du concours. Même si l’aventure n’a pas eu de suite, que des étudiants travaillent sur la problématique de l’eau est en soi intéressant. Et comme il est dit sur le site de l’organisation de la Journée mondiale de l’eau : « Une goutte d’eau est flexible. Une goutte d’eau est puissante. Rien n’est plus nécessaire qu’une goutte d’eau. »

 

SyAGE : Comment s’est passé ce concours ?

Marie Fournier : « Nous étions une équipe de six personnes composée d’élèves de l’IAE Gustave Eiffel et de l’Ecole nationale des ponts et chaussées. Cependant, nous n’étions plus que trois à la finalité du projet. Nous avions tiré au sort la problématique suivante : « La ville intelligente optimise les services et les coûts à l’aide des nouvelles technologies pour améliorer la vie des habitants. Votre challenge: Imaginez une start-up opérateur de l’eau dans une smart-city : quels services ? Quelles actions citoyennes ? Quel rôle social ? ». Face à cette problématique, nous avons trouvé assez compliquée l’idée de raisonner à l’échelle de la ville et nous avons décidé de plutôt nous concentrer sur un prototype d’habitations. Finalement, le projet consistait à « créer un système connecté quasi-fermé de récupération, de traitement et d’utilisation différenciée de l’eau dans les foyers pour avoir des villes durables moins gourmandes en eau ». »

 

SyAGE : Sur quel projet avez-vous abouti ?

Marie Fournier : « Nous sommes partis d’un constat simple : un foyer demande énormément d’eau pour son fonctionnement et l’eau utilisée est toujours très propre et potable alors que certaines activités n’en n’ont pas nécessairement besoin (l’eau utilisée pour faire la vaisselle ne pourrait-elle pas être réutilisée pour un autre usage, comme les toilettes par exemple ?). Ainsi, notre fonctionnement de traitement des eaux se fait grâce à une colonne de charbon actif qui traite l’eau avant de la réintroduire dans le circuit. Le circuit commence par la récupération des eaux de pluie –> passage colonne à charbon –> affichage sur le sélecteur connecté lorsqu’elle est remplie –> douche, machine…  –> repassage dans la colonne –> toilettes –> envoi sur le roof top où l’eau chargée en minéraux est traitée par des roseaux puis envoyée dans notre jardin potager. »

 

 

SyAGE : Travailler sur l’eau a-t-il changé votre vision de cette problématique ?

Marie Fournier : « A titre personnel, je ne m’étais jamais intéressée à la problématique de l’eau. Je dirai que je vie égoïstement comme une citoyenne occidentale qui ouvre le robinet et trouve normal d’y avoir de l’eau potable. Mais avec ce projet et toutes les informations que nous avons eues, j’ai réfléchi à cette réelle problématique que peut et pourrait représenter l’eau dans les années futures et notamment les conflits d’usage qu’il y’aura autour dans le monde entier.
En dehors de la denrée rare qu’elle représente, je n’avais jamais pensé qu’il était possible « d’optimiser » l’eau, et c’est réellement ce que l’on a cherché à faire dans ce projet. Lorsque l’on apprend que l’eau des toilettes est une eau potable, on se rend compte réellement du nombre de progrès qu’il nous reste à faire dans ce domaine. »

* Pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat dans l’est francilien.

« La nature, c’est un état d’esprit. »

Pablo Carrion, responsable de la Maison de l'environnement Val d'Yerres Val de Seine, à Montgeron. Septembre 2016

« Quand j’avais 7 ans, j’attrapais les guêpes avec deux doigts pour les observer de près. » Depuis, Pablo Carrion n’a jamais cessé de scruter la nature pour mieux la comprendre. Responsable de la Maison de l’environnement de la Communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine depuis son inauguration en 2009, il s’efforce jour après jour de transmettre sa passion aux adultes comme aux enfants.

Sorties nature, ateliers compost, interventions auprès d’écoliers, fête du fruit, conférences… A la tête de la Maison de l’environnement, Pablo Carrion n’a pas le temps de s’ennuyer. Le rôle de cette structure : faire découvrir la nature au grand public et le sensibiliser au respect de l’environnement. Une éducation qui, selon lui, ne doit pas se résumer à des prescriptions. « Sinon, les gens vont appliquer les bons gestes mais de façon automatique. En leur expliquant le pourquoi, les incidences et les effets plus larges de telle ou telle action, j’essaie de les inciter à se poser des questions pour qu’ils deviennent des éco-citoyens autonomes. » Une éducation qui passe aussi par le terrain et par le contact direct. « Lors des sorties scolaires, je propose souvent aux enfants de toucher l’écorce des arbres, de sentir l’humus pour leur faire comprendre qu’ils sont des êtres vivants et sensibles dans cet environnement lui-même vivant et sensible. »

Plus qu’un métier, l’éducation à la nature est pour lui « un état d’esprit, une attitude » qu’il cultive depuis toujours. « J’ai su très tôt que je voulais étudier la biologie à l’université. Mais je ne me voyais pas pour autant chercheur. J’avais besoin d’être davantage sur le terrain que dans un laboratoire. » Le plaisir de transmettre est venu ensuite, lorsqu’il a commencé à travailler dans la vulgarisation scientifique. « Aujourd’hui, j’ai la chance de vivre un métier en phase avec ma passion et ma façon de voir le monde. » Intéressé par la faune et la flore en général, Pablo Carrion est surtout un mordu d’oiseaux. « J’ai accumulé beaucoup de livres d’ornithologie et je sors souvent pour les observer. A leur chant, j’arrive à savoir de quelle espèce locale il s’agit. »

Savourer l’instant présent

Au fil du temps, son cheminement scientifique et technique est aussi devenu philosophique. « Mon travail ne doit pas seulement consister à observer, décrire, expliquer. J’essaie aussi modestement de poser la question du sens de la vie, d’amener les gens à réfléchir à leur rapport à l’environnement, aux êtres vivants et à la place de la nature dans notre société. » A la frénésie de la vie moderne et aux multiples sollicitations quotidiennes, Pablo Carrion oppose ainsi le recul, la réflexion, le goût de l’instant et du lieu. « Nous avons souvent l’outrecuidance de vouloir nous extraire du temps pour tout voir, tout faire, tout entendre, tout lire. Il faut apprendre à se poser, à regarder les choses sous un autre angle. C’est aussi cela l’objectif des sorties nature. »

La récente fusion des communautés d’agglomération Sénart Val de Seine et Val d’Yerres a élargi sa zone d’intervention, passée de 3 à 9 communes. De quoi réjouir ce passionné, qui a déjà en germes de nouvelles idées d’animations mêlant nature… et philosophie !

Pour en savoir plus sur la Maison de l’environnement, cliquez ici.

« C’est uniquement l’addition des initiatives locales qui permettra d’arriver à un résultat global ».

Michael-Damiati---Maire-de-Crosne-web

 

Maire de la commune de Crosne depuis 2014, Michaël Damiati a bien voulu nous recevoir pour nous parler d’environnement.

 

Pourquoi avez-vous signé la charte du Champigny, relative à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires dans le cadre de l’entretien des espaces publics ?

La nappe des calcaires de Champigny est la principale ressource régionale d’eaux souterraines. Il est de ma responsabilité en tant qu’élu de m’interroger sur la meilleure façon de la préserver. En signant cette charte, la commune de Crosne s’engage à tendre vers un objectif « zéro phyto ». Pour cela, nous travaillons de concert avec différents acteurs dont le SyAGE, qui nous fournissent de précieux conseils pour optimiser nos pratiques.

Aujourd’hui, les espaces naturels urbains sont majoritairement aménagés et entretenus de façon ornementale, à l’aide notamment de produit phyto-sanitaires. Or leurs effets sur la santé du public sont encore méconnus. C’est pourquoi il est important de pouvoir proposer aux administrés des solutions alternatives.

Cette démarche mérite d’être accompagnée d’un vrai effort de communication sur le sujet, afin que nos concitoyens ne la confondent pas avec une négligence d’entretien des espaces verts.

 
Que voudriez-vous dire aux communes pour les inciter à s’engager dans cette démarche ?

Je voudrai leur dire que nous sommes tous tributaires de la nappe de Champigny. Ainsi, c’est uniquement l’addition des initiatives locales qui permettra d’arriver à un résultat global.

Les modes de vies et de consommation que nous avons eus ces cinquante dernières années sont aujourd’hui largement remises en question. Ils méritent donc d’être revus et améliorés car il est de notre devoir de transmettre aux jeunes générations un environnement le plus propre possible.

 
Quelle place est consacrée à l’environnement dans le travail quotidien d’un maire ?

Il est essentiel d’avoir un cap bien déterminé, et de multiplier les actions quotidiennes de façon à le maintenir. Par exemple, à Crosne, la question de l’impact sur l’environnement dans les projets d’urbanisme est cruciale. Ainsi, nous utilisons fréquemment des matériaux isolants, comme ça a été notamment le cas lors des récents travaux sur le gymnase. Dans les bâtiments publics, nous avons installé des systèmes permettant à la lumière de se déclencher automatiquement lorsqu’un mouvement est détecté, et de s’éteindre lorsque plus personne n’est dans la pièce.

Nous veillons aussi à observer une gestion attentive de la consommation d’électricité et de carburant. C’est pour cela que nous allons prochainement rénover notre parc automobile par un ensemble de véhicules propres.

De manière générale, il me semble qu’il faut que nous soyons exemplaires, pour pouvoir tranquillement être pédagogues sur ces sujets.