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Liaison Verte : 3 questions à Laurence Doreau, chargée de projet au SyAGE

Comment en est-on arrivé à ce résultat aujourd’hui après 20 ans de réflexion et de travaux ?

L’engagement continu et persévérant des acteurs du SyAGE (élus et agents) a permis de faire naître un projet d’une telle envergure, car il s’étale autant dans le temps que dans l’espace. La Liaison Verte n’aurait toutefois pas pu voir le jour sans le concours des communes concernées, avec lesquelles nous avons travaillé de concert. Il a en effet fallu qu’elles fassent l’acquisition des terrains quand cela était nécessaire, mais aussi que nous travaillions ensemble pour que chaque portion s’intègre en harmonie dans le paysage et réponde aux besoins spécifiques de chaque commune. Ce fut un travail de longue haleine, qui a pris plus de temps que prévu. Tout d’abord, en raison du classement de la vallée de l’Yerres selon la loi de 1930 sur la protection des sites, où chaque projet d’aménagement doit être autorisé par arrêté ministériel, mais ensuite parce que la Liaison Verte a été adaptée en fonction de l’évolution de la situation et des opportunités de rachat de terrain qui se sont présentées. Enfin, ce projet a pu être mené jusqu’au bout grâce à la volonté commune des élus locaux qui ont compris que la Liaison Verte profite à tous les usagers du territoire.

Ces dernières années, les possibilités de promenades se sont multipliées le long de l’Yerres et du Réveillon. Quels sont les aménagements les plus significatifs selon vous ?

Les lieux qui me tiennent le plus à cœur sont ceux qui permettent de se promener dans un espace où nous pouvons totalement nous déconnecter de la ville alors que nous y sommes en plein cœur. Je pense notamment à la plaine de Chalandray située entre Yerres et Montgeron ou à la promenade le long du Réveillon à Yerres car nous pouvons nous y balader sans entendre le bruit d’une voiture, ce qui est vraiment reposant. Ces deux sites sont particulièrement significatifs pour moi car avant leur ouverture au public, ils n’étaient pas accessibles, du fait des clôtures et de la nature foisonnante et impénétrable qui les rendaient un peu mystérieux. La fibre environnementale qui m’anime me permet de mener ces projets en conciliant préservation du milieu naturel et accessibilité pour le public.

L’accessibilité justement est le leitmotiv du projet de Liaison Verte. Que reste-t-il à créer demain pour atteindre complètement cet objectif ?

Le travail accompli durant toutes ces années a permis d’obtenir une continuité piétonne le long de l’Yerres et du Réveillon sur pratiquement l’ensemble du tracé. Nous nous sommes attachés à rendre ces chemins accessibles à tout public, pour que chacun puisse en profiter selon ses capacités. Il n’est cependant pas toujours évident d’y répondre. À l’avenir, nous pourrons encore améliorer cela. En outre, après plusieurs années d’ouverture au public, l’entretien des aménagements piétonniers devra se formaliser davantage avec nos partenaires pour permettre d’optimiser les accès et la sécurité sur l’ensemble des sites.

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Tous à la Brie !

Même si l’Île-de-France, extension naturelle d’une capitale tentaculaire, n’a plus en matière de culture et de traditions, la richesse de régions comme la Bretagne ou l’Alsace par exemple, cela ne signifie pas pour autant que nous vivions dans une vallée sans mémoire. La vallée de l’Yerres, trait d’union entre la Brie et la proche banlieue, peut vous réserver quelques surprises.

La cuisine occupe une place prépondérante dans la culture française. Cela reste vrai sur notre territoire et notre contribution à la gastronomie nationale n’est pas négligeable. Brie de Meaux, de Melun ou de Favières, Coulommiers, Fontainebleau, jean-de-brie, Bayard-gourmand, grand-morin, soumaintrain, Saint-Siméon, gratte-paille, pierre-robert, Maupertuis, marbré, chevru, butte de Doue, fougerus, vignelait, Saint-Didier, brie-yère, camenbrie, petit coeur coulis… le plateau Briard est un véritable plateau de fromages ! Les gourmands, au bec sucré, ne seront pas non plus oubliés : miel, confiture de rose, pavés de Lagny, « cailloux » de Montereau, melunettes de Melun, mauresses, sablé briard de Mormant, niflettes de Provins, macarons fondants de Réau. Si vous parcourez la région, les pauses friandises ne manqueront pas !

UNE POIRE POUR LA SOIF
Jusqu’au milieu du XXe siècle, la viticulture fut également florissante dans notre vallée. L’urbanisation et le phyloxera en ont quasiment eu raison et Montgeron par exemple, n’en conserve plus que des traces dans le nom de ses rues ou son annuelle fête des vignerons. Pour autant, si vous arpentez le bassin versant de l’Yerres, vous ne mourrez pas de soif car si la production vinicole y a quasiment disparu, la tradition du cidre y est restée vivace ainsi que la production de bière qui, dans cette région céréalière, a trouvé un nouvel essor depuis une trentaine d’année grâce à la création de brasseries familiales. Il serait fastidieux de citer l’intégralité de la production agricole de notre territoire, mais on ne peut clore cet inventaire gastronomique sans citer le stachys affinis, mieux connu sous le nom de Crosne du Japon et qui doit cette appellation à la commune de Crosne où ce délicieux petit tubercule fut cultivé pour la première fois en France.

DES TRADITIONS FESTIVES
Quelle que soit l’attraction que peut exercer l’agglomération parisienne en matière de culture ou de divertissements, les communes communes de notre territoire n’ont pas renoncé à proposer à leurs habitants des rendez-vous traditionnels et festifs : les superbes fêtes médiévales ou la fête des roses de Brie-Comte-Robert, le
carnaval de Crosne, la foire des vendanges de Montgeron, la fête de la Forêt de Sénart… Souvent centrées sur le passé de la région, son histoire ou ses spécialités,
ces fêtes attirent un large public qui apprécie de pouvoir profiter de l’ambiance conviviales et souvent bon enfant de ces évènements. Elles sont aussi l’occasion de créer du lien social et contribuent au sentiment d’appartenir à une communauté.

FANTÔMES ET TRÉSOR
Mais il n’y a pas de véritable identité locale sans quelques légendes qui font rêver ou qui font peur. Ainsi, à Guignes, sur l’emplacement de l’ancienne fontaine miraculeuse Sainte-Anne, on aurait vu jadis une dame blanche. À Andrezel, on trouvait naguère une « mare à la bête » sans doute par allusion à la « grand’ bête » locale, monstre terrifiant ainsi décrit : « On donnait volontiers à cette bête fantastique la forme d’un veau qui avait quelque chose d’un lièvre et qui ressemblait un peu à un chien. Malheur au paysan attardé qui rencontrait la Grand’ Bête ! ». Une mare aux ardents existait jadis à Yèbles. Les ardents étaient de gros feux-follets auxquels on prêtait une origine satanique et qui, à certaine période de l’année, pouvaient enlever les jeunes filles pour les entraîner dans les profondeurs de la mare. Enfin, à Chaumes-en-Brie, ce sont les ruines introuvables du manoir de Cresne qui abriteraient un trésor maudit. Celui-ci serait enfermé dans
un souterrain supposé s’ouvrir une fois par an et attirerait les aventuriers avides de gain pour mieux se refermer sur eux dans un craquement sinistre.

LE RÊVE D’ALPHONSE ALLAIS
L’humoriste Alphonse Allais regrettait jadis que l’on n’ait pas construit les villes à la campagne et l’on pourrait presque dire que notre vallée matérialise ce paradoxe. En effet, tout en bénéficiant de la proximité de Paris, nous y connaissons une qualité de vie et d’environnement dont il faut mesurer le caractère exceptionnel pour mieux la préserver et la léguer à nos enfants.

Liaison Verte : l’Yerres et son patrimoine accessibles à tous !

Débuté en 1997, le projet d’aménagement des berges de l’Yerres et du Réveillon piloté par le SyAGE est aujourd’hui presque achevé. Avec ses 40 km de sentiers de promenades, la Liaison Verte permet à l’ensemble des habitants de la région, d’arpenter les nombreux chemins aménagés au fil des ans, tout en découvrant le riche patrimoine naturel et historique qu’offre la vallée de l’Yerres.

20 ans ! C’est l’anniversaire célé­bré cette année de ce beau pro­jet, initié en 1997 par le SyAGE visant à proposer au public un circuit de liaisons douces le long de la rivière. S’il a fallu à l’époque beaucoup d’imagination pour deviner ce que deviendrait ce tracé serpentant entre les com­munes, symbole même de l’in­tercommunalité, le travail et les efforts fournis durant les années suivantes n’auront pas été vains au vu du résultat obtenu au­jourd’hui.

UN PROJET VIVANT ET RASSEMBLEUR

Crédit : Sernavision

Crédit : Sernavision

Notre rivière l’Yerres se devait d’être accessible à tous afin de (re)créer un lien fort entre tous les habitants des communes si­tuées le long de son cours, telle est la philosophie à l’origine du projet de Liaison Verte. Passe­relles, chemins piétonniers, platelages en bois sont autant d’ouvrages divers et variés per­mettant de créer in fine cette balade continue le long des communes traversées. Il est désormais possible, tout en sui­vant la rivière via des sentiers piétonniers, de relier Boussy- Saint-Antoine à Crosne le long de l’Yerres et Marolles-en-Brie à la commune de Yerres, le long du Réveillon. Pour profiter plei­nement de cette continuité pé­destre au fil de l’eau, d’autres portions doivent encore être aménagées pour être complè­tement praticables. C’est le cas à l’aval de l’Yerres, où un vaste pro­jet de renaturation des berges va être engagé en partenariat avec les communes de Villeneuve-Saint-Georges et Crosne. Plus en amont aussi, où une jonction doit être trouvée entre Boussy-Saint-Antoine et Périgny-sur-Yerres pour rejoindre le che­minement récemment créé menant jusqu’à Varennes-Jarcy. CONJUGUER

AMÉNAGEMENT ET PROTECTION DES SITES

L’un des plus gros défis relevés par les équipes du SyAGE dans le cadre du projet est de concilier les opérations d’aménagement et la préservation des sites na­turels, dont une grande partie est classée au titre de la Loi 1930 (cf. encadré). Associer ces deux aspects, qui peuvent paraître an­tagonistes, implique de réfléchir à d’autres méthodes de travaux comme par exemple, la mise en oeuvre de techniques alter­natives, bien plus respectueuses du milieu naturel que les tech­niques utilisées lors de chantiers traditionnels. Cette préoccupa­tion se retrouve dans chacune des opérations conduites par le Syndicat lorsqu’il s’agit de créer ou de réhabiliter une portion de la Liaison Verte. Ainsi, les maté­riaux et les moyens mis en oeuvre sont étudiés et dimensionnés pour minimiser au maximum leur impact sur les espaces na­turels. Le chantier qui s’est dé­roulé au début de l’année sur l’îlePanchout à Yerres en est un très bon exemple. La réhabilitation du chemin piétonnier a été réalisée en grand partie avec le concassage de l’ancien tablier en pierre qu’il fallait impérati­vement remettre en état, pour la sécurité des promeneurs. La réutilisation du substrat broyé a permis d’une part, de valori­ser les déchets issus du chantier mais surtout, de diminuer forte­ment le déplacement des véhi­cules pour acheminer les maté­riaux de construction puisque la ressource nécessaire était déjà présente sur le site. Si la majeure partie des aménagements a été réalisée le long de la rivière, les prochaines années verront la concrétisation d’autres opéra­tions permettant la continuité pédestre entre Villeneuve-Saint-Georges et Varennes-Jarcy.

 
UNE VALLÉE CLASSÉE DEPUIS 2006

La vallée de l’Yerres, dans sa partie aval, a fait l’objet en 2006 d’un classement par les services de l’État afin de protéger les sites des projets d’urbanisation trop importants et donc néfastes pour l’environnement. Cette loi datant de 1930 a pour objectif principal : « de réorganiser la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ». De par son aspect remarquable au regard du patrimoine naturel et historique rencontré, la vallée de l’Yerres bénéficie ainsi d’un socle réglementaire permettant de préserver à long terme la quiétude et l’aspect pittoresque des lieux concernés.

 

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Une vallée chargée d’histoires

Moins connu que les monuments de Fontainebleau et de Vaux-le-Vicomte, le patrimoine culturel et historique de la vallée de l’Yerres n’en est pas moins remarquable. Entre les châteaux, les moulins, les propriétés ou encore les menhirs, les visiteurs ne manquent pas de choix. Tour d’horizon.

UNE TERRE DE CHÂTEAUX

La vallée de l’Yerres regorge de châteaux plus ou moins imposants, dont il ne reste parfois que des vestiges ou des dépendances. Si certains ont servi de demeures bourgeoises, d’autres ont parfois vu passer entre leurs murs des proches de la famille royale, voire même des souverains, mais aussi quelques personnages illustres. Propriété du général de Rottembourg au XIXe siècle, le château de Montgeron est la résidence du négociant et collectionneur parisien
Ernest Hoschedé. Il y invite son ami Claude Monet qui y peint quatre toiles durant l’été 1876, dont les Dindons, exposé au musée d’Orsay. Le site accueille aujourd’hui des prêtres en retraite ainsi que les religieuses de la Charité du Sacré-Coeur de Jésus. Point de dindons mais des vers à soie pour le château de Chalandray, situé dans la même commune.

Après la révolution, Charles de Bez, un riche bourgeois, devint propriétaire de ce domaine où il fit de l’élevage de ces chenilles, profitant de l’engouement pour la mode orientale. Il y accueillit par ailleurs en 1867 son ami l’écrivain Hector Malot (1830-1907), célèbre pour son roman « Sans famille ». À l’origine, il s’agissait d’une maison bourgeoise bâtie en 1730 par Jacques Parat de Vareilles, receveur général des finances du Royaume. Son parc était alors immense. Depuis 1989, l’édifice accueille le conservatoire intercommunal. À Yerres, le château seigneurial ou château des Budé a été bâti au début du XVe siècle par Dreux Budé. De cette famille de seigneurs d’Yerres entre 1452 et 1628, on connaît surtout l’érudit helléniste Guillaume Budé, créateur des Collèges royaux (actuel Collège de France). Sa façade est classée, l’ensemble du site étant privé et non visitable. Plus tardif (XVIIe siècle) et de style classique, le château de la Grange, appelé château du Maréchal de Saxe, appartenait à l’origine à Charles Duret de Chevry, intendant des Finances sous Louis XIII. Des proches du pouvoir royal l’habitèrent jusqu’à la Révolution.

En 1748, le Maréchal de Saxe, héros militaire, y fit entreprendre d’importants travaux, notamment une belle galerie d’apparat modifiant ainsi l’agencement d’origine. Pendant la Première Guerre Mondiale, il accueillit les blessés et devint même un atelier de réparation des moteurs d’avions lors de la seconde Guerre Mondiale. Depuis 2000, il s’est transformé en hôtel de standing.

PASSÉ MÉDIÉVAL

À Combs-la-Ville, le château de la Fresnaye constitue un parfait exemple de demeure bourgeoise servant de maison de campagne proche de Paris. Il voit le jour au XVIIIe siècle et appartient sous la Révolution et l’Empire à l’auteur dramatique Alexandre Duval, membre de l’Académie Française. En 1946, la commune en acquiert la propriété. Il comporte aujourd’hui deux salles d’exposition au rez-de-chaussée et des services municipaux dans ses étages. En remontant le cours du temps, on peut s’arrêter au château de Lésigny, construit à l’époque de la Renaissance à l’emplacement d’une ancienne forteresse médiévale. Propriété du secrétaire du Roi François Ier, Louis de Poncher, il passera dans diverses mains par la suite au gré des rebondissements de l’histoire royale, recevant notamment la visite de la reine Catherine de Médicis en 1573 puis celle de Marie de Médicis en 1613. En 1798, le château est confisqué et vendu comme bien national. Il connaîtra, là encore, plusieurs propriétaires, sera abandonné puis restauré. Cet édifice sert désormais de lieu de réceptions et de tournages pour le cinéma et la télévision et ouvre ses portes lors des journées du Patrimoine.
Faisons encore un saut en arrière, à Brie-Comte-Robert, avec le Vieux Château qui transporte ses visiteurs dans le passé médiéval, plus précisément au XIIe siècle, lorsqu’il fut édifié à l’initiative de Robert 1er de Dreux, frère du roi Louis VII. L’édifice représente un bel exemple de l’architecture militaire du Moyen-Âge.
Un détour dans la commune rurale de Grisy-Suines, située sur le plateau Briard, permet de découvrir trois autres monuments. Gentilhommière du XVIIe siècle, le château de Suines a appartenu à l’amiral de Bougainville, célèbre navigateur (1729-1811), auquel on attribue l’édification de la salle à manger, signalée à l’extérieur par une façade néoclassique. De style Louis XIII, le château de Villemain, ses jardins et son parc furent un temps la propriété de Jean Nicot, importateur du tabac en France. Enfin, le surintendant du château de Fontainebleau, Jacques Le Roy, fit bâtir à l’emplacement d’un autre château fort du XIIIe siècle trois corps de bâtiment entourant une vaste cour. De ce château de la Grange le Roy, il ne reste que l’aile droite et un pavillon de l’aile gauche.

ÉDIFICES EN RUINES

Direction Fontenay-Trésigny, en amont de la vallée, pour les amateurs de châteaux en ruines. Situé sur le Bréon, en face de l’Église Saint-Martin et au centre du village, le château du duc d’Épernon, appelé aussi Ancien château des Sources, appartenait à l’origine aux deux ducs du même nom, grands personnages de l’État durant les règnes de Henri III, Henri IV et Louis XIII notamment. Fortifié à sa construction, il fut remanié à de nombreuses reprises par ses divers propriétaires. Classé monument historique depuis 1963, il dépérit aujourd’hui. Quant au château du Vivier, daté des XIIIe – XIVe siècles, il ne reste que le donjon, la tourelle d’escalier, les trois tours circulaires et les murs de la chapelle. Situé dans un site remarquable du ru de Bréon, affluent de l’Yerres, il fera office de domaine royal de 1293 à 1791, voyant notamment passer Charles V, Charles VI et François Ier. Ses vestiges, entourés de magnifiques jardins, sont eux aussi classés au titre des monuments historiques depuis 1996.

RÉSIDENCES À LA CAMPAGNE

La propriété Caillebotte à Yerres liée au célèbre peintre impressionniste n’est pas la seule demeure qui vaut le détour. Située à proximité de la capitale, la vallée de l’Yerres a attiré de nombreux aristocrates, grands bourgeois et artistes. Abritant aujourd’hui plusieurs appartements privés, la résidence La Gerbe d’Or à Yerres a été complètement reconstruite en respectant l’aspect extérieur de la villa érigée en 1827. Monet qui séjourna à Yerres comme invité du collectionneur Ernest Hoschedé a peint « La Maison d’Yerres » en 1876. Celle-ci appartenait alors aux parents d’Alice Raingo Hoschedé, épouse d’Ernest et future épouse en secondes noces de Claude Monet. À Varennes-Jarcy, le Domaine de la Feuilleraie fut loué par Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) pour sa femme Consuelo, lui résidant à Paris mais venant régulièrement lui rendre visite.
À Brunoy, c’est le tragédien François-Joseph Talma (1763-1826) qui possédait plusieurs résidences secondaires. Il n’en reste aujourd’hui qu’une, acquise en 1815. Située en bordure d’un parc, au 7 de la rue des Bosserons, elle est appelée « La Maison des Nourrices » car Talma y aurait logé ses enfants. Si l’on veut remonter le temps, au 4 bis de l’avenue du Général Leclerc se trouve la maison des Choquets, sans doute l’une des plus anciennes de Brunoy puisqu’elle date du XVIe siècle. Elle abrita à l’origine la famille Desnotz, qui comptait dans ses rangs des notaires et des échevins, puis fut transformée en ferme et en infirmerie par le financier Jean Pâris de Monmartel (1690-1766). À l’instar de la Gerbe d’Or pour Monet, elle inspira le peintre Jean-Baptiste Corot qui y séjourna en 1868. À Montgeron, on peut admirer avenue de la République une maison de maître du XIXe siècle, propriété d’Alexandre Chalon, le maire de la commune de 1904 à 1910. Devenue bien communal en 1978, elle abrite depuis 1993 le musée Josèphe Jacquiot qui présente des collections d’estampes locales, de médailles, d’icônes religieuses et accueille également des expositions temporaires.

LA VIE AUTOUR DE L’EAU

Témoins d’une vie organisée autour de la rivière, les moulins sont également nombreux dans la vallée de l’Yerres. Le moulin traditionnel du XVe siècle de Senlis à Montgeron, remanié au XIXe, fut acquis par l’industriel Robert Esnault, qui le restaura de 1900 à 1902 dans un style néogothique. Des artistes de renom comme Giacomo Puccini ou le poète François Coppée, séjournèrent dans cette belle demeure. Aujourd’hui privée, elle présente toujours son ancienne roue à aubes. À quelques encablures, à Crosne, le moulin de Périssin a été édifié au XIIIe siècle et dépendait de l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Transformé en moulin à vapeur en 1900, il servit par la suite de fabrique d’armes pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis de blanchisserie et d’entrepôt à l’entreprise de transports frigorifiques Périssin. Comme son nom l’indique, le Moulin à huile d’Epinay-sous-Sénart, bâti sur une dérivation de l’Yerres, fabriquait au XVe siècle de l’huile de noix. Jean Pâris de Montmartel, alors seigneur d’Epinay le transforme en moulin à pompe au XVIIIe siècle afin d’alimenter en eaux les bassins et cascades de son château. À Boussy-Saint-Antoine, on peut encore observer la maison du meunier d’origine du Moulin de Rochopt, dont la construction est antérieure au XIIIe siècle. Un barrage a remplacé les anciennes vannes du moulin. À Varennes Jarcy, l’ancien moulin à eau du XIIIe siècle est devenu aujourd’hui un établissement qui loue des salles de réception. Seul vestige de l’abbaye de Jarcy détruite sous la révolution, il a été acheté par Antoine Bosquillon le maire de Jarcy en 1791. Transformé en auberge un siècle plus tard, il fut fréquenté par Antoine de Saint-Exupéry. À proximité des moulins, ponts et passerelles, la plupart des communes se sont dotées d’un lavoir municipal, en particulier au XIVe siècle. Les lavandières venaient ainsi rincer leur linge dans les eaux claires de l’Yerres. Aujourd’hui, on peut redécouvrir ces autres lieux emblématiques, comme celui de Varennes-Jarcy, établi en aval du moulin. Daté de l’Ancien Régime, il a fait l’objet de nombreuses restaurations. À Yerres, le lavoir est même célèbre depuis qu’il a été immortalisé par Gustave Caillebotte.

SUR LE PONT OU À GUÉ ?

Autres monuments emblématiques des liens qui unissent l’homme et la rivière : les ponts. En pierre, en fer forgé ou en bois, l’Yerres et le Réveillon en comptent de nombreux aux silhouettes bien différentes. À Brunoy, le pont Perronet, du nom de son concepteur, est composé de trois arches ; datant du XVIIIe siècle, il est aujourd’hui classé.Un siècle plus tard, les rives de l’Yerres étaient reliées à Boussy-Saint-Antoinepar un ouvrage en fer forgé conçue par l’ingénieur Antoine-Rémy Polonceau. Dans la même commune, le Vieux Pont en pierre ou Pont de la Reine Blanche, a été construit au XIVe siècle à l’initiative de Jeanne d’Évreux, épouse de Charles IV le Bel et reine de France et de Navarre À ne pas manquer également : le pont Bossu, à Solers et le pont des Romains, dit Vieux Pavé, à Evry-Grégy-sur-Yerres. L’Yerres demeure l’une des rares rivières en France à se traverser encore à gué. Vous pouvez tenter l’expérience Barneau, lieu-dit du village briard de Soignolles-en-Brie…

Contrats de bassin : 3 questions à Laetitia Mondion, animatrice du contrat Yerres aval

Quel bilan tirez-vous du contrat 2010-2015 ?
S’agissant de la gestion de l’eau, plusieurs démarches collectives ont émergé. Ainsi 700 enquêtes de mise en conformité des branchements des bâtiments publics ont été réalisées et 50 édifices ont été mis en conformité. Du côté des industriels, 600 enquêtes de mises en conformité des branchements ont été menées tandis que 68 entreprises ont effectivement mis leurs branchements aux normes. Par ailleurs, 12 nouvelles communes se sont engagées dans la démarche de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, 3 communes ayant même atteint le zéro-phyto en 2015*.

Qu’en est-il des effets sur la qualité de l’eau ?
Toutes les opérations réalisées dans le cadre du contrat ont contribué à l’amélioration de la qualité des masses d’eau, même si ces bénéfices envers le milieu ne sont pas toujours détectables via les analyses d’eau. Nous avons pu observer une diminution des concentrations en pesticides, ce qui démontre l’intérêt pour les collectivités de poursuivre dans cette voie. Par ailleurs, toutes les mises en conformité de branchements des bâtiments publics, des particuliers et des entreprises, les réhabilitations, créations et extensions de réseaux ont joué un rôle essentiel dans l’amélioration de la qualité des eaux. À l’avenir, les travaux de restauration des continuités écologique et hydromorphologique des cours d’eau seront vraiment complémentaires pour améliorer encore et de façon significative l’état des eaux.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Si les maîtres d’ouvrages apprécient la sensibilisation sur le thème de l’eau, le fait d’être accompagnés dans le suivi des actions et la dynamique de ces démarches collectives.Ils constatent cependant un manque de moyens financiers pour répondre aux objectifs du contrat. De plus, la complexité du montage des dossiers de demandes de subventions constitue un frein pour la réalisation de certaines opérations. En revanche, le Contrat de Bassin est un réel « outil » fédérateur pour les acteurs du territoire.
*Depuis le 1er janvier 2017, les communes n’ont plus le droit d’utiliser de produits phytosanitaires, sauf espaces à contrainte.

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Contrats de bassin : se concerter pour préserver l’eau

Un nouveau départ pour l’un, une évaluation à mi-parcours pour l’autre. L’heure est au bilan pour les deux contrats de bassin Yerres aval
et amont animés par le SyAGE. Mais à quoi servent ces contrats ? À qui s’adressent-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Voici quelques éléments de réponses.

En 2000, la directive cadre européenne sur l’eau a fixé un objectif de « bon état » écologique et chimique des eaux. A l’échelle nationale, le code de l’environnement définit l’eau comme faisant « partie du patrimoine commun de la nation. Sa protection, sa mise en valeur et le développement de la ressource utilisable, dans le respect des équilibres naturels, sont d’intérêt général» (article L.210-1 du code de l’environnement). Or le cycle de l’eau impose le principe d’une gestion par bassin versant. S’intéresser aux pollutions de l’aval sans se préoccuper de celles de l’amont par exemple n’aura aucune efficacité. De plus, les multiples usages de l’eau (consommation d’eau potable, irrigation, loisirs, traitement des pollutions domestiques, industrielles, etc.) dépendent les uns des autres.

SDAGE ET SAGE : QUELLES DIFFÉRENCES ?
Pour ces raisons, il est essentiel que les acteurs de l’eau s’associent pour gérer cette ressource de façon concertée. Tel est l’objectif des 12 Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) élaborés à l’échelle de chacun des 12 bassins hydrographiques de France métropolitaine et d’Outre-Mer. Pour notre territoire, il s’agit du SDAGE Seine-Normandie. Ces documents de planification fixent pour 6 ans les grandes priorités de gestion équilibrée à mener afin de stopper la détérioration et de retrouver un bon état de toutes les eaux : cours d’eau, plans d’eau, nappes souterraines, eaux littorales. Une troisième génération de SDAGE a été approuvée en 2015 et est entrée en vigueur pour la période 2016-2021. À l’échelle des sous-bassins hydrographiques, tel que le bassin versant de l’Yerres, les SDAGE sont déclinés en Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) afin de mieux prendre en compte les particularités territoriales. Ces SAGE apportent des précisions de qualité et de quantité du SDAGE en fonction des territoires, établissent des priorités d’actions et édictent des règles particulières d’usage. Contrairement aux SDAGE qui concernent la totalité des grands bassins hydrographiques français, tous les sous-bassins ne sont pas forcément couverts par un SAGE.

QUELLE PORTÉE JURIDIQUE ?
Renforcée par la loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006 (LEMA), la portée juridique de ces outils de planification est réelle et importante. Ainsi, les documents d’urbanismes (plans locaux d’urbanisme, cartes communales…) doivent être compatibles avec leurs orientations fondamentales et leurs objectifs. De même les décisions administratives dans le domaine de l’eau et celles concernant les installations classées pour la protection de l’environnement ne doivent pas comporter de dispositions contraires au SDAGE.

À QUOI SERT LA CLE ?
L’élaboration, le suivi et la révision du SAGE revient à la commission locale de l’eau (CLE), une instance indépendante locale de concertation qui représente les acteurs du territoire : collectivités territoriales et établissements publics locaux, usagers, propriétaires riverains, organisations syndicales et professionnelles, associations et services de l’État. Concrètement, elle définit des axes de travail, organise le calendrier de la démarche, anime la concertation, suit la mise en oeuvre du SAGE, arbitre les conflits éventuels, etc. La CLE détermine aussi le périmètre des SAGE, celui-ci étant ensuite approuvé par le préfet. De son côté le SyAGE, membre de la CLE, représente la structure opérationnelle compétente pour la mise en œuvre du SAGE, chaque maître d’ouvrage étant représenté dans son comité syndical.

QU’EST-CE QU’UN CONTRAT DE BASSIN ?
C’est dans ce cadre, qu’interviennent les contrats de bassin, déclinaison opérationnelle des SAGE. Il s’agit d’un outil de contractualisation entre les différents acteurs de l’eau. Il prend la forme d’un programme d’actions à mener à l’échelle du bassin versant. Celles-ci sont portées par des maîtres d’ouvrages, notamment des communes, qui s’engagent à les mettre en oeuvre. En contrepartie, les partenaires financiers (Agence de l’Eau, Région, Départements…) priorisent les subventions pour ces dossiers. Ces différentes actions jouent chacune un rôle dans l’amélioration de la qualité des masses d’eau. Chaque contrat possède un comité de pilotage composé des signataires et de leurs partenaires techniques et financier, cette instance se réunissant régulièrement pour faire le point sur la mise en oeuvre du contrat.

QU’EN EST-IL POUR L’YERRES ?
L’élaboration du SAGE de l’Yerres a permis de dresser un état des lieux de la qualité des eaux du bassin versant. Plusieurs problèmes ont ainsi été mis en lumière: mauvais état écologique et chimique des eaux de surface, perturbation importante de la morphologie et de l’écologie des cours d’eau du bassin versant, diminution progressive des superficies des zones humides, pollution de nappes par les nitrates et les pesticides, forte pression exercée sur les ressources en eau souterraines, inondations, etc. Il existe deux contrats : le Contrat de bassin de l’Yerres aval et du Réveillon et le Contrat de bassin de l’Yerres amont et de ses affluents.

YERRES AVAL ET RÉVEILLON
Pour le contrat 2010-2015, 25 communes étaient signataires. À l’origine il comprenait une enveloppe financière de 79 millions d’euros déclinée en 235 actions. À mi-chemin, cette somme a été révisée pour atteindre 62 millions d’euros pour 226 actions. Voici quelques actions phares menées par les maîtres d’ouvrage pour améliorer la qualité des eaux superficielles et souterraines… travaux de mise en conformité des bâtiments publics initié par les communes d’Ozoir-la-Ferrière, Draveil, Villecresnes, Brie-Comte-Robert et par le Conseil Départemental du Val-de-Marne ; travaux de réhabilitation et de mise en séparatif des réseaux d’assainissement par Ozoir-la-Ferrière, Brie-Comte-Robert, Lésigny, Servon, Chevry-Cossigny, le SyAGE ou encore la CA Grand Paris Sud (ancien SAN de Sénart); installation de cuves de récupération des eaux de pluie par Combs-la-Ville, Ozoir-la-Ferrière, Marolles-en-Brie, Santeny, Servon ou encore Chevry-Cossigny; réalisation d’un parking perméable par les communes de Draveil et Villecresnes, visant à gérer les eaux pluviales à la source ; suivi des études préalables à l’abaissement d’ouvrages sur l’Yerres et le Réveillon par le SIAR et le SyAGE dans le but de restaurer la fonctionnalité écologique des cours d’eau ; enfin l’acquisition foncière de parcelles situées en zone d’expansion des crues par la commune de Villeneuve-Saint-Georges pour préserver les populations du risque inondation sur ce secteur et renaturer le milieu naturel. L’année 2016 a permis d’effectuer une évaluation de ces 6 années de mise en oeuvre et de préparer un nouveau contrat pour la période 2017-2022.

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YERRES AMONT ET AFFLUENTS
Pour le contrat 2014-2018, 60 communes et 18 EPCI de Seine-et-Marne se sont engagés. À mi-contrat, 46% de la masse financière globale du contrat ont été engagés. En 2016 par exemple, les syndicats de l’Yerres et de la Marsange ont initié des études visant à restaurer les milieux aquatiques au Plessis-Feu-Aussoux, à Évry-Grégy et à Presles-en-Brie; un chantier de reconstruction de la station d’épuration de Coubert porté par la commune a été lancé (2,5 Millions d’euros HT) ; des travaux pilotés par la commune de Jouy-le-Châtel ont été menés pour créer un collecteur d’eaux usées séparatif (97 200 euros HT); une étude sur le zonage pluvial visant à instaurer des règles de gestion des eaux de pluie a été engagée par la commune de Chaumes-en-Brie (13 000 euros HT) ; enfin des travaux d’interconnexion des réseaux d’eau potable ont été initiés par le SIAEP de la Brie Boisée.

 

Des problèmes solubles dans l’eau

Photo : @Nasa

Qu’elle se manifeste dans nos vies par l’excès ou au contraire par la pénurie, la question de l’eau va devenir un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Mais si elle nous pose déjà de nombreux problèmes, ce ne sont pas les solutions qui manquent. Tour d’horizon…

Comme tous les ans, le 22 mars sera la journée mondiale de l’eau. Encore une journée mondiale, direz-vous. Elles sont nombreuses en effet et les thématiques en sont parfois cocasses ou peu mobilisatrices. En ce qui concerne l’eau, certains d’entre vous s’étonneront peut-être que l’ONU consacre un tel évènement à un élément somme toute banal et si répandu sur notre belle planète bleue.

Quand on vit en France, notamment – pays si riche en ressource hydrologique – on peut s’interroger sur le bien-fondé d’une telle journée : notre contrée est verdoyante, bien arrosée, naturellement irriguée et notre réseau d’eau potable ferait envie à bien des nations. Alors à quoi bon ? Où est le problème ?

L’eau n’a pas de frontière

Pour bien comprendre le sens d’une journée mondiale de l’eau, il est essentiel de se remémorer que cet élément a pour caractéristique principale d’obéir à des cycles vastes et complexes qui conduiront la plus humble goutte d’eau à parcourir des distances considérables et ce durant des périodes de temps tout aussi considérables.

En d’autres termes, nous ne sommes pas propriétaires des réserves d’eau présentes sur notre territoire : elles viennent d’ailleurs et y retourneront quand elles auront achevé la partie du cycle qui les fait transiter par notre pays.

Dans cette optique, il est évident que l’eau ne peut être gérée dans une logique purement locale et qu’elle nécessite au contraire une vision systémique, globale et transfrontalière.

L’aqua simplex n’est pas si simple

On le voit bien, l’eau est une thématique complexe qu’il est nécessaire d’appréhender sous des angles variés : hydrologie, économie, politique, écologie, etc. La mondialisation des enjeux et les phénomènes liés au réchauffement climatique ne font que confirmer cette nécessité.

Aristote disait naguère que tous les problèmes provenaient du manque ou de l’excès d’un élément donné et il en va de même pour l’eau. Quand elle manque, c’est la sècheresse et son cortège de misère mais quand elle déborde, c’est la catastrophe : crue, inondation, tsunami… Bien sûr, ces phénomènes naturels ont toujours existé, mais il semble bien que les modifications environnementales liées à l’activité humaine les aient multipliés et amplifiés. Pire encore, la fonte des glaces polaires menace d’engloutissement des pans entiers de territoires côtiers traditionnellement très peuplés.

Phénomènes naturels, conséquences politiques…

Outre les drames humains que ces modifications vont entraîner, il y a fort à parier que ces bouleversements s’accompagneront de soubresauts politiques ou de tensions internationales. La prise en charge des futurs réfugiés climatiques, la gestion des ressources hydrique dans les zones arides ou bien encore le non-respect des accords internationaux sur le climat entraîneront forcément de différends dont on ne peut qu’espérer qu’ils se résoudront de façon pacifique.

En filigrane de ces problématiques politiques, on distingue LA grande question de l’eau, une question autant philosophique qu’économique : l’eau appartient-elle à quelqu’un ou est-elle un bien commun ?

La plupart des Etats y ont répondu en affirmant que l’eau n’appartient à personne et que son accès doit être, autant que faire se peut, garanti à tout le monde. Mais la question de la privatisation de l’eau est néanmoins régulièrement soulevée et le statut de « bien commun de la Nation » que l’article premier de la Loi sur l’Eau lui garantit en France devra sans doute être âprement défendu contre les tenants d’une marchandisation généralisée de la planète.

Une eau inépuisable mais pas toujours accessible

Si les quantités d’eau présente sur la planète sont absolument colossales, il s’agit là d’une abondance trompeuse et faussement rassurante. En effet, l’eau douce disponible ne représente que 0.7% de l’eau présente sur Terre et de plus, cette eau n’est pas également répartie à la surface du Globe. De plus, cette eau étant de plus en plus polluée ou gaspillée, son acheminement et son traitement deviennent de plus en plus couteux. La gestion quantitative et qualitative de l’eau devient donc une priorité, y compris pour des pays comme la France, pourtant favorisée en matière de ressource hydrique.

Face à cette multiplication des périls et des difficultés, on assiste heureusement à une prise de conscience générale et à une véritable coalition des bonnes volontés tant sur le plan local (Syndicat de rivière, établissements publics de bassin, agences de l’eau) que sur le plan international (conférences sur le climat, coopération internationale, organismes supra-étatiques).

Faire d’un principe une réalité

S’il est vrai que l’eau appartient à tous, il est indispensable que ce principe généreux devienne une réalité effective. Pour ce faire, deux objectifs devront être atteints : préserver la ressource en eau pour la léguer aux générations futures ; permettre à tout être humain, où qu’il soit, d’accéder à cette précieuse ressource.

Inondations : s’adapter et se préparer

Empêcher la crue d’une rivière est une mission impossible. Ce phénomène naturel fait partie intégrante de la vie des cours d’eau. Mais il est possible d’en limiter les conséquences.

Changer de regard. La première étape est non seulement d’accepter ce phénomène mais aussi de considérer ses bienfaits.  Lors d’une crue, les eaux qui s’étalent dans la plaine peuvent ensuite, en s’infiltrant, contribuer à recharger les nappes alluviales (volume d’eau souterraine). Les inondations ont également un rôle épurateur essentiel pour le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Elles transportent en effet des nutriments nécessaires à la survie de certaines espèces, de l’amont vers l’aval dans les plaines inondables. Enfin, en apportant de l’eau aux frayères et aux zones humides, elles favorisent la reproduction et le déplacement des animaux aquatiques comme les batraciens.

Donner l’alerte. Une fois ce phénomène accepté, quelle stratégie adopter ? Disposer d’un service de surveillance et d’annonce de crue s’avère primordial pour améliorer le délai de prévision et organiser l’évacuation des populations. La France s’est dotée du SCHAPI (service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations), un dispositif national chargé notamment d’établir les cartes de vigilance crues pour les cours d’eau. Au SyAGE, la vigie s’appelle SIRYAC. En complément des systèmes existants, ce service d’information gratuit permet de prévenir individuellement par téléphone les riverains qui demandent à être avertis en cas de crue de l’Yerres ou du Réveillon (rendez-vous sur www.syage.org pour vous inscrire au SIRYAC).

Réduire la vulnérabilité. Dans les zones qui seront assurément inondées, certains aménagements vont contribuer à réduire leur vulnérabilité. Il peut s’agir d’installer en hauteur certains biens ou équipements, de mettre les produits polluants hors d’atteinte, de prévoir des sacs de sable qui retardent la montée des eaux dans les bâtiments ou encore de surélever les transformateurs et tableaux de distribution électriques.

Construire des aménagements. D’autres aménagements de protection plus importants ont fait leurs preuves. Les zones d’expansion de crues sont des espaces inondables, généralement ruraux, qui visent à préserver les zones urbanisées. Autres dispositifs : les digues de protection et les barrages de stockage de l’eau dont le rôle est de ralentir le débit de l’eau de la rivière, donc de diminuer l’inondation en aval. Autre levier d’action : la réduction de l’imperméabilisation des sols pour améliorer l’infiltration des eaux pluviales et limiter ainsi les ruissellements aggravant les inondations.

L’eau, une marchandise ?

On peut choisir de répondre à cette question sous un angle philosophique, mais il n’est pas pour autant possible d’évacuer les problématiques économiques liées à l’eau.

Par les temps qui courent, « vivre d’amour et d’eau fraîche » pourrait se révéler plus coûteux que ne l’imaginaient naguère les inventeurs de la formule. En effet, si l’on peut encore penser que l’amour est gratuit, il n’en va plus de même pour l’eau ou plus exactement pour l’ensemble des services qui permettent l’accès à l’eau.

En effet, il est loin le temps où il suffisait de se pencher pour s’abreuver à une source ou de tourner une manivelle pour tirer un peu d’eau du puits. Les investissements énormes nécessités par le captage, l’acheminement, la dépollution ou l’assainissement de l’eau impliquent que la consommation de celle-ci va représenter un coût pour le consommateur.

L’eau est gratuite, pas le service

En clair, ce n’est pas l’eau que paye le consommateur mais le prix du service. Cette différence n’est pas que rhétorique puisque c’est ce principe d’un « droit à l’eau » qui a conduit plusieurs tribunaux à déclarer illégales les coupures d’alimentation à l’encontre de consommateurs qui, en difficulté financière, n’avaient pu régler leurs factures.

En France, même si une partie de la gestion de l’eau peut faire l’objet de délégation de service public, elle reste néanmoins, in fine, de la responsabilité des pouvoirs publics et des collectivités qui, notamment par le biais de la mutualisation et des intercommunalités, sont assez riches pour faire face aux investissements importants que nécessite cette gestion.

Privatiser l’eau : une solution pour le tiers-monde ?

Ce fut une idée à la mode que d’affirmer que dans le tiers monde, seul les grands opérateurs privés occidentaux pouvaient assumer ce type d’investissements et qu’il fallait donc y encourager la « privatisation » de l’eau. En définitive, les résultats pratiques en furent décevants, se traduisant principalement par une forte hausse des tarifs et des inégalités accrue entre les régions offrant un fort retour sur investissement et les autres.

Aujourd’hui, la tendance est plutôt à privilégier les acteurs locaux en multipliant les transferts de compétences et les incitations – y compris financières – à augmenter leur efficacité et leur productivité. En effet, il ne suffit pas d’affirmer que les habitants du tiers-monde ont tous droit à un accès à l’eau potable, encore faut-il que ce droit devienne une réalité tangible. Il est également essentiel que les pays du tiers monde puissent exercer ce droit de façon autonome et ne dépendent plus, pour ce faire, de la bonne volonté plus ou moins désintéressée des pays riches.

L’eau, source de bien des maux

Si elle est indispensable à la vie, l’eau est aussi bien souvent à l’origine de nombreuses catastrophes naturelles, parmi les plus dévastatrices. Inondations, glissements de terrains, sécheresses sont autant de manifestations de ses colères ou de ses caprices.

Avec le réchauffement climatique qui ne cesse d’inquiéter la communauté internationale, c’est tout l’équilibre mondial qui se retrouve menacé par les bouleversements que connaît notre planète et l’eau, en constitue aujourd’hui un des problèmes les plus préoccupants. On a coutume de dire que l’eau, qui représente 70% de la surface du globe, est à l’origine de la vie sur Terre. C’est d’autant plus vrai si l’on compare notre chère planète aux autres astres rocheux ou gazeux, qui sont dépourvus de cette précieuse ressource. En surabondance parfois, ou à contrario en profond déficit, l’eau peut alors provoquer sinistres et désolations comme en témoignent malheureusement les importantes catastrophes naturelles que nous avons connues ces dernières années.

Les deux visages de l’eau

Pour la plupart d’entre elles, l’eau en était la cause principale ou à minima le facteur aggravant. Crues, vagues de sécheresse, tempêtes tropicales, tsunamis… Depuis la fin du XXème siècle, ces phénomènes exceptionnels se sont intensifiés et ont touché presque un tiers de l’humanité en provoquant des désastres considérables et bouleversant la vie de millions d’individus à travers le globe. Qui ne se souvient pas en 2005, de la tempête Katrina et des inondations d’une ampleur jamais vue à la Nouvelle Orléans ? Plus proche de nous, en août 2003 lorsque l’Europe entière s’est vue confrontée à une sécheresse sans précédent provoquant une surmortalité dans tous les pays membres de l’union. Ou plus récemment, lorsque des intempéries exceptionnelles se sont abattues sur le sud-est de la France en octobre 2015 provoquant des glissements de terrain et des inondations spectaculaires. Tous ces phénomènes que l’on pourrait qualifier de « cataclysmiques » nous rappelle que l’eau nourricière, source de vie, peut devenir dévastatrice pour ne pas dire mortifère.

L’eau insidieuse

Si les effets directs des catastrophes naturelles ont un impact important, leurs conséquences à court  ou moyen terme affectent durablement les populations sinistrées. Dans le cas des inondations par exemple, lorsque les eaux se retirent, c’est à ce moment qu’apparaissent les risques sanitaires les plus dangereux pour l’Homme. Au registre infectieux tout d’abord puisque les maladies et autres facteurs pathogènes y trouvent un terrain propice à leur expansion. Bien souvent, d’importantes pollutions se diffusent et causent alors plus de dégâts sur l’environnement que la catastrophe elle-même qui vient de se terminer. L’eau potable devient une ressource rare, les points d’approvisionnement traditionnels étant désormais impropres à la consommation, il faut bien souvent réorganiser toute une logistique particulière afin que les populations touchées puissent subvenir aux besoins les plus élémentaires durant cette période de crise.

Un partage arbitraire de la ressource

Dans le cas des sécheresses, outre les problèmes de santé publique, c’est l’économie d’une région ou d’un pays tout entier qui se retrouve mise à mal par la manque d’eau, principalement dans le secteur agricole bien sûr mais pas seulement. Son absence fragilise le fonctionnement des états eux-mêmes, créant discordes et instabilité parmi toutes les couches sociales touchées par la pénurie d’eau. Les épisodes d’aridité extrême que connaissent aujourd’hui plusieurs pays d’Afrique de l’est en sont malheureusement un triste exemple. Selon l’agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), une catastrophe humanitaire est en train d’éclater dans cette région du globe, déjà durement touchée par des famines importantes par le passé . 17 millions de personnes risquent de souffrir très prochainement de graves pénuries alimentaires dans plusieurs pays de la Corne de l’Afrique. En Somalie, en Ethiopie et au Soudan, la famine et la malnutrition menacent les populations déjà très touchées et affaiblies par les conflits armés qui émaillent cette région du monde depuis maintenant plusieurs dizaines d’années. Cette eau qui fait cruellement défaut à quelques-uns se retrouve en excès chez d’autres, c’est cet antagonisme fort qui attise bien souvent les convoitises lorsque la ressource vient à manquer. Les conflits économiques, voire philosophiques, que nous avions évoqués dans notre magazine en mars 2016*, évoquent ces tensions qui conduisent certains pays à s’affronter pour le contrôle de l’eau. Autant dire que l’accès à la ressource en eau pour tous, deviendra un enjeu de plus en plus important dans les années à venir, compte tenus des bouleversements auxquels bon nombre de pays sont aujourd’hui déjà confrontés.

*L’eau n°77 – Dossier « La Guerre de l’eau »