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Matthieu Sanchez : « On attend du concret maintenant »

L’agent territorial seine-et-marnais, âgé de 40 ans, est membre de la Convention citoyenne pour le climat

Fondée en octobre 2019, la Convention citoyenne pour le climat est née dans le sillage du grand débat qui a fait suite à la mobilisation des gilets jaunes. Elle est composée de 150 personnes tirées au sort, représentatives de la population française. Leur mission : définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale.

La Convention était encadrée par un comité de gouvernance, des experts techniques et juridiques et de professionnels de la participation et de la délibération collective. Trois garants ont veillé à la neutralité et à la neutralité des débats. L’organisation était assurée par le CESE (Conseil économique, social et environnemental), institution constitutionnellement indépendante.

Quelle a été votre réaction quand vous avez été tiré au sort pour la convention citoyenne ?

Matthieu Sanchez : C’était en septembre dernier. J’étais en train de bosser. J’ai reçu un appel d’un numéro à 5 chiffres. Je croyais que c’était de la pub mais j’ai répondu (l’institut Harris Interactive était en charge du tirage au sort, 300 000 numéros ont été générés automatiquement). J’ai tout de suite dit que j’étais volontaire pour y participer. Mon profil (âge, profession, lieu d’habitation…) les intéressait. J’ai reçu une réponse favorable un mois et demi après.

Le but était d’obtenir un échantillon représentatif de la population française…

Matthieu Sanchez : Exactement. La Convention, c’est la France dans toute sa diversité. Elle compte 51% de femmes  et 49% hommes. Les membres sont âgés de 16 à 80 ans, ont des niveaux de diplômes différents, représentent toutes les catégories socio-professionnelles et sont issus de tous les territoires y compris d’outre-mer. Tout le monde s’est fait entendre. Le panel est très disparate et représentatif. Je suis pêcheur et particulièrement attaché à l’environnement. Mais il y avait de tout, même des climato-sceptiques.

Certaines personnes ont mis en cause la légitimité de la Convention citoyenne ? 

Matthieu Sanchez : Les gens parlent beaucoup mais n’analysent pas trop les choses. Nous avons rencontré les parlementaires dès le début pour leur dire que nous n’étions pas là pour prendre leur place. Mais être un trait d’union entre eux et les citoyens, remettre le peuple au cœur du débat. Tout est transparent. Il était possible de suivre l’évolution des travaux et d’écouter toutes  les sessions.

C’est de la démocratie participative. Et au final, la Convention ne fait que des propositions. Elle ne décide pas à la place des parlementaires. C’est leur rôle et leurs prérogatives.  

Comment s’est déroulée la première session au mois d’octobre dernier ?

Matthieu Sanchez : On a tous pris une grosse claque dans la tête ! Les auditions des différents experts et les synthèses de travaux (chercheurs, organismes internationaux, organisations de la société civile)  nous ont fait prendre conscience de l’ampleur de la crise climatique. C’est vraiment alarmant. C’est un peu le même schéma que celui de la crise sanitaire. Tant que cela ne nous touche pas directement, on ne se sent pas vraiment concerné.

Vous faisiez partie de quel groupe de travail ?

Matthieu Sanchez : J’étais dans le groupe Se déplacer. Tous les groupes ont été déterminés par tirage au sort. C’était très intéressant. On s’est beaucoup informés. Nous avons rencontré plus de 130 experts et intervenants aux avis divergents ou contradictoires afin d’éviter toutes formes d’influence. Comme par exemple Louis Gallois, président du Conseil de surveillance de Peugeot SA (ancien président de la SNCF) et Priscilla Ludosky, gilet jaune à l’origine de la pétition « Pour une baisse des prix des carburants à la pompe ». Le PDG du transport ferroviaire et multimodal de marchandises SNCF Fret et la déléguée générale de la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (organisation du transport routier de marchandises). On a beaucoup débattu pour préparer ces projets de loi.

Les débats ont été vifs autour de l’abaissement de la vitesse à 110 km/h sur l’autoroute, une mesure qui a cristallisé les critiques…

Matthieu Sanchez : On s’en doutait. C’est la seule proposition qui n’a pas été adoptée à plus de 85 % par la Convention. Mais l’objectif était de présenter des mesures qui visent à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et par la même occasion de montrer notre indépendance. Même si cela n’est pas populaire.

En outre, cela permettrait de fluidifier le trafic routier, de diminuer le nombre d’accidents graves et de détourner des automobilistes vers le réseau des routes nationales. Cela pourrait également redynamiser des zones qui ont perdu une certaine attractivité ces dernières années. Maintenant, cette proposition représente à peine une demi-page sur un rapport de 600 pages. Cela ne doit pas venir occulter les 148 autres propositions.

Quelles sont les propositions qui vous paraissent les plus importantes ?

Matthieu Sanchez : Nous nous sommes attachés à présenter des propositions clé en main, avec une traduction légistique. C’est un bloc de mesures global et cohérent même si ce n’est pas parfait. Tout est important comme le volet concernant la rénovation énergétique (logement, bâtiments et infrastructures représente deux tiers des émissions GES en France). Il comporte un système progressif d’aides à la rénovation (prêts, subventions, taux à 0% pour les plus démunis), le déploiement d’un réseau harmonisé de guichets uniques… Ce sont des mesures d’accompagnement étalées dans le temps pour assurer une transition douce, avant des mesures plus restrictives (obligation de changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici 2030 dans les bâtiments neufs et rénovés).

Pourquoi la taxe carbone et le nucléaire sont-ils absents de vos mesures ?

Matthieu Sanchez : On a beaucoup débattu sur la taxe carbone dont la hausse a été à l’origine du mouvement des Gilets jaunes. C’est un sujet qui dépasse le cadre national et il n’était pas question que l’on soit les instruments d’une réhabilitation de cette taxe. Donc, on l’a mise de côté.

 Pour le nucléaire, même si ce n’est pas la panacée, c’est un modèle électrique décarboné. Et l’électricité n’est pas un levier majeur pour atteindre une baisse d’au moins 40% des émissions GES d’ici 2030. Même si le nucléaire pose des problèmes, notamment avec les déchets radioactifs.

Vous avez soumis trois propositions de révision de la Constitution…

Matthieu Sanchez : Cela nous a paru important de soumettre au référendum la modification de l’article 1er visant à renforcer la responsabilité de la France en matière environnementale (La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique).

Mais aussi la modification du préambule (La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité).

Après la remise de votre rapport final, vous avez été reçus par le président de la République à l’Elysée, quelles ont été vos impressions ?

Matthieu Sanchez : L’Élysée, c’était impressionnant ! J’ai d’ailleurs pris quelques photos…

Par rapport au discours du Président, j’étais plutôt satisfait. Il a approuvé 146  mesures sur 149. L’avancée est positive même si les plus engagés étaient déçus que 100% des mesures ne soient pas retenues. Le débat a été reporté sur la réduction de la vitesse sur autoroute à 110 km/h. La taxe de 4% sur les dividendes n’a pas été validée pour ne pas risquer de freiner les investissements, ainsi que la réécriture du préambule de la Constitution. Le Président a estimé que la protection de l’environnement ne peut pas se placer au-dessus des libertés publiques.

En ce qui concerne la notion d’écocide, il y a un flou. Le Chef de l’État souhaite l’inscrire dans le droit international et ne voit pas comment cela est possible au niveau du droit français. L’écocide est un engagement important pour nous. Il faut retravailler l’écriture du texte pour trouver une solution.

La réforme du CESE qui a vocation à être une chambre de la participation citoyenne est aussi importante. Cela permettra de continuer à associer les citoyens aux prises de décisions.

Votre rapport final a été transmis au début de l’été, le travail de la Convention est désormais achevé ?

Matthieu Sanchez : Non, c’est loin d’être terminé ! On a créé l’association Les 150 (Matthieu Sanchez fait partie du bureau). La convention, c’est une aventure humaine incroyable et on a envie que cela se poursuive. Mais c’est aussi pour assurer le suivi des mesures. Nous avons mis en ligne un site (sansfiltre.les150.fr) pour faciliter le suivi de nos 149 propositions. Il faut les défendre, les expliquer dans tous les territoires et faire adhérer les citoyens. Et nous avons un droit d’alerte avec le Président de la République. Le boulot n’est pas fini. Rien n’est gagné. On attend désormais du concret.

Comment s’est passé votre rencontre à Matignon avec le Premier ministre Jean Castex et Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, le 20 juillet dernier ?

Matthieu Sanchez : Nous sommes venus (ils étaient 14 dont Matthieu Sanchez pour représenter les 150) pour rappeler notre mandat et assurer le suivi de nos propositions. Si nous ne sommes pas rentrés dans le fond du sujet, la réunion a permis d’élaborer un plan d’action pour l’application de nos mesures. On a ensuite rencontré, sous la houlette du ministère de la Transition énergétique, des parlementaires, des élus locaux et des partenaires sociaux, le 29 juillet. On s’est rendu compte que beaucoup n’avaient que survolé nos mesures. Chacun campe un peu dans le même schéma, les mêmes postures. Y’a du boulot ! Il va falloir argumenter et faire beaucoup de pédagogie. La rentrée va être sportive…

Vous avez été beaucoup sollicité par la presse étrangère, quel regard porte-t-il sur la Convention citoyenne ?

Matthieu Sanchez : Je ne sais pas pourquoi mais on m’a souvent envoyé vers les médias étrangers. Les correspondants allemands et danois sont particulièrement sensibles aux problématiques écologiques, les Japonais sont plus centrés sur la participation citoyenne et la tenue des Jeux Olympiques en 2021.

Par ailleurs, notre proposition de taxe sur les transactions financières qui a été rejetée par Emmanuel Macron, a fait écho auprès de nombreux eurodéputés que nous avions rencontrés. La commission européenne a relancé le projet de taxe pour financer le plan de relance européen.

Propos recueillis par Jean-Michel EDOUARD

Matthieu Sanchez, porte-parole du groupe Se déplacer de la Convention citoyenne pour le climat

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Bruno David : la vie et rien d’autre !

Jean-Baptiste Ferrero : Bruno David merci de nous recevoir au Museum national d’Histoire naturelle. Vous êtes aujourd’hui Président du Muséum et vous avez occupé, durant votre carrière de nombreux postes prestigieux. Votre formation de base est une formation de paléontologue. En quoi la connaissance du passé est-elle éclairante pour mieux comprendre le présent ?

Bruno David : Passer de la paléontologie à la biologie peut en effet sembler surprenant mais le fil rouge qui m’a toujours guidé est celui de l’évolution biologique. Et cette évolution peut aussi bien être abordée à partir de formes anciennes que de formes actuelles, et cela en regardant comment fonctionne le monde qui nous entoure. Il s’agit donc du même sujet. Ceci étant dit, en quoi regarder le passé est inspirant pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui ? Ce n’est pas un scoop que de dire que l’espèce humaine exerce des pressions sur l’environnement qui sont de plus en plus considérables : certains parlent d’anthropocène*, d’autres évoquent une sixième crise d’extinction et il apparait intéressant de se placer sur une échelle de temps long.

L’histoire de la vie a une profondeur de près de 4 milliards d’années et durant les 550 derniers millions d’années, il s’est passé beaucoup de choses avec une vie très diversifiée et déjà complexe. La biodiversité a alors traversé un certain nombre de crises dont cinq majeures. Nous disposons ainsi d’un échantillonnage statistique assez représentatif des fluctuations de la biodiversité au cours des temps géologiques. Est-il possible de tirer des leçons de ces crises ? Si chacune de ces crises est unique, leur comparaison permet d’identifier des facteurs communs, des éléments récurrents qui pourraient nous aider à comprendre la situation actuelle : est-on sur le chemin d’une crise ? Y va-t-on à la même vitesse ? Avec la même ampleur ? On peut donc se pencher sur le passé et essayer d’en tirer des leçons.

Jean-Baptiste Ferrero : certains aujourd’hui, n’hésitent pas à dire que nous sommes entrés dans la « sixième extinction »*. Que pensez-vous de cette affirmation ?

Bruno David : Avant de parler de sixième extinction, il faut d’abord analyser les cinq précédentes, observer leur vitesse, leur ampleur ou encore le nombre d’espèces éteintes. Ces grandes crises ont fait disparaitre entre 70 et 90% de la biodiversité sur des périodes d’environ un million d’années.

La communauté scientifique collecte des chiffres sur ce qui se produit depuis cent cinquante ans. Le constat est sans appel, on approche les 2% de disparition. Et si nous sommes encore loin des 80% des crises anciennes, il ne faut pas négliger la vitesse de cette dégradation ! En extrapolant le taux actuel sur un million d’années, on arriverait à 8000% ! Même en relativisant et en admettant une erreur de facteur 10, même de facteur 100, nous sommes aujourd’hui sur la trajectoire d’une grande crise. Au début de cette trajectoire certes, mais nous y allons 1000 fois plus vite que ce qui s’est produit dans les temps géologiques. A nous désormais de trouver des moyens d’action pour ralentir.

Jean-Baptiste Ferrero : selon vous, sur quoi pourrait se fonder l’éventuel espoir d’échapper à cette crise ? Sur la capacité de résilience de la nature ou sur notre capacité technologique ou scientifique ?

Bruno David : les deux ! La biodiversité est très résiliente. Elle a cette capacité à bouger, à s’adapter à de nouveaux contextes et à revenir surtout si on la laisse tranquille. Et puis il nous faut, nous, agir ! En effet, nous imposons à la biodiversité des vitesses de changement qui ne sont pas compatibles avec l’évolution biologique et notamment avec sa capacité d’acclimatation et d’adaptation ; il faut donc infléchir nos usages de la planète.

Si je réduis mon empreinte carbone en réduisant, par exemple, l’utilisation de ma voiture, l’effet en sera dilué dans le climat mondial. En revanche, si j’ai une action locale dans mon jardin, je verrai le résultat sur la biodiversité dans mon jardin. La démarche est donc gratifiante et les effets à beaucoup plus court terme sont visibles. Dans le cas du changement climatique, il y a une inertie du système climatique mondial qui fait que l’on ne verra les effets de nos actions que dans 20, 30 ou 50 ans.

Jean-Baptiste Ferrero : cela signifie donc que chacun, à son humble niveau, peut œuvrer pour contribuer à la défense de la biodiversité ?

Bruno David : si vous mettez des prairies en jachère, si vous replantez des haies, dans un court laps de temps, vous verrez éclore toute une biodiversité. Tout un écosystème se réinstalle rapidement, avec des coléoptères, des papillons, des rongeurs, etc. Ceux qui replantent des arbres en voient très vite le résultat, là où ils ont agi. Même à l’échelle d’un petit jardin, si vous diversifiez la végétation, que vous n’utilisez pas de produits chimiques, vous allez très vite voir revenir une vie très variée.

Jean-Baptiste Ferrero : si on adopte l’hypothèse optimiste et que les choses parviennent à s’arranger, pensez-vous que l’on puisse retrouver une situation « à l’identique » ou bien faudra-t-il s’attendre, quoi qu’il en soit, à des changements ?

Bruno David :  Il y aura des changements. Je suis d’un optimisme raisonnable, pas d’un optimisme béat. Il y a de fortes chances pour que nous allions collectivement dans le mur, pour l’instant je ne vois pas de réactions à la hauteur de l’enjeu. Pour en revenir à votre question, je tiens d’abord à dire qu’on ne retrouvera pas la situation antérieure car l’histoire ne revient jamais en arrière, c’est valable pour les sociétés et encore plus valable pour l’histoire de la Vie. La Vie ne revient pas en arrière, elle est toujours dans une dynamique de changement. D’ailleurs, il n’y a pas de « temps zéro » du système, d’Eden idéal ou de « bon vieux temps ». Ça change tout le temps, mais en temps normal cela ne change pas à la vitesse que l’on connait en ce moment. Il n’y aura pas de retour en arrière mais il pourra y avoir des inflexions positives. Ces améliorations dépendent de nous.

Du fait du changement climatique, il y aura de toute façon des bouleversements puisque les ceintures climatiques vont bouger et avec elles, les ceintures de biodiversité qui les accompagnent. Il pourra se produire des tensions à certains endroits (pénurie d’eau, grande chaleur…) Dans ces cas-là, la biodiversité peut se déplacer – c’est d’ailleurs son premier réflexe – et les poissons notamment le font très simplement : c’est comme cela que des barracudas se sont installés en Provence. Mais il y a des compartiments de la biodiversité qui se déplacent moins bien, comme les arbres par exemple, même si un chêne peut se déplacer, via les glands qu’il sème et qui peuvent être transportés par des écureuils ou d’autres rongeurs.

Il peut se produire que la migration des ceintures climatiques soit trop rapide pour permettre aux ceintures de biodiversité de se déplacer au même rythme. Les espèces qui ne pourront pas suivre le mouvement, seront menacées d’extinction au moins locale.   

Jean-Baptiste Ferrero : contrairement à ce que considèrent certains climato-sceptiques qui voient dans l’écologie une idéologie « sentimentaliste », il ne s’agit donc pas de défendre la nature, mais plutôt de défendre notre propre environnement ?

 Bruno David :  La meilleure raison de défendre l’environnement est une raison égoïste : on se défend nous-même. Nous ne sommes rien sans les écosystèmes et ne mesurons pas assez à quel point nous sommes dépendants de la vie qui nous entoure. Attention à ne pas scier la branche sur laquelle nous vivons !

Jean-Baptiste Ferrero : il ne s’agit donc pas tant de défendre la nature que de défendre une Nature qui nous est hospitalière ?

Bruno David :  Oui, mais à une réserve près : nous faisons partie de la Nature. Il n’y a pas de dualisme Homme/Nature. Nous sommes un animal, vertébré, mammifère, primate, Homo sapiens. Nous sommes une espèce vivante parmi d’autres, intégrée dans un tissu vivant. Nous possédons une technologie qui nous permet de faire un certain nombre de choses, mais cette technologie ne nous affranchit pas de notre état d’être vivant. Par conséquent, il faut s’accepter comme tel et comprendre que lorsque l’on défend la nature, c’est nous-mêmes que nous défendons. Si la situation s’aggrave, on risque d’assister à une bascule des écosystèmes vers de nouveaux équilibres qui ne nous rendrons pas nécessairement les mêmes services et ouvriront la voie à des tensions énormes.

Si le climat change au point que l’Afrique du Nord devienne une zone stérile et désertique, ce serait 300 millions de personnes qui seraient touchés et contraints à la migration. On bascule donc d’un problème écologique à un problème géopolitique. Nous sommes en train de bouger les curseurs des environnements et des systèmes de régulation de la planète à toute vitesse sans réellement se rendre compte des conséquences de nos actes.

Par ailleurs, il est illusoire de croire que nos technologies vont nous sauver. Les systèmes vivants sont extrêmement complexes et on ne peut pas prétendre les piloter. On peut avoir parfois l’illusion que ça marche, parce que la biodiversité est résiliente, jusqu’au jour où tout peut basculer.

Jean-Baptiste Ferrero : il est donc important d’admettre qu’il faut réapprendre à vivre AVEC la nature et plus CONTRE la nature…

Bruno David :  pendant longtemps, l’homme a vécu en luttant contre la nature. Il y avait les maladies, les parasites, les bêtes fauves, il fallait défricher la forêt… Et puis il y a eu une seconde période, à partir des années 70, où les premiers écologistes ont alerté l’opinion et se sont penchés au chevet de la nature, tout en restant un peu extérieurs. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons intégrer que nous sommes une composante de la nature. Il convient donc d’avoir la modestie de le comprendre et d’adapter nos comportements en conséquence.

Jean-Baptiste Ferrero : comment faire pour que cette nouvelle vision de la relation homme/nature se diffuse davantage parmi la population ?

Bruno David :  ce regard n’est pas naturel et demande un effort de recul et de réflexion. En tant qu’individu ou en tant qu’espèce, on tend à être centré sur soi. Il faut par exemple admettre que l’Homme n’est pas plus évolué que les autres espèces, plus complexe certainement, mais pas plus évolué. La distance qui sépare l’homme de l’ancêtre commun universel** est la même que celle qui sépare la souris ou l’acarien de cet ancêtre. Il faut être humble et descendre de notre piédestal.

Jean-Baptiste Ferrero : la solution pour faire évoluer cela ne réside-t-elle pas dans l’éducation et pensez-vous que l’éducation scientifique est suffisamment développée ?

Bruno David :  il faudrait presque revenir aux « leçons de chose » de naguère. Je crois beaucoup aux vertus de l’observation, les sciences naturelles sont en effet une science de l’observation. Cette discipline apprend à observer, à prendre des notes, à dessiner et surtout apprend le respect des faits. Elle forge ainsi une forme d’éthique intellectuelle ce qui n’est pas négligeable dans un monde de plus en plus séduit par le relativisme et les vérités dites « alternatives ».

Par ailleurs, quand vous ouvrez votre fenêtre, vous voyez le monde, le ciel, les arbres, les oiseaux, la planète. Nous vivons au cœur de ce monde-là et il est essentiel d’apprendre à le connaître. Les sciences naturelles devraient faire partie des « exigibles » de la culture générale et ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Si je dis que Victor Hugo a écrit le Bourgeois Gentilhomme, il est possible que cela suscite quelques sarcasmes. Par contre, si j’affirme que l’huître est un crustacé, je rencontrerais des réactions d’indifférence alors que l’erreur est du même ordre.

Jean-Baptiste Ferrero : comment parvenir à développer cette culture scientifique dans le grand public ?

Bruno David :  C’est une des missions du Muséum. Il faut développer la science dite participative et mettre en place des actions où l’on sollicite l’observation des citoyens. Mais fondamentalement, je pense que tout passe par l’éducation. On s’est « débranché » du monde qui nous entoure et aujourd’hui nous sommes rattrapés par la réalité. Or on ne peut pas réagir correctement, on ne peut pas protéger quelque chose sans le connaitre vraiment. Tout cela passe par l’éducation et par l’école et le mot clé c’est : observation !

Jean-Baptiste Ferrero : Le Muséum national d’Histoire naturelle possède un site implanté à Brunoy. Pouvez-vous m’en dire plus sur le projet de développement de ce site ?

Bruno David :  L’implantation actuelle, répartie sur deux sites séparés par une rue, était assez peu fonctionnelle. Nous avons donc décidé, après concertation avec la commune et d’autre acteurs locaux, comme le département et la région, de nous séparer d’une des deux parcelles et de nous recentrer sur l’autre, afin de moderniser nos installations, développer des activités scientifiques autour d’un pôle d’excellence « biodiversité et santé ». La parcelle libérée pourra être récupérée par la commune pour y développer des espaces verts.

Jean-Baptiste Ferrero : Est-il prévu d’ouvrir un peu plus ce site au grand public ?

Bruno David :  On ne va pas créer un Muséum bis à Brunoy, mais il est prévu d’avoir un espace dédié qui puisse accueillir du public ou des scolaires non pas de façon permanente, mais lors d’événements – fête de la Nature, fête de la Science, etc. – ou bien sur rendez-vous.

Jean-Baptiste Ferrero : Êtes-vous optimiste sur l’issue de la crise écologique actuelle ?

Bruno David :  Je suis partagé. Je suis plus pessimiste qu’il y a quelques années, car je vois qu’il y a des signaux très négatifs en matière de biodiversité et que les réponses ne sont pas à la hauteur des enjeux. La seule chose qui me rende optimiste, c’est que nous avons la capacité d’agir et que la biodiversité elle-même, par sa capacité de résilience, peut nous y aider.

* Anthropocène est un terme qui a été proposé par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen pour désigner une période marquée par une influence considérable de l’Homme sur la planète. Certains y voient une nouvelle ère géologique, il convient de le considérer plutôt comme une période de l’histoire de nos sociétés, au même titre que le Moyen-Âge ou la Renaissance.

** LUCA pour Last Universal Common Ancestor est la forme de vie la plus récente (environ 3800 millions d’années tout de même) dont descendent toutes les formes de vie actuelles : bactéries, archées, plantes, champignons ou animaux.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Ferrero

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Bilan bactériologique de l’Yerres

Le service Suivi des Milieux et Bilans de l’Yerres a réalisé un bilan bactériologique de l’Yerres, durant l’été, à la station Moulin de Senlis.

L’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris en 2024 représente un nouvel enjeu pour l’amélioration de la qualité de la Seine et de ses affluents, avec l’installation de lieux de baignades dans la Marne et la Seine. Afin de répondre aux besoins de connaissance du groupe de travail « Amélioration de la Connaissance » créé dans le cadre du projet Baignade en Seine, le SyAGE participe à l’acquisition de données microbiologiques sur les apports de l’Yerres vers la Seine.

Ainsi, un suivi renforcé de 17 campagnes bactériologiques a été réalisé sur le point Y7bis « Moulin de Senlis » en saison estivale, point situé sur l’Yerres en amont de la confluence avec la Seine. Le suivi bactériologique a eu lieu entre juin et septembre 2020, au rythme d’une analyse par semaine sur les paramètres Escherichia coli et entérocoques intestinaux, couplé à des mesures in situ.

On constate qu’en juin 2020, les premiers prélèvements montrent une qualité bactériologique « Moyenne » au point Y7bis, avec des valeurs toujours supérieures au seuil de « bonne qualité » pour la baignade de 100 UFC/100mL. Cette qualité autorise toutefois la baignade.

Au mois d’août 2020, on remarque une nette hausse des valeurs d’E.coli et d’entérocoques, avec des maximums relevés les 12/08 et 20/08/2020 : 24 000 UFC/100mL pour E.coli et 1 800 UFC/100mL pour les entérocoques1. D’après les normes de qualité des eaux de baignade (tableau ci-contre), ces concentrations auraient rendu la baignade interdite au droit du Moulin de Senlis.

A cette période, le taux d’oxygène mesuré dans le milieu était faible (paramètre classé en classe qualité « Moyenne » selon la DCE) et le débit de l’Yerres à la confluence était à l’étiage. Pour rappel, les bactéries E. coli sont d’origine fécale (humaine ou animale) et n’existent pas dans l’environnement naturel. Elles peuvent cependant survivre quelques mois dans l’eau, le sol ou sur les plantes, bien qu’elles se multiplient rarement dans ces milieux. Leur détection dans l’eau doit donc être considérée comme reflétant la présence possible de matières fécales (eaux usées).

Les bactéries Entérocoques sont plus persistantes dans l’environnement et leur détection témoigne généralement d’une pollution fécale plus ou moins récente. On peut noter qu’un rejet d’eaux pluviales est présent en aval proche du point de mesure Y7bis et des rejets sont présents plus loin en amont. (Cf. carte) Ils sont peut-être source de pollutions ponctuelles.

En septembre 2020, la bactériologie est redescendue à des valeurs de classe qualité « moyenne », autorisant de nouveau la baignade. Ces résultats ont été transmis à la ville de Paris le 16/10/2020 et seront ainsi comparés à un ensemble de points sur la Seine, dans le cadre du sous-groupe de travail « Amélioration de la connaissance » du projet JO2024.

Ce suivi est complémentaire aux campagnes de mesure menées par le SIAAP dans le cadre du projet européen H2020 Digital Water City (DWC), dont un point d’instrumentation est situé sur l’Yerres à Chalandray. Ces données permettront d’affiner les modèles de prédiction de la concentration d’E.coli présente en rivière.

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Marcel Jupiter, « l’happy-culteur » urbain

Féru d’apiculture, Marcel Jupiter a franchi le pas il y a douze ans en se lançant dans la récolte et la vente de miel. Une récolte que le Montgeronnais vend à domicile, lors d’expositions-ventes ou de salons de Noël.

Marcel Jupiter a découvert l’apiculture à travers de nombreux ouvrages mais surtout au sein de l’association Jardin du Bois-Cerdon à Valenton. « C’est un rucher école. Cela a été une excellente formation. La pratique est très encadrée et contrôlée. On ne peut pas installer des ruches n’importe où surtout en ville. Il y a un certain nombre de règles de sécurité à respecter et il faut bien connaître le fonctionnement des abeilles. Le Montgeronnais a commencé en installant quatre ruches dans sa maison. Progressivement, il a déniché sept autres emplacements à Montgeron, Vigneux-sur-Seine, Draveil et Valenton. « Uniquement en milieu urbain car le miel bénéficie d’une grande biodiversité. A la campagne, on retrouve souvent de la monoculture. C’est la particularité de l’apiculture urbaine. Le miel d’été de châtaignier a ainsi une certaine amertume. Le miel de lierre est lui très mellifère. L’arôme est assez fort. Je ne le vendais pas au départ parce que je ne l’aimais pas ».

Aujourd’hui, il fait le bonheur de nombreux amateurs. La production de Marcel Jupiter varie de 50 à 100 kg par an selon la qualité de la récolte. « Ce n’est pas beaucoup mais je recherche surtout la qualité. Je veux réconcilier les gens avec le goût du miel. Les productions sont meilleures d’année en année. Mais le suivi et l’entretien des ruches nécessitent énormément. Or, ce n’est pas mon activité principale ».

Insectes très intelligents

Marcel Jupiter travaille dans le bâtiment. Mais l’apiculture reste sa grande passion. « J’apprends tous les jours. Les abeilles sont des insectes très intelligents. Elles sont capables de reconnaître les gens et les couleurs ».

Si les abeilles sauvages et domestiques, comme celles de l’apiculteur, jouent un rôle indispensable dans la production mondiale alimentaire, elles sont en voie de disparition. Elles sont victimes de substances chimiques et phytosanitaires, mais aussi du frelon asiatique ou d’autres parasites comme le varroa. « Cela ne date pas d’aujourd’hui mais le mal est prégnant. J’ai perdu presque toute ma production il y a deux ans à cause des frelons asiatiques. C’est un redoutable prédateur qui provoque d’importants dégâts sur les ruchers notamment par le stress qu’il engendre sur les colonies. Il est responsable d’une atteinte forte de la biodiversité du fait de la prédation qu’il exerce sur une grande diversité d’insectes : abeilles, mouches, papillons, araignées…

C’est un gros souci. Beaucoup de choses sont dites mais peu de choses sont faites. Il existe un grand vide juridique autour du traitement du frelon asiatique. Cela n’est pas à prendre à la légère car il tue près d’une dizaine de personnes en France par an ».

Réseau de référents

En cas de présence d’un nid de frelons asiatiques à proximité de votre domicile, il est important de faire appel à un professionnel. Le département travaille à la mise en place d’un dispositif de surveillance et de lutte, avec la mise en place d’un réseau de référents, comme cela existe dans d’autres départements. Car il n’existe pas de piégeage sélectif et efficace. Les actions visent surtout à repérer et détruire les nids au cours de l’été et de l’automne, avant la sortie des fondatrices. Elles contribuent ainsi à maintenir la population de frelons asiatiques à un niveau acceptable et à garantir la sécurité des populations.

Aujourd’hui, le Montgeronnais cherche de nouveaux emplacements pour installer de nouvelles ruches. Cette année, il a installé une ruche et une ruchette* à proximité du moulin de Senlis à Montgeron, avec l’accord de la Communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine.

Ruchette : elle présente les mêmes caractéristiques que la ruche mais avec des proportions plus réduites. Elle permet d’élargir la colonie et d’élever des essaims de façon artificielle ou de servir de ruche de transition au cours du renouvellement de la reine.

  • Marcel Jupiter
  • Marcelmiel972@gmail.com
  • 06.63.87.16.41

Quelques chiffres sur les abeilles

  • Une butineuse en un vol visite 20 à 300 fleurs en 15 à 30mn, parcourant 1km en moyenne et récolte. Elle fait entre 10 et 15 voyages par jour.
    Toutes les abeilles d’une ruche ne sont pas butineuses, une forte colonie fournit entre 10 000 et 15 000 butineuses.
    Par jour, une colonie peut visiter entre 2 et 30 millions de fleurs ! Une abeille pèse à vide 80mg, sa charge maximale est de 70mg, c’est pratiquement son propre poids.
  • Elle vole à 7,5 m/s (à vide) et à 6,5 m/s (chargée) soit entre 27 km/h et 23 km/h.
  • Les abeilles rendent possible 76% de la production agricole mondiale soit l’équivalent de plus de 150 milliards d’euros.
  • Une reine (une seule par ruche) peut vivre 5 ans (beaucoup moins maintenant avec les produits phytopharmaceutiques répandus dans les champs) et pond jusqu’à 2000 œufs par jour.
  • Une abeille vit entre 5 et 6 mois l’hiver mais uniquement entre 5 et 6 semaines si elle nait au printemps ou au cours de l’été.
  • Au cours de sa courte vie, l’abeille va avoir 7 métiers différents, elle commencera comme nettoyeuse pour finir butineuse. Entre temps, elle sera nourrice, assistante de la reine, cirière, ventileuse et gardienne.
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Réhabilitation des réseaux d’eaux usées rue Carnot à Villeneuve-Saint-Georges

Depuis le mois de juillet dernier, la rue Carnot à Villeneuve-Saint-Georges fait l’objet de travaux d’envergure qui consistent à la réhabilitation des réseaux d’eaux usées et des branchements, ainsi que celle du collecteur eaux pluviales, allée Louis Jouvet, portés par le SyAGE.

« C’était un véritable point noir dans ce quartier. Les riverains étaient régulièrement impactés par des canalisations bouchées. Les réseaux vont être entièrement refaits à l’identique avec une meilleure pente. Les principales difficultés résident dans la multiplicité des concessionnaires au niveaux des réseaux enterrés (électricité, téléphonie, eau potable…), et la circulation très importante sur cette avenue » indique Mourad Timsi, chargé d’opérations au pôle Assainissement réseaux publics du SyAGE.

Les travaux sont effectués en tranchées ouvertes par l’entreprise HP BTP et induisent nécessairement des perturbations sur le stationnement et la circulation durant le temps du chantier. « Ils ont pour objectif rendre les caractéristiques hydrauliques aux collecteurs » précise Laura Chevalier, chargée d’opérations au pôle Assainissement réseaux publics. Les deux agents du syndicat suivent activement l’avancée de l’opération sur le terrain et participent à une réunion de chantier hebdomadaire avec les différentes entreprises concernées par les travaux.

Le chantier dont la base de vie est installée, rue Henri-Leduc, devrait durer jusqu’à fin novembre 2020, si ce dernier n’est pas perturbé par des conditions météorologiques extrêmes.

Les travaux sont financés par le SyAGE, à hauteur de 1,5 million d’euros.

Dans un deuxième temps, le Conseil général du Val-de-Marne réalisera la réfection de la voirie.

En chiffres

  • 266 ml de réseau Eaux Usées en tranchées ouvertes
  • 28 boîtes de branchement d’Eaux Usées
  • 29 ml de réseau Eaux Pluviales
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Eco-pâturage : matinée pédagogique pour des étudiants agricoles

Dans le cadre de ses opérations de gestion des milieux naturels fragiles, le SyAGE a développé depuis plusieurs années des actions d’éco-pâturage. Cette solution permet l’entretien de ces espaces et ce, de manière économique, écologique et citoyenne.
A cette occasion, les élèves de première année de BTS Aménagements Paysagers du CFPPA* de Bougainville de Brie-Comte- Robert ont effectué ce matin une balade pédagogique sur les bords de l’Yerres. Cette visite a été animée par Vincent Delecour (du service Aménagement et protection des milieux naturels du SyAGE), Alain Divo (spécialiste de l’éco-pâturage et fondateur de la société EcoTerra) et Sylvain Fabiani (Chef de secteur du service entretien de l’entreprise Mabillon du Groupe SEGEX).

L’initiative : un facteur clé de réussite

Cette matinée a permis de sensibiliser les étudiants sur l’importance de la mise en place de solutions alternatives pour la gestion des parcs, jardins et paysages afin de préserver et d’enrichir la faune et la flore. « Bien que les élèves soient confrontés à des études de cas réels à l’école, c’est important pour eux de rencontrer des professionnels et institutions sur le terrain » assure Margaux Quiniou, formatrice au CFPPA de Bougainville et professionnelle dans l’aménagement écologique. Pour quatre spécialistes, l’un des facteurs clés de réussite dans ce domaine est la prise d’initiative : « Lorsque j’ai proposé pour la première fois à mon entreprise d’intégrer une solution d’éco-pâturage pour nos clients cette initiative n’a pas été immédiatement comprise. Mais aujourd’hui, on prend conscience que c’est un véritable vecteur de différenciation » confie Sylvain Fabiani.
Ce moment d’échange a beaucoup été apprécié par les étudiants, qui ont pu poser de nombreuses questions. Romain, par exemple, apprenti chez France Environnement, est désormais convaincu par le fait que l’environnement doit être entretenu par des solutions alternatives, gages du maintien et de l’enrichissement de la biodiversité des sites concernés.

*Centre de formation professionnelle et de promotion agricole.

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Crue : panique sur la faune de la prairie

Panique sur la prairie pour les insectes lors de la crue de janvier 2018 sur l’Île des Prévôts.

22 janvier 2018, des précipitations un tantinet interminables s’abattent sur l’île de France.
Il pleut tout de même depuis deux mois sur le bassin versant de l’Yerres, le cumul de précipitations risque de poser problème tôt ou tard. Hypothèse confirmée, quinze litres d’eau tombés au mètre carré entre le 22 décembre 2017 et le 15 janvier 2018 (précisément 151 mm), soit l’équivalent de trois mois de précipitations. C’est un record, la situation est exceptionnelle !
La réaction de l’Yerres (et du Réveillon) ne se fait pas attendre, le niveau d’eau monte au rythme de 2 cm/h, recouvrant lentement mais sûrement les points bas du lit majeur de l’Yerres. L’île des Prévôts, à Crosne, n’échappe pas à ce phénomène naturel. Le site est d’abord recouvert en périphérie, puis intégralement dès le pic de crue, atteint le 24 janvier à 12h39.
A cette heure, le niveau d’eau s’élève à 34,57 m au-dessus du niveau de la mer et une nappe d’eau d’environ 50 cm d’épaisseur noie intégralement le sanctuaire naturel. Les dégâts sont minimes mais à y regarder de plus près, l’heure est à la survie ! On observe des scènes de panique parmi la faune de la prairie.
Passons les scènes de piétinement qui animent le microcosme des herbes hautes à l’arrivée de la crue. Jusqu’ici bien tranquilles dans leurs galeries sous-terraines ou planquées dans l’humidité tiède du tapis de feuilles mortes, des milliers de « bestioles » prennent leurs pattes à leur cou et se mettent à l’abri des eaux plus qu’envahissantes.
Pour les plus mobiles, renards, campagnols et autres couleuvres, la crue « lente » du mois de janvier n’est qu’une perturbation temporaire les obligeant à quitter leur territoire. Passée l’inondation, et après quelques rafistolages légers, ils devraient pouvoir regagner leurs logis rapidement.
Pour les autres, en particulier pour la microfaune du sol, la crue peut-être beaucoup plus problématique.
Parmi les invertébrés du sol, on trouve les voyageurs opportunistes qui profitent du phénomène pour gagner et diversifier de nouveaux espaces via tout objet flottant non identifié (brindilles, troncs, bois divers, déchets…)* Comme le montre la photo, on observe également les irréductibles sédentaires, escargots des jardins, cloportes, scolopendres, araignées et fourmis, qui se réfugient en hauteur dans la végétation non immergée. Cette stratégie est risquée, encore faut-il choisir une brindille ou un buisson suffisamment haut pour ne pas finir noyés. Enfin, on dénombre les autres, qui pris au dépourvu, faute de mobilité et/ou d’opportunisme, succombent. La mortalité est difficile à évaluer. Elle est probablement plus importante qu’elle n’est visible, les trois quarts de la faune du sol étant constitués d’invertébrés de l’ordre du millimètre. Quoi qu’il en soit, leurs cadavres ne seront pas perdus, consommés par les « nécrophages » survivants du sol, ou dégradés en matières organiques.

Panique sur la prairie pour les insectes lors de la crue de janvier 2018 sur l’Île des Prévôts.

Après l’inondation, à partir du 26 janvier, vient la décrue, avec son lot ici et là de découvertes macabres, cadavres inertes de campagnols échoués et chapelets d’escargots détrempés. C’est troublant, cette petite faune terrestre noyée. Toutefois, passée cette première vision, souvent émotionnelle, il faut voir avant tout dans la crue, un phénomène bénéfique à la biodiversité, propice aux processus naturels et primordiaux que sont le brassage génétique des populations animales, la colonisation de nouveaux sites, la sélection naturelle, grâce notamment aux voyageurs opportunistes et aux individus les plus audacieux décrits plus hauts.
Pour la rivière et sa vallée, d’un point de vue écologique, la crue est l’assurance d’une dynamique indispensable. Les suivis naturalistes futurs nous permettront probablement de le confirmer.
Vincent Delecour, du service Valorisation des Milieux Naturels du Syage
* Le terme approprié pour qualifier ce mode dissémination est hydrochorie, littéralement « dispersion grâce à l’eau ».

Texte et photos : Vincent Delecour

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L’île Panchout poursuit sa mue

A Yerres, les travaux de renaturation de l’île Panchout se poursuivent. Entièrement conçus et réalisés par le Syage, ils ont atteint l’étape de la plantation des nouvelles espèces indigènes à la suite de la livraison, hier, des premiers arbustes sur le site, fournis par un pépiniériste franciliens. Ces cornouillers, tilleuls, charmilles, noisetiers, viornes, aubépines et aussi charmes et érables, qui seront au total 70, bénéficient d’une implantation de type « sauvage » (pas d’alignement, pas de géométrie particulière).
Hier, les agents du SyAGE Serge Brotin, Cédric Barrier et Benjamin Quinton ont procédé aux premières plantations de cette deuxième phase, qui a commencé le 21 février (voir nos articles des 20 février et 8 mars). Après avoir préparé les fosses, ils ont installé des viornes lantanes et aubépines, qui produiront cet été de jolies fleurs en forme de boules couleur crème, assez odorantes. Ne dépassant pas 3 mètres de hauteur pour le moment, ces arbres et arbustes atteindront jusqu’à 15 mètres d’ici quelques années. Pour assurer une bonne reprise une fois implantés, les agents du SyAGE veilleront sur eux durant toute la saison de végétation 2018 (arrosage, binage…).
La dernière phase de la renaturation de l’île Panchout se déroulera l’hiver prochain et concernera un autre secteur géographique du site.

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On gaine bien les canalisations

L’hiver est arrivé et le froid s’est installé. Ce dernier présente-t-il un risque pour les canalisations ? Bertrand Goulley, du service travaux du SyAGE, se veut rassurant. « Le risque de gel est écarté pour plusieurs raisons. D’abord parce que les canalisations sont placées à une profondeur minimum de 60 centimètres, profondeur calculée en fonction des températures de notre région. Ensuite, les réseaux d’assainissement sont le plus souvent placés plus bas encore, pour laisser la place aux autres réseaux (énergie, télécom…), sur lesquelles il faut intervenir plus souvent. La température des flux des eaux usées écartent également le risque de gel. Enfin, la dimension des canalisations font que seul un tiers de la surface est normalement utilisée : l’écoulement pourrait continuer même s’il y avait du gel », énumère-t-il. Et le technicien de définitivement rassurer : « Il faudrait vraiment qu’on subisse une période sibérienne pendant un mois entier pour qu’on connaisse ce phénomène ! ». Même si le dérèglement climatique est une idée communément admise, on semble se placer là dans la fiction.

Caméras dans les réseaux

Cependant, il arrive que les canalisations subissent des dégradations, pour d’autres raisons que le froid. En témoignent les travaux qui vont commencer le 27 novembre rue Camille Saint-Saëns, à Santeny, ou ceux qui s’effectueront en tout début d’année prochaine rue de la Sablière, à Yerres, et avenue de la République, à Montgeron. « Ce qui peut dégrader les réseaux est la formation d’un gaz, l’hydrogène sulfuré (H2S), dans les réseaux des eaux usées. Ce gaz attaque la structure des plus vieilles canalisations. » Ces trous peuvent provoquer des pollutions vers l’extérieur du réseau et des apports d’eau parasites dans les autres canalisations. Pour vérifier l’état du réseau, et repérer d’autres causes de détériorations comme les écrasements, perforations, joints défaillants et autres branchements pénétrants, le service Entretien aux communes du SyAGE mandate des entreprises afin d’inspecter l’état des réseaux. Ces contrôles, systématiques en cas de travaux de voirie, s’effectuent au moyen de caméras insérées dans les canalisations. Le SyAGE possède également l’un de ces petits engins depuis 2011. Il diffuse ses images sur un écran devant lequel un technicien relève les dégâts constatés.

Gaine structurante

Pour réparer ces dégradations, il existe une technique présentant bien des avantages : le gainage ou chemisage continu. Le principe ? Une conduite souple est poussée à l’intérieur de la canalisation. Elle est chauffée pour épouser la forme de la conduite, par polymérisation, devenant une gaine structurante sur une grande longueur, parfaitement étanche et délivrée des joints pouvant s’abîmer des canalisations classiques. D’autre part, la technique permet de ne pas creuser de tranchées, évitant ainsi aux utilisateurs de la voirie les désagréments liés à ce type de travaux. Enfin, le coût de ces réparations représente une économie d’environ 30 % par rapport à l’ouverture de la voirie. Elles ne sont cependant pas éligibles lorsque les dégradations sont très importantes ou que la conduite n’est plus alignée. Pour les plus petites réparations, en revanche, on n’utilise ni l’une ni l’autre de ces techniques mais on fait appel à un robot, qui peut notamment fraiser les concrétions de béton ou de graisse qui ont pu se former au fond des canalisations.