Croqueurs de pommes : 70 ans après, les fruits anciens de retour sur les étals

Croqueurs de pommes : 70 ans après, les fruits anciens de retour sur les étals

Publié le 3 janvier 2018

Il faut être passionné pour tailler une trentaine d’arbres dans le froid et sous la pluie, un après-midi terne de décembre. Ça tombe bien, Claude Ollivier, président des Croqueurs de pommes Île-de-France, l’est, tout comme les membres de l’association qui l’accompagnaient ce jour-là dans le parc du Gros buisson, à Vigneux-sur-Seine. « Nous reconstituons un verger, comme celui qui était là il y a longtemps, explique le président. Certains poiriers dans le parc ont bien 100 ou 150 ans ! »

Un arrêté ministériel libérateur

Les Croqueurs de pommes ont pour objectif la conservation du patrimoine fruitier, toutes espèces confondues (cerisier, abricotier, prunier…), comme leur nom ne l’indique pas. Un combat qui a connu une grande victoire le 18 août dernier, jour de parution d’un arrêté du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation qui élargit le « catalogue » des espèces d’arbres fruitiers pouvant être commercialisées en France. « C’est un événement essentiel ! Rendez-vous compte : les fruits qui faisaient le délice de nos grands-parents étaient interdits de vente en France depuis 1947. Nos instances gouvernementales avaient limité la commercialisation à environ 80 variétés de pommes pour ne proposer que des fruits standardisés, la plupart cultivés chez nous mais d’origine étrangère, telles la golden, américaine, et les granny smith et pink lady, toutes deux australiennes, raconte Claude Ollivier. Cela a duré 70 ans ! Et nous, qui n’étions considéré que comme de « gentils collectionneurs », nous avons eu une influence sur cette décision et nous en sommes fiers. » Mais pourquoi les fruits anciens n’ont-ils donc pas encore débarqué sur les étals des grandes surfaces ? « La nouvelle est encore peu connue, nous l’apprenons à certains professionnels. Sur le marché de Rungis, on ne trouve encore que les fruits du catalogue, remarque le président. De toute façon, on ne trouvera la plupart des variétés anciennes qu’en circuit court. Elles vont revenir petit à petit. Il faut d’abord attendre que les jeunes arbres soient greffés par les pépiniéristes professionnels qui les proposeront ensuite aux arboriculteurs et aux particuliers. »

2 250 variétés de pommes différentes en France

Preuve de la considération dont jouit l’association, les Croqueurs de pommes collaborent avec l’Institut de recherche en horticulture et semences pour l’inventaire des espèces et des variétés de fruits sur le territoire, débuté en 2010. « On dénombre par exemple déjà plus de 2 250 variétés de pommes et 1 100 de poires  alors que l’inventaire ne couvre pour l’instant que 55 % du territoire. » Cette connaissance se veut très précise puisque les chercheurs arrivent maintenant à séquencer le génome des arbres fruitiers. Celui du pommier domestique, réalisé en 2010 par un consortium international qui comprend l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra), permettra de créer de nouvelles variétés de pommes. L’association apporte également son concours pour remonter dans le temps des filiations, au-delà de l’époque où la science doit s’arrêter, faute d’informations. Un membre de l’association spécialiste de pomologie (science des fruits comestibles), Henri Fourey, peut alors aider les chercheurs avec sa collection de 1 350 ouvrages sur le sujet.

Henri Fourey (à gauche) et Claude Ollivier (avec un chapeau) mettent volontiers en pratique leur expertise.

Par ailleurs, l’association a apporté son expertise pour la création du verger situé rue du Moulin de Senlis, à cheval sur les communes de Montgeron et de Villeneuve-Saint-Georges. Ce verger compte une vingtaine d’arbres et 140 arbustes : pommiers, poiriers, néfliers, framboisiers, noyers… Créé en 2017 sur un terrain appartenant au SyAGE, il bénéficie d’une gestion différenciée, dont l’objectif est de bénéficier à la faune tout en proposant un accueil satisfaisant du public grâce à l’entretien des chemins et de leurs abords. Les arbres de plein vent (au contraire des formes palissées, plus basses et souvent adossées à un mur) ne produiront des fruits que dans les 10 à 15 années à venir. En revanche, dès la première année du verger, on a pu y trouver des mûres, des groseilles, du cassis et quelques cerises. « Tous les fruits sont destinés à la consommation libre des visiteurs, précise Vincent Delecour, qui a porté le projet au sein du syndicat. Ce qui fait de ce verger une réalisation inscrite dans la logique de développement durable. »

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