« Il faut montrer qu’il y a des alternatives viables face aux problèmes que posent les produits phytosanitaires »

Publié le 3 mars 2016

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Piloté par les Ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, le plan Ecophyto 2 a été mis en place fin 2015, et vise à réaffirmer un objectif de diminution du recours aux produits phytosanitaires avec notamment une interdiction de la vente des herbicides de type glyphosates en libre-service dès le 1er Janvier 2017.
 
La mise en place de ces nouvelles réglementations sont l’occasion pour nous de vous apporter un éclairage sur le sujet, en compagnie d’Amandine Lebreton, coordinatrice agriculture / alimentation pour la Fondation Nicolas Hulot.

 
 
 

Outre les interdictions à venir de leur vente ou de leur utilisation, les principaux moyens pour inciter à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires consistent en une application du principe pollueur-payeur ou en une promotion des méthodes alternatives. Selon vous lequel de ces moyens a apporté le plus de résultats ?

Ces deux méthodes ne sont pas à opposer. Au contraire, elles doivent être complémentaires. Ainsi le principe pollueur-payeur sera beaucoup plus efficace si les sommes récupérées servent à financer intégralement les méthodes alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires. C’est aujourd’hui partiellement le cas, mais cette tendance doit s’accentuer car elle donne des résultats efficaces.

Ainsi, le réseau de fermes « Dephy », créé à l’occasion du plan « Ecophyto » et spécialisé dans l’expérimentation des systèmes économes en produits phytosanitaires, a pu montrer qu’en raisonnant l’utilisation des pesticides, il était possible de réduire de 15 % leur usage.

 

Les insecticides de type néonicotinoïdes sont accusés d’être responsables du déclin des insectes de type pollinisateurs, dont les abeilles. L’interdiction de plusieurs de ces produits dès 2008 en Italie a fait chuter la mortalité des ruches de 37 à 15 % en 3 ans. Tandis que le 22 Janvier 2016, les Sénateurs français ont repoussé l’interdiction de l’usage de ces produits. Comment expliquez-vous cette différence de mentalité ?

Tout changement se fait dans la durée, c’est indéniable. Et l’Italie ne fait pas exception à cette règle : il a fallu une succession de prises de conscience pour arriver à ce résultat.

Néanmoins, partout dans le monde, les études sur les pesticides néonicotinoïdes se succèdent et prouvent leur impact sur l’ensemble des écosystèmes. L’année dernière, il est même sorti une étude dans laquelle il était affirmé que ces produits pouvaient avoir un impact sur le développement du cerveau des enfants. Il est donc légitime de se demander ce qu’on doit attendre de plus pour légiférer sur leurs interdictions.

Aujourd’hui, les parlementaires de tous bords politiques ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile deviennent de plus en plus convaincus de l’impact néfaste des néonicotinoïdes sur notre santé et notre environnement. J’espère donc que le nouveau passage de la loi Biodiversité à l’Assemblée Nationale en Mars sera couronné de succès.

 

La nécessaire réduction des produits phytosanitaires en milieu agricole et non agricole est acceptée et comprise par la grande majorité des français. Que voudriez-vous dire à ceux qui aujourd’hui en doutent encore ?

Même si une grande partie de notre alimentation a été produite en utilisant des pesticides, il ne faut pas pour autant en déduire qu’il est impossible de faire autrement.

J’invite, par exemple, ceux qui en doutent encore, à lire l’étude « Ecophyto R&D », réalisée par l’INRA. Ses résultats montrent qu’il est possible de réduire de 40% l’utilisation de pesticides en grande culture, certes en diminuant les rendements mais toujours en maintenant les marges.

L’idée, donc, n’est pas d’être alarmiste, mais de montrer qu’il y a des alternatives viables face aux problèmes que posent les produits phytosanitaires.

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