Inondations : améliorer la conscience du risque

Publié le 14 mars 2017

Deux territoires, deux regards. Franck Hufschmitt, chef du service Milieux aquatiques et risques associés au Syndicat des Eaux et de l’Assainissement Alsace-Moselle et Alexia Giroud, animatrice PAPI* au SyAGE évoquent la faible conscience du risque d’inondation et les actions mises en place pour la développer.

Votre territoire subit-il des crues récurrentes ?P24_25_confluences_alexia_giroud_blog

Alexia Giroud : Sur notre territoire, nous avons annuellement de petites crues hivernales qui ne débordent pas forcément et des crues plus importantes qui se produisent environ une fois tous les 10 ans. La dernière qui date de juin 2016 a provoqué des inondations dommageables dans les différentes vallées de notre territoire. Les crues résultent d’une combinaison de facteurs. De fortes pluies sur plusieurs semaines consécutives font déborder les cours d’eau. A cela s’ajoutent les terres agricoles en amont, très drainées, qui évacuent l’eau vers la rivière déjà surchargée et, en aval, l’urbanisation excessive qui empêche l’infiltration dans les sols. Ces phénomènes de ruissellement qu’ils soient agricoles ou urbains viennent aggraver les débordements des cours d’eau.

Franck Hufschmitt : Nous connaissons principalement deux types d’inondations. En hiver, il se produit des remontées lentes de rivières principales, qui ne sont cependant pas fréquentes, la dernière marquante remontant à 2010. En revanche, depuis les années 2000, nous sommes régulièrement confrontés à des épisodes de coulées d’eau boueuse répartis sur l’ensemble de notre territoire. Celles-ci sont le résultat d’un phénomène de ruissellement des eaux de pluie et de débordements des petits affluents. De violents orages ont ainsi eu lieu en mai et juin 2016 en Alsace entraînant des inondations torrentielles et provoquant beaucoup de dégâts. Chaque année, la période à fort risque se situe entre mai et juillet.

La population est-elle bien préparée aux inondations ?

F.H. : Nous avons réalisé une étude qui montrait que dans les zones touchées 2 à 3 fois par an par ces coulées d’eau, la population était davantage préparée. Elle constatait même une réduction de la vulnérabilité qui s’est faite spontanément dans ces zones. Les gens ont par exemple mis en place des batardeaux. Alors qu’une 2004, le coût d’une inondation par habitant s’élevait à 11 000 euros environ, en 2006, il était descendu à 6000 euros. En revanche, la conscience du franck_hufschmitt_blogrisque reste difficile à développer lorsqu’il n’y a pas d’événements majeurs pour marquer les esprits. L’an dernier par exemple, les habitants de Wasselone n’étaient pas du tout préparés à la coulée de boue qui a envahi la ville en quelques minutes.

A.G. : Du côté des décideurs, la problématique fait doucement son chemin. Des exercices de gestion de crise comme Sequana, qui simulait une crue majeure en Ile-de-France, en mars 2016 y contribuent. De plus, les gestionnaires de réseau d’électricité, de télécommunications, de gaz, et assainissement  commencent aussi à se coordonner et à échanger les informations pour permettre une meilleure anticipation pré-crue et surtout une réponse plus efficace post-crue.

En ce qui concerne la population, ceux que nous sensibilisons sont généralement ceux qui sont concernés et qui ont déjà eu les pieds dans l’eau. Le message est difficile à faire passer d’autant plus qu’il y a beaucoup de mouvements de population en Ile-de-France. Souvent les gens se sentent protégés par les équipements déjà en place comme les barrages ou parce qu’ils vivent en hauteur. Ils oublient la puissance d’un tel phénomène. Et il est encore plus difficile de leur faire prendre conscience des effets indirects d’une inondation, par exemple l’arrêt des stations d’épuration ou les pannes d’électricité qui peuvent survenir sur un quartier hors zone inondable. De plus avoir conscience du risque ne signifie pas forcément l’intégrer dans sa vie quotidienne. Et sur la liste des priorités, les crues ne viennent pas en premier.

Quelles actions avez-vous mises en place pour améliorer la prise en compte du risque et la prévention ?

A.G. : Dans le cadre du PAPI*, nous avons développé un outil pédagogique sur le thème de l’inondation qui a vocation à être diffusé dans les collèges. Nous avons aussi organisé quelques exercices de gestion de crise à destination des élus dans les communes urbaines de l’aval. Pour le PAPI complet, nous souhaitons en organiser de façon plus fréquente et couvrir l’ensemble du bassin versant afin de mieux préparer les acteurs locaux à la gestion de crise. D’autres pistes existent, par exemple mobiliser davantage les associations de proximité qui connaissent bien le terrain et ses problématiques socio-économiques pour qu’elles relaient nos messages de prévention auprès de la population. Nous envisageons également de diffuser de l’information auprès des entreprises à la fois sur le risque et sur les actions qu’elles peuvent mettre en place pour mieux se protéger et réduire leurs dommages.

F.H. : Dans le cadre des trois PAPI, portés par le syndicat, nous organisons un Salon de l’inondation départemental pour informer le public et promouvoir des solutions d’anticipation et de protection. Nous avons également signé une convention avec un centre d’initiation à la nature pour mener des actions de sensibilisation vers les scolaires ce que nous n’avions pas encore fait jusqu’à présent. Pour toucher des entreprises, nous travaillons avec la Chambre de commerce et d’industrie qui organisent des ateliers auxquels nous sommes conviés. Là encore, comme pour les particuliers, les industries qui sont implantées sur le territoire depuis longtemps ou qui ont été victimes d’une crue ont plus conscience du risque et ont mis en place des dispositifs de protection. Nous travaillons par ailleurs en étroite collaboration avec la Chambre d’agriculture concernant le problème d’érosion des sols. L’objectif est d’effectuer un diagnostic pour savoir exactement par où les eaux de ruissellement s’écoulent et s’engouffrent dans les habitations. Nous incitons par ailleurs les agriculteurs à mettre en place des mosaïques de cultures, à développer les zones humides et les techniques de cultures simplifiées sans labour pour améliorer l’infiltration de l’eau dans les sols.

*Programme d’actions de prévention des inondations.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *