La vasière, un milieu naturel en trompe-l’œil

La vasière, un milieu naturel en trompe-l’œil

Publié le 29 octobre 2018

L’été touche à sa fin. Il laisse derrière lui les marques visibles d’un mois d’août particulièrement chaud et faiblement arrosé.
Dans la vallée de l’Yerres, l’effet de ce coup de chaud est notamment perceptible à Crosne, dans le parc des bords de l’Yerres, où pelouses, prairies et friches ont laissé place à la « savane », et où fossés et pièces d’eau sont devenus marigots (petites mares dans les paysages arides). Le manque d’eau estivale est criant, d’autant plus à la périphérie de l’étang, où la vasière s’étend progressivement. La vie semble y avoir disparu.
Faite de sédiments organiques fins et aplanis, située à mi-chemin entre terre et eau, la vasière est un habitat naturel temporaire, tout en trompe l’œil. Car loin d’être sans vie, la vasière abrite et nourrit grandes et petites bêtes sauvages de la vallée.
Au cortège des Tous Petits (de l’ordre du millimètre et moins), les plus nombreux d’ailleurs, on trouve bactéries et autres invertébrés qui se partagent les missions essentielles de dégradation, de transformation et de stockage de la matière organique. Je ne m’attarde pas à les nommer et à les décrire, la liste est longue et leur observation nécessite l’utilisation d’un matériel optique de pointe.

Filtreurs et brouteurs
Le cortège qui suit, celui des Petits (quelques centimètres), compte, lui, des êtres vivants qu’il est rare d’observer, puisqu’habituellement immergés. Parmi la végétation exondée (sortie de l’eau) anodontes et limnées, appelées plus communément moules d’eau douce et escargots d’eau, errent sur la vase, surpris par l’évaporation croissante et le recul des eaux de l’étang. La première, « filtreur », la seconde, « brouteur », participent tous deux activement au fonctionnement équilibré de leur habitat. En tant que filtreur, l’anodonte nettoie et améliore la qualité de l’eau de l’étang. Elle occupe par ailleurs une place essentielle dans le cycle de reproduction de la Bouvière, en abritant dès leurs premiers jours d’existence, œufs et alevins de ce poisson protégé. La limnée, en qualité de brouteur vorace, limite quant à elle la prolifération des algues dans l’eau, assurant limpidité et photosynthèse dans l’étang. Anecdote singulière à son sujet, cet escargot d’eau colonise mares et étangs par voie aérienne, grâce à ses œufs gélatineux parfois fixés aux pattes et plumes des oiseaux.
Enfin, à même les sédiments les plus meubles de la vasière, on devine sans forcément le voir le cortège des Grands, qui, suffisamment lourds, marquent le sol de leur passage. Une coulée de deux mains et de deux pieds de quatre doigts délicats de 3 à 7 cm de longueur, qui mène à une coquille d’anodonte éclatée, atteste du passage d’un Rat musqué. Plus loin, deux pieds composés de trois longs doigts décalés de 45°, opposés à un quatrième plus court en arrière, le tout dessinant une coulée à demi immergée, révèlent la trace d’un Héron cendré. Il y a aussi cette coulée rectiligne, plus ancienne, qui appartient au renard, et qui laisse encore apparaître des pas réguliers, où sont répartis quatre coussinets sur deux rangs décalés.
Par définition, une vasière c’est également et surtout un sol constitué d’eau et de sédiments meubles, parfois profond et souvent dangereux. Alors, nul besoin alors de vous faire un dessin, contentez-vous de l’observer « de loin », vous préserverez votre sécurité ainsi que la tranquillité du microcosme qui s’y plaît.

Vincent Delecour, service Aménagement et Protection des Milieux du SyAGE

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