Matthieu Sanchez : « On attend du concret maintenant »

Matthieu Sanchez : « On attend du concret maintenant »

Publié le 23 novembre 2020

L’agent territorial seine-et-marnais, âgé de 40 ans, est membre de la Convention citoyenne pour le climat

Fondée en octobre 2019, la Convention citoyenne pour le climat est née dans le sillage du grand débat qui a fait suite à la mobilisation des gilets jaunes. Elle est composée de 150 personnes tirées au sort, représentatives de la population française. Leur mission : définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale.

La Convention était encadrée par un comité de gouvernance, des experts techniques et juridiques et de professionnels de la participation et de la délibération collective. Trois garants ont veillé à la neutralité et à la neutralité des débats. L’organisation était assurée par le CESE (Conseil économique, social et environnemental), institution constitutionnellement indépendante.

Quelle a été votre réaction quand vous avez été tiré au sort pour la convention citoyenne ?

Matthieu Sanchez : C’était en septembre dernier. J’étais en train de bosser. J’ai reçu un appel d’un numéro à 5 chiffres. Je croyais que c’était de la pub mais j’ai répondu (l’institut Harris Interactive était en charge du tirage au sort, 300 000 numéros ont été générés automatiquement). J’ai tout de suite dit que j’étais volontaire pour y participer. Mon profil (âge, profession, lieu d’habitation…) les intéressait. J’ai reçu une réponse favorable un mois et demi après.

Le but était d’obtenir un échantillon représentatif de la population française…

Matthieu Sanchez : Exactement. La Convention, c’est la France dans toute sa diversité. Elle compte 51% de femmes  et 49% hommes. Les membres sont âgés de 16 à 80 ans, ont des niveaux de diplômes différents, représentent toutes les catégories socio-professionnelles et sont issus de tous les territoires y compris d’outre-mer. Tout le monde s’est fait entendre. Le panel est très disparate et représentatif. Je suis pêcheur et particulièrement attaché à l’environnement. Mais il y avait de tout, même des climato-sceptiques.

Certaines personnes ont mis en cause la légitimité de la Convention citoyenne ? 

Matthieu Sanchez : Les gens parlent beaucoup mais n’analysent pas trop les choses. Nous avons rencontré les parlementaires dès le début pour leur dire que nous n’étions pas là pour prendre leur place. Mais être un trait d’union entre eux et les citoyens, remettre le peuple au cœur du débat. Tout est transparent. Il était possible de suivre l’évolution des travaux et d’écouter toutes  les sessions.

C’est de la démocratie participative. Et au final, la Convention ne fait que des propositions. Elle ne décide pas à la place des parlementaires. C’est leur rôle et leurs prérogatives.  

Comment s’est déroulée la première session au mois d’octobre dernier ?

Matthieu Sanchez : On a tous pris une grosse claque dans la tête ! Les auditions des différents experts et les synthèses de travaux (chercheurs, organismes internationaux, organisations de la société civile)  nous ont fait prendre conscience de l’ampleur de la crise climatique. C’est vraiment alarmant. C’est un peu le même schéma que celui de la crise sanitaire. Tant que cela ne nous touche pas directement, on ne se sent pas vraiment concerné.

Vous faisiez partie de quel groupe de travail ?

Matthieu Sanchez : J’étais dans le groupe Se déplacer. Tous les groupes ont été déterminés par tirage au sort. C’était très intéressant. On s’est beaucoup informés. Nous avons rencontré plus de 130 experts et intervenants aux avis divergents ou contradictoires afin d’éviter toutes formes d’influence. Comme par exemple Louis Gallois, président du Conseil de surveillance de Peugeot SA (ancien président de la SNCF) et Priscilla Ludosky, gilet jaune à l’origine de la pétition « Pour une baisse des prix des carburants à la pompe ». Le PDG du transport ferroviaire et multimodal de marchandises SNCF Fret et la déléguée générale de la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (organisation du transport routier de marchandises). On a beaucoup débattu pour préparer ces projets de loi.

Les débats ont été vifs autour de l’abaissement de la vitesse à 110 km/h sur l’autoroute, une mesure qui a cristallisé les critiques…

Matthieu Sanchez : On s’en doutait. C’est la seule proposition qui n’a pas été adoptée à plus de 85 % par la Convention. Mais l’objectif était de présenter des mesures qui visent à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et par la même occasion de montrer notre indépendance. Même si cela n’est pas populaire.

En outre, cela permettrait de fluidifier le trafic routier, de diminuer le nombre d’accidents graves et de détourner des automobilistes vers le réseau des routes nationales. Cela pourrait également redynamiser des zones qui ont perdu une certaine attractivité ces dernières années. Maintenant, cette proposition représente à peine une demi-page sur un rapport de 600 pages. Cela ne doit pas venir occulter les 148 autres propositions.

Quelles sont les propositions qui vous paraissent les plus importantes ?

Matthieu Sanchez : Nous nous sommes attachés à présenter des propositions clé en main, avec une traduction légistique. C’est un bloc de mesures global et cohérent même si ce n’est pas parfait. Tout est important comme le volet concernant la rénovation énergétique (logement, bâtiments et infrastructures représente deux tiers des émissions GES en France). Il comporte un système progressif d’aides à la rénovation (prêts, subventions, taux à 0% pour les plus démunis), le déploiement d’un réseau harmonisé de guichets uniques… Ce sont des mesures d’accompagnement étalées dans le temps pour assurer une transition douce, avant des mesures plus restrictives (obligation de changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici 2030 dans les bâtiments neufs et rénovés).

Pourquoi la taxe carbone et le nucléaire sont-ils absents de vos mesures ?

Matthieu Sanchez : On a beaucoup débattu sur la taxe carbone dont la hausse a été à l’origine du mouvement des Gilets jaunes. C’est un sujet qui dépasse le cadre national et il n’était pas question que l’on soit les instruments d’une réhabilitation de cette taxe. Donc, on l’a mise de côté.

 Pour le nucléaire, même si ce n’est pas la panacée, c’est un modèle électrique décarboné. Et l’électricité n’est pas un levier majeur pour atteindre une baisse d’au moins 40% des émissions GES d’ici 2030. Même si le nucléaire pose des problèmes, notamment avec les déchets radioactifs.

Vous avez soumis trois propositions de révision de la Constitution…

Matthieu Sanchez : Cela nous a paru important de soumettre au référendum la modification de l’article 1er visant à renforcer la responsabilité de la France en matière environnementale (La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique).

Mais aussi la modification du préambule (La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité).

Après la remise de votre rapport final, vous avez été reçus par le président de la République à l’Elysée, quelles ont été vos impressions ?

Matthieu Sanchez : L’Élysée, c’était impressionnant ! J’ai d’ailleurs pris quelques photos…

Par rapport au discours du Président, j’étais plutôt satisfait. Il a approuvé 146  mesures sur 149. L’avancée est positive même si les plus engagés étaient déçus que 100% des mesures ne soient pas retenues. Le débat a été reporté sur la réduction de la vitesse sur autoroute à 110 km/h. La taxe de 4% sur les dividendes n’a pas été validée pour ne pas risquer de freiner les investissements, ainsi que la réécriture du préambule de la Constitution. Le Président a estimé que la protection de l’environnement ne peut pas se placer au-dessus des libertés publiques.

En ce qui concerne la notion d’écocide, il y a un flou. Le Chef de l’État souhaite l’inscrire dans le droit international et ne voit pas comment cela est possible au niveau du droit français. L’écocide est un engagement important pour nous. Il faut retravailler l’écriture du texte pour trouver une solution.

La réforme du CESE qui a vocation à être une chambre de la participation citoyenne est aussi importante. Cela permettra de continuer à associer les citoyens aux prises de décisions.

Votre rapport final a été transmis au début de l’été, le travail de la Convention est désormais achevé ?

Matthieu Sanchez : Non, c’est loin d’être terminé ! On a créé l’association Les 150 (Matthieu Sanchez fait partie du bureau). La convention, c’est une aventure humaine incroyable et on a envie que cela se poursuive. Mais c’est aussi pour assurer le suivi des mesures. Nous avons mis en ligne un site (sansfiltre.les150.fr) pour faciliter le suivi de nos 149 propositions. Il faut les défendre, les expliquer dans tous les territoires et faire adhérer les citoyens. Et nous avons un droit d’alerte avec le Président de la République. Le boulot n’est pas fini. Rien n’est gagné. On attend désormais du concret.

Comment s’est passé votre rencontre à Matignon avec le Premier ministre Jean Castex et Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, le 20 juillet dernier ?

Matthieu Sanchez : Nous sommes venus (ils étaient 14 dont Matthieu Sanchez pour représenter les 150) pour rappeler notre mandat et assurer le suivi de nos propositions. Si nous ne sommes pas rentrés dans le fond du sujet, la réunion a permis d’élaborer un plan d’action pour l’application de nos mesures. On a ensuite rencontré, sous la houlette du ministère de la Transition énergétique, des parlementaires, des élus locaux et des partenaires sociaux, le 29 juillet. On s’est rendu compte que beaucoup n’avaient que survolé nos mesures. Chacun campe un peu dans le même schéma, les mêmes postures. Y’a du boulot ! Il va falloir argumenter et faire beaucoup de pédagogie. La rentrée va être sportive…

Vous avez été beaucoup sollicité par la presse étrangère, quel regard porte-t-il sur la Convention citoyenne ?

Matthieu Sanchez : Je ne sais pas pourquoi mais on m’a souvent envoyé vers les médias étrangers. Les correspondants allemands et danois sont particulièrement sensibles aux problématiques écologiques, les Japonais sont plus centrés sur la participation citoyenne et la tenue des Jeux Olympiques en 2021.

Par ailleurs, notre proposition de taxe sur les transactions financières qui a été rejetée par Emmanuel Macron, a fait écho auprès de nombreux eurodéputés que nous avions rencontrés. La commission européenne a relancé le projet de taxe pour financer le plan de relance européen.

Propos recueillis par Jean-Michel EDOUARD

Matthieu Sanchez, porte-parole du groupe Se déplacer de la Convention citoyenne pour le climat

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