Paris et la Seine se réchauffent plus vite que la planète

Publié le 21 décembre 2018

Les températures de la Seine et de l’air à Paris ont augmenté de plus de 2,5 °C depuis 1870, soit bien plus que le réchauffement du globe, évalué dans le même temps à 0,8 °C.

Je vous parle d’un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître. Jusqu’aux années 50, la Seine gelait souvent en hiver. Aujourd’hui, la température du fleuve ne descend pratiquement plus jamais en-dessous de 1 °C. Voilà l’une des preuves que son réchauffement est un fait. Pire, la hausse de sa température est bien plus rapide que celle mesurée pour l’ensemble du globe. Selon les études menées notamment par William Thomas, expert technique de la DRIEE * d’Île-de-France, la température de la Seine depuis 1870 a augmenté, en tendance, de plus de 2,5 °C (2,9 °C en données brutes entre 1870 et 2017, soit respectivement des températures moyennes de 11,9 °C et 14,8 °C), tandis que la planète ne se réchauffait dans le même temps « que » de 0,8 °C (chiffre du GIEC et de Météo-France). Cette « surperformance », dont on se serait bien passé, se retrouve également sur terre, puisque les données recueillies au parc Montsouris, à Paris, ont relevé une même hausse de plus de 2,5 °C (voir le schéma 2 **). Cette dernière hausse peut néanmoins avoir été légèrement amplifiée par le glissement progressif du parc Montsouris vers le milieu urbain, où les températures sont plus élevées.

Le record pour la canicule de 2003

« Tous ces constats montrent que le réchauffement climatique est une réalité, confirme William Thomas. Et que si plusieurs facteurs influencent la température de l’eau, le principal d’entre eux est la température de l’air. En fait, une élévation de température de l’air de 1 °C entraîne une augmentation de 1 °C de la température de l’eau. » Les années où ont été relevées les températures les plus élevées dans la Seine sont, sans surprise, proches de nous. Mais ce n’est pas l’été 2018 qui se distingue au premier rang, même si des mesures de restriction d’eau ont été prises sur le Réveillon, le 3 août, en raison d’un débit du cours d’eau inférieur au niveau de crise, mais celui de 2003. « La canicule de 2003 est la plus grave en intensité, avec une température maximum de 27 °C et une durée de 44 jours au-delà de 24 °C. » En comparaison, en 2018, le maximum a été de 26,1 ° pour 38 jours au-dessus de 24 °. Viennent ensuite les étés 2006, 1995 et 1976.

Bouleversements attendus

Les conséquences de cette hausse des températures de la Seine sont multiples. « Elle entraîne des modifications des équilibres chimiques de l’eau, comme une diminution de l’oxygène et, de fait, modifie aussi l’état piscicole, floristique et faunistique, ajoute William Thomas. A titre d’exemple, les salmonidés (truites et saumons) vivent et se multiplient difficilement au-delà de 21,5 °C, tandis que des poissons thermorésistants, comme l’ablette, proliféreront, comme l’a démontré une étude récente du Piren Seine ***. » Autant de changements auxquels nous devrons nous habituer, même leur ampleur surprennent même les spécialistes. « Je travaille et surveille la qualité de la Seine et de ses affluents depuis 38 ans, et l’évolution de la température me surprend de plus en plus… », confirme William Thomas.

*Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’Energie.
** Les données manquantes (guerres, arrêts des mesures par Météo-France…) n’empêchent pas le calcul de la tendance d’évolution des températures. Plus de 200.000 enregistrements de température venant d’une dizaine de partenaires, dont le SyAGE, ont été collectés et exploités par William Thomas.
*** Programme Interdisciplinaire de Recherche sur l’eau et l’environnement du bassin de la Seine.

Plus d’écarts thermiques sur l’Yerres et le Réveillon
Si on ne bénéficie de données de température sur l’Yerres et le Réveillon que sur une période beaucoup plus courte (depuis 2000 pour l’Yerres et depuis 2008 pour le Réveillon), plusieurs données sont observables en comparaison de ces deux rivières et de la Seine. Tout d’abord, le Réveillon est plus frais que l’Yerres, lui-même plus frais que la Seine, avec des écarts moyens de 3 °C pendant l’été. En revanche, l’hiver, ces différences sont quasiment nulles. De même, les variations journalières des températures des deux rivières se révèlent importantes, jusqu’à 10 °C entre le jour et la nuit. « Ces écarts sont largement influencés par les nappes souterraines voisines et par l’ensoleillement pour ces rivières peu profondes et peu ombragées », explique encore William Thomas. A l’inverse, l’écart thermique de la Seine se réduit à 1 °C.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *