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Construire aux bords de l’Yerres : fantasme ou réalité ?

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La vallée de l’Yerres est faite d’un terreau si particulier qu’il permet à d’étonnants talents d’émerger…

Sylvain Pasquier a vécu pendant 4 ans à Yerres, période pendant laquelle il a effectué des études d’architecture à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-La Villette. Son projet de fin d’études était consacré à la construction de logements collectifs et individuels en zones inondables. En plein sur les bords de l’Yerres à Montgeron, le terrain sur lequel ont pris place les logements de Sylvain sont situés en majorité dans les zones rouges et roses du PPRI, zones où toute construction nouvelle est interdite sauf exceptions et autorisations exceptionnelles.

 

Une architecture résiliente

Purement théorique, le projet du jeune architecte Yerrois avait néanmoins pour ambition de donner à réfléchir sur de nouvelles manières de construire en zones inondables. En effet, des constructions classiques à cet endroit ne feraient qu’augmenter l’imperméabilité des sols et favoriseraient ainsi les risques d’inondation. Tandis que les constructions résilientes permettraient de réduire l’étalement urbain et ainsi de suivre l’objectif du développement durable.

Prenant acte de cette difficulté structurelle, S. Pasquier a proposé une technique de construction adaptée au terrain : chacune des maisons est construite sur un bâti flottant, sans ciment en dessous, à partir de matériaux traditionnels privilégiant les structures en bois. De part et d’autres des structures, des piliers permettent d’alimenter les bâtiments par des gaines flexibles en électricité, eau courante et gaz, et les empêche de dériver lorsqu’il flotte. Ce système « sur pilotis »permet aux bâtiments de supporter une montée des eaux de 5,5 mètres.

 

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Les zones rouges et roses du PPRI de l’Yerres, situées entre la rue du Moulin de Senlis et le Parking Foch à Montgeron, déterminent le lieu où le projet de Sylvain Pasquier devait prendre place.

 

Des modèles au-delà de nos frontières

Fortement inspiré par les techniques de construction ayant cours aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni, par exemple, Sylvain Pasquier pense que la réglementation française doit être adaptée afin de pouvoir construire dans des endroits situés en zones PPRI. En effet, les deux pays cités précédemment choisissent de considérer le problème autrement. Plutôt que de lutter contre l’inondation, ils ont pris le parti de s’adapter grâce àdes techniques de constructions inédites. C’est de cette façon que le programme « Living With Water » est né.

 Sylvain Pasquier a vu couronner son projet par Le Prix des Lecteurs dans la revue « Le courrier de l’Architecte », édition 2011. C’est une étape importante pour ce Yerrois de cœur qui nous a confié avoir vu sa vocation émerger au sortir de la tempête Xynthia qui a frappée plusieurs pays entre février et mars 2010. En effet, « en voyant les ravages matériels et humains causés par ce drame, nous raconte-t-il, je me suis demandé pourquoi nous n’adaptions pas nos maisons aux aléas du climat ».

Danser à la saison des pluies : l’architecture résiliente à travers le monde

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Au Cambodge, la saison des pluies se déroule de juin à octobre. Durant cette période, la pluviométrie très importante engendre des inondations. Pour remédier à cela, des initiatives voient le jour au niveau local. Aujourd’hui, nous nous intéressons à la construction d’une salle de danse dans la province côtière de Kep.

Un peu d’histoire …

L’histoire du Cambodge est mouvementée. Et Kep, ville côtière située au sud du pays, ne fait pas exception. Avant la période des Khmers Rouges, le roi Norodom Sihanouk a souhaité faire de Kep-sur-mer (en français dans le texte) le Saint-Tropez cambodgien. Mais le régime de Pol Pot a mis à sac la ville, car elle était la représentation de la ségrégation de classe. Depuis lors, la ville de Kep navigue entre la mémoire de ces beaux jours sous le règne du Roi Sihanouk et l’aspect fantomatique que celle-ci peut revêtir du fait des maisons abandonnées qui parsèment la ville.

En 2011, la princesse Sylvia Sisowath décide de fonder la Maison de la Culture et des Sports de Kep. En effet, de par son histoire et ses développements actuels, Kep a besoin de lieux permettant de recréer du lien entre la tradition cambodgienne et les nouvelles générations. Et c’est dans les territoires agricoles qui constituent la province côtière de Kep, où les enfants allaient jusqu’ici plus au champ qu’à l’école, que ce genre d’initiative est le plus nécessaire

Malheureusement, le régime de Pol Pot a été radical dans sa volonté d’exterminer tout savoir. L’architecture, la littérature et les arts sont entièrement à reconstruire sur la base de leurs ruines. C’est pourquoi il y a aujourd’hui au Cambodge un réel enjeu consistant à recréer des références architecturales et urbanistiques qui s’appuient sur l’intelligence des architectures vernaculaires de campagne.

 

La résilience à l’œuvre …

Fort de cette réflexion, la princesse Sylvia Sisowath a contacté l’architecte Arnaud Réaux, de l’agence « Nommos», une agence d’urbanisme travaillant essentiellement dans les secteurs des zones urbaines inondables, afin de construire un espace pour la musique et la danse traditionnelle. Ces architectes et hydrologues ont imaginé un bâtiment basé sur les 3 points fondamentaux des habitations cambodgiennes : l’utilisation de matériaux qui laissent passer l’air afin de créer une ventilation naturelle ; la création d’ombres grâce à de larges toitures ; et enfin la prise en compte des deux saisons.

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Cette prise en compte s’articule autour de deux points. Premièrement, l’orientation de la toiture du bâtiment permet de rediriger les eaux pluviales vers la noue qui se trouve le long de la route. L’eau s’infiltre ensuite dans la nappe et la recharge. La Maison de la Culture et des Sports puise ensuite l’eau dans la nappe par le biais d’un puits se situant juste à côté du bâtiment. Deuxièmement, la Maison est construite sur un ancien terrain de rizière ; en saison des pluies, il y a entre 10 et 20 cm d’eau sur le terrain. Pour permettre l’activité de danse durant la saison des pluies, la salle de danse est pourvue de deux niveaux : un à 16cm et un à 32 cm. Le premier étant pensé pour disparaître pendant les grandes pluies.

Ce projet se fait en collaboration avec des ouvriers locaux, seuls à même d’informer les architectes et hydrologues présents des spécificités géographiques et hydrologiques du terrain. « Nous ne sommes pas là dans l’optique de leur apprendre quoi que ce soit, mais plutôt de créer un échange, nous rappelle Arnaud».

La construction a commencé le 26 novembre 2014, et la fin du projet est prévue pour le 10 janvier 2015. Pour suivre le projet au quotidien, n’hésitez pas à rejoindre leur page Facebook !