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L’orignal et les zones humides

De l’intérêt écologique de la réintroduction des élans d’Amérique dans les zones humides protégées …

 

L’élan d’Amérique, orignal ou alces alces est un mammifère cervidé qui, jusqu’au Moyen Âge, vivait en France, en Belgique, en Suisse et en Allemagne. Une chasse intensive l’a contraint à émigrer vers les plaines de Sibérie, de Scandinavie et d’Amérique du Nord. Pourquoi alors sa réintroduction dans les zones humides protégées peut-elle s’avérer nécessaire en complément des chevaux ou bovins utilisés pour la gestion et la restauration de ces espaces? En quoi l’orignal peut-il apporter une aide précieuse afin d’éviter la fermeture de ces milieux, et la disparition à terme des zones humides sous les arbres et les ronces ?

 

Bull Moose

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Un allié précieux

Grand herbivore, l’élan consomme en période hivernale de 20 à 25 kg de matières végétales. A l’année, l’élan mange quotidiennement environ 5 % de son poids. Sa morphologie ne lui permettant pas de brouter un tapis d’herbes ras, aussi sa nourriture doit-elle se trouver une quinzaine de centimètres au dessus du sol pour qu’il puisse l’atteindre. C’est pourquoi l’élan se nourrit de plantes ligneuses (bouleaux, saules, trembles, noisetiers) de 50 à 80% du temps. Cette propension à se nourrir uniquement de plantes ligneuses place l’élan dans une posture à part de celle des chevaux et des bovins. En effet, ces derniers ont un profil tourné essentiellement vers les plantes herbacés. C’est pourquoi l’élan peut jouer, dans la gestion et la restauration des zones humides, un rôle complémentaire aux bêtes qui y pâturent habituellement. D’autre part, dans les plantes herbacées constituant 20 % de l’alimentation restante de l’élan, on trouve des plantes aquatiques que l’animal peut prélever la tête sous l’eau. C’est pourquoi cette aptitude constitue une excellente alternative au faucardage mécanique.

D’autre part, certaines zones humides sont extrêmement marécageuses et donc peu accessibles par les bovins et les chevaux du fait de leur portance de sol insuffisante. Face à cela, selon Thierry Lecomte, auteur de « La réintroduction de l’élan (Alces alces) dans les zones humides de Haute-Normandie : Un projet dans le cadre du développement durable des zones humides défavorisées  » : « La structure spécifique de sa patte fait qu’il repose, dès que le terrain est mou, sur 4 sabots (par membre) reliés au moins en partie par une membrane interdigitaire, conférant ainsi à cette espèce une charge de 420 à 440 g/cm²«  . Face aux chevaux et aux bovins qui affichent de 750 à 800 g/cm² de pression au sol, l’élan ressort gagnant.

 

Une volonté d’expérimenter

La réintroduction de l’élan dans les zones humides françaises n’est pas encore effective. Pour autant, le projet n’est pas relégué au rang d’utopie. Il nécessite seulement  un peu de maturation. Ainsi Christelle Steiner, responsable du service Biodiversité au Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande nous apprend que le projet a déjà été à l’étude au sein de cet espace … « Ayant pour mission d’expérimenter notamment de nouvelles pratiques en matière de gestion des zones humides, dit-elle, le Parc a initié il y a quelques années une réflexion sur la réintroduction de l’Élan à cet effet, à ce jour encore restée sans suite. Cela n’altère en rien l’expérience du Parc qui bénéficie d’une expérience de 35 ans de pâturage extensif en zones humides par des vaches d’Écosse et des chevaux de Camargue, et a fait à son tour bénéficier de son retour d’expérience à de multiples partenaires dans et hors territoire ».