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Résilience, chapitre 6 : la rencontre

Résumé des épisodes précédents (relire le chapitre 5) : Alexis, 22 ans, nouvel arrivant dans la résidence des Thibaudières, a trouvé son logement complètement inondé un soir de mars 1978. Simone, sa voisine du dessus, lui a proposé de déménager ses meubles chez elle pour éviter un désastre matériel. Proposition étonnante quand on sait l’antipathie qu’elle portait pour le jeune homme dès son arrivée aux Thibaudières. Après avoir reçu de l’aide de la part d’un groupe de jeunes pour évacuer le contenu de son appartement chez sa voisine, Alexis les rejoint chez elle. A cette occasion, il en apprend plus sur le passé de Simone et la solitude qui en découle. Saisi par ses propos, Alexis décide lui aussi d’en révéler plus sur sa propre histoire à l’aide d’un cahier bleu lourd de signification pour le jeune homme…

Résilience-6

Après s’être essuyé les pieds sur le paillasson, Alexis entra à nouveau dans l’appartement de Simone. Elle était assise à la table de la cuisine, et grignotait un jambon-beurre que l’un des jeunes avait oublié sur place. Concentré sur sa mission, Alexis n’entendit pas que derrière lui, un ramdam grondait dans les escaliers et se rapprochait dangereusement. Soudain, un chat, suivi d’un deuxième, filèrent entre ses jambes. Déséquilibré par la manœuvre, Alexis laissa s’échapper son cahier bleu qui voltigea dans les airs. Alors que le cahier retomba lourdement sur le plancher et qu’une multitude de feuilles volantes voletaient indolemment dans l’appartement, les chats se précipitèrent sur les genoux de Simone et s’ébrouèrent en miaulant. « Thétis, Poséidon, bande de galopins, je croyais vous avoir perdu !  » dit Simone en riant .

 

Une enveloppe cachetée avec le sceau de la résidence des Thibaudières vint se poser sur le nez de Poséidon, qui se mit alors à feuler. Simone l’enleva vite avant que le félin ne la transforme en charpie. Puis elle chaussa ses lunettes, ouvrit l’enveloppe et en retira la feuille qu’il y avait à l’intérieur pendant qu’Alexis la regardait d’un air médusé…

– Pourquoi possèdes-tu une lettre signée par mes soins ? dit Simone qui posa le courrier sur la table, et se mit à le regarder d’un œil inquisiteur.

– Cette lettre était adressée à mon père, répondit Alexis.

– Que voulait-il ? demanda Simone. J’ai dû rédiger tant de courriers quand j’étais concierge …

– Mon père était étudiant quand il a emménagé aux Thibaudières. Il avait quelques sous de côté pour payer son premier mois de loyer, mais guère plus. Il comptait s’en sortir en trouvant du travail à côté de ces études. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme il les avait prévus. Il s’est vite retrouvé à court d’argent. La lettre que vous tenez entre vos mains est une requête solennelle qu’il vous a fait parvenir … en désespoir de cause.

– Oh oui, je me souviens ! dit Simone tout sourire. Ton père était un homme intelligent et débrouillard. Je suis bien content de lui avoir rendu ce service.

– C’est lui qui m’a conseillé de venir ici pour mes études. C’est lui qui m’a conseillé le coin, dit Alexis en souriant.

Alors qu’une belle amitié était en train de naître entre le jeune homme et la vieille dame, Thétis et Poséidon sautèrent des genoux de cette dernière et s’éclipsèrent vers la porte. Une fois sur le palier, ils s’arrêtèrent quelques instants pour examiner les possibilités d’aventures qui s’offraient à eux. A peine eurent-ils le temps d’échanger quelques miaulements avertis qu’un pompier déboula en trombe de l’étage d’en dessous. Effrayés, Thétis et Poséidon filèrent vers l’étage du dessus.

Alors qu’ils franchissaient les dernières marches, deux gigantesques mains potelées soulevèrent les félins dans les airs, et une voix tonitruante retentit : « Maman ! Maman ! Regarde ce que j’ai trouvé ! On peut les garder s’il te plaît Maman ! Ils sont si mignons ! »

Résilience, chapitre 5 : le cahier bleu

Résumé des épisodes précédents (relire le chapitre 4) : Alexis, 22 ans, nouvel arrivant dans la résidence des Thibaudières, a trouvé son logement complètement inondé un soir de mars 1978. Simone, la doyenne de la résidence et sa voisine du dessus, lui a proposé de déménager ses meubles chez elle pour éviter un désastre matériel. Proposition étonnante quand on sait l’antipathie qu’elle portait pour le jeune homme dès son arrivée aux Thibaudières. Après avoir reçu de l’aide de la part d’un groupe de jeunes pour évacuer le contenu de son appartement chez sa voisine, Alexis les rejoint chez elle. A cette occasion, il en apprend plus sur le passé de Simone et la solitude qui en découle. Saisi par ses propos, Alexis décide lui aussi d’en révéler plus sur sa propre histoire…

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Tout d’un coup, Alexis se dirigea vers la porte d’entrée de l’appartement de Simone. Le reste de la compagnie lui demanda ce qui lui valait ce départ soudain. Sans se retourner, le jeune homme dit brièvement «  ne vous inquiétez pas, je reviens tout de suite ». Puis il se précipita dehors et descendit les marches 4 par 4 jusqu’en bas. Tout autour de lui, des habitants allaient et venaient entre le rez-de-chaussée et les différents étages du bâtiment, trimballant avec peine ce qu’ils estimaient pouvoir sauver de leur appartement. Des pompiers prêtaient main forte dans la mesure de leurs moyens, et dissuadaient les gens de revenir dans leur lieu de vie une fois que l’essentiel avait été évacué. Alexis se faufila entre les rescapés, esquiva discrètement les hommes en uniforme qui lui barrait le passage et entra en pataugeant dans son chez-lui. Il parcourut des yeux la pièce où l’eau était montée maintenant à hauteur de genoux, et arrêta son regard sur une bouche de ventilation. Il marcha péniblement jusqu’à arriver devant le mur où se trouvait la bouche. Il la fit sauter et récupéra le cahier bleu, usé aux extrémités, qu’il avait déposé là avant que Simone ne l’invite à monter ses affaires dans son appartement.

Il l’ouvrit et jeta un œil rapidement à l’intérieur. Outre les pages couvertes de son écriture manuscrite, le carnet recelait une dizaine d’enveloppes sur lesquelles figurait le tampon officiel de la Résidence des Thibaudières. Alexis esquissa un sourire, puis referma le cahier d’un geste, et repartit au 1ère étage. Dans les escaliers, il vit tous les jeunes qui étaient chez Simone redescendre en trombe jusqu’à la porte d’entrée.

–          On vient d’apprendre que l’appartement de ma voisine de palier est touché. Il faut qu’on trouve un lieu où déménager ses affaires pronto, dit Michel qui pressentait la question d’Alexis.

Ne lui laissant pas le temps de répondre, Michel et ses amis galopèrent jusqu’à la porte d’entrée du bâtiment, et traversèrent l’allée des Cèdres pour se précipiter vers l’immeuble d’en face. Alexis, quant à lui, continua à monter les marches, le cahier bleu à la main, pour rejoindre l’appartement de Simone. En s’essuyant les pieds sur le paillasson, il se dit que bizarrement, il était soulagé que le reste de la troupe soit parti. Cela rendrait peut-être sa révélation plus aisée …

Lire le chapitre 6

Résilience, chapitre 2 : Le déménagement

Nous sommes fiers de vous présenter le deuxième épisode de « Résilience », fiction imaginée et écrite par le SyAGE.« Résilience » suit le parcours d’une galerie de personnages de la vallée de l’Yerres, dont l’inondation de mars 1978 a bouleversé l’existence .

Résumé de l’épisode précédent (relire le chapitre 1) :
Nous sommes en mars 1978. Alexis, 22 ans, a emménagé depuis six mois dans son premier appartement au rez-de-chaussée de l’allée des Platanes dans la résidence des Thibaudières à Boussy-Saint-Antoine . Si sa conduite exemplaire dans la résidence lui vaut immédiatement la sympathie de tous, Simone, sa voisine, doyenne de la résidence, semble la lui refuser obstinément. Le 16 mars 1978, l’Yerres déborde et inonde une partie des Thibaudières, dont l’appartement d’Alexis. C’est alors que, contre toute attente, Simone propose à Alexis d’entreposer toutes ses affaires chez elle, avant qu’elles ne soient perdues …



Alexis parcourut du regard son appartement et resta un moment en état d’hébétude devant le spectacle qui s’offrait à lui. Dehors, les gens pataugeaient dans une eau boueuse leur arrivant à la taille. Les pompiers reculaient leurs véhicules en haut de la résidence pour éviter que leurs moteurs ne se noient. Le ciel, d’un bleu azur pendant toute la journée, était maintenant bas et lourd.

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L’eau s’infiltrait à travers les joints de la fenêtre donnant sur le parc. Et le fauteuil qu’Alexis avait acheté avec ses maigres économies fut le premier touché : rouge alors, il avait maintenant une teinte marronâtre et exhalait une odeur de vase. Furieux de se faire voler par le sort ce qu’il avait mis des mois à pouvoir acquérir, Alexis courut vers son fauteuil, le pris dans ses bras et se précipita avec une aisance de plantigrade vers la porte.

Appuyée sur sa canne, Simone attendait son voisin en haut de l’escalier menant vers le premier étage. Après sa première rencontre avec Alexis, elle s’était empressée de remonter vers son logement pour éviter de patauger dans l’eau. Quand elle vit le jeune homme émerger de l’appartement, le fauteuil dans les bras lui interdisant toute visibilité sur moins de cinq centimètres, Simone descendit pas à pas l’escalier, puis s’arrêta au milieu de celui-ci. Alors elle entreprit de guider à la voix son voisin à travers les parties communes.

Simone donnait au jeune homme les directions à suivre pour parvenir à bon port ; mais, le faisant d’une voix chevrotante et presque inaudible, elle contraignait par le fait Alexis au silence et à la concentration la plus absolue. C’est pourquoi, ayant compris de travers quelque unes des injonctions de Simone, Alexis changea plusieurs fois de direction. Et les gens qui, passant devant la porte de l’immeuble, ne pouvait pas voir Simone dans l’escalier, croyaient assister à une danse étrange, menée par un fou et son fauteuil.

Une poignée de résidents reconnurent Alexis et vinrent lui proposer spontanément leur aide. Aussitôt, selon les directives que Simone dispensait aux personnes qui entraient dans le hall de l’immeuble, les affaires du jeune homme passant de main en main furent progressivement déménagées au 1er étage.

En quittant son appartement vide pour se réfugier chez son aînée, Alexis le parcourut une dernière fois du regard. Il repéra un cahier bleu et usé sur une étagère. En l’ouvrant, il sourit naïvement. Puis, relevant la tête, il chercha des yeux une bouche de ventilation à l’abri des flots. Il en trouva une à hauteur de bras et fit sauter la grille d’une simple pression. Puis il déposa le cahier bleu à l’intérieur de la bouche d’aération, remit en place la grille et fila au 1er étage …

Lire le chapitre 3

Résilience, chapitre 1 : « Alexis »

Nous sommes fiers de vous présenter le premier épisode de « Résilience », fiction imaginée et écrite par le SyAGE.« Résilience » suit le parcours d’une galerie de personnages de la vallée de l’Yerres, dont l’inondation de mars 1978 a bouleversé l’existence .

 

La résidence des Thibaudières à Boussy-Saint-Antoine est un lieu qui a toujours fourmillé de vie. Si d’habitude, dans les endroits comme celui-ci, chacun ferme sa porte au tout-venant, ce n’est pas le cas ici. C’est à la faveur de cet état d’esprit si particulier que l’inondation de mars 1978 a donné lieu à de drôles de rencontres…

 

Résilience-articleAlexis, 22 ans, avait loué son premier appartement au rez-de-chaussée de l’allée des Platanes. Il était installé depuis six mois. Et, une fois le stress du début de l’indépendance dépassé, le jeune homme avait commencé à aller à la rencontre de ses voisins. D’Assemblée Générale en Assemblée Générale, Alexis finit par se lier à un nombre de personnes croissants. Pourtant, un point noir subsistait : la doyenne de l’immeuble, Simone, dont l’autorité et la respectabilité rayonnait bien au-delà de l’allée des Platanes, restait imperméable à toute tentative de socialisation. Pour elle, Alexis était « un jeune bon à rien, dont l’appartement était très probablement payé par les parents ».  Pour lui, Simone avait une opinion toute faite sur les jeunes de son acabit. Si bien que, le temps passant, et malgré le fait qu’elle habitât un étage au-dessus de lui,  chacun s’enferma dans son opinion ; si jamais un espoir de rapprochement eût pu subsister, celui-ci tomba bien vite à l’eau …

Le 16 mars 1978 en fin d’après-midi, alors qu’il rentrait chez lui après les trois heures de cours particuliers qu’il donnait chaque soir à un enfant de Brunoy, Alexis vit quatre camions de pompiers stationnés juste devant la résidence. Interloqué, il pressa le pas, et découvrit le parc de la résidence jouxtant l’Yerres en contrebas complètement inondé. L’eau montait inexorablement et les rez-de-chaussée des immeubles de l’allée des Platanes et de celle des Cèdres commençaient à être évacués. Alexis se mit à courir jusqu’à chez lui pour voir si son appartement subissait le même sort. Alors qu’il mit les pieds dans le hall d’entrée détrempé, il tomba nez à nez avec Simone qui – avec une sourire chagriné – lui pressa d’ouvrir la porte de son appartement pour prendre tous ses objets de valeurs et les entreposer chez elle, à l’abri des flots.

Abasourdi par l’attitude de la vieille femme, mais trop content de pouvoir sauver ses biens, Alexis accepta la proposition et se précipita à toute vitesse dans son appartement …

 

Lire le chapitre 2