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Civilisation et anthropologie : les habitants du Lac Tonlé Sap

Jennifer Phoon / CC BY 2.0

Au sud-est du Cambodge se trouve le lac Tonlé Sap, qui est d’une importance capitale pour la vie des habitants de ce pays. Le SyAGE vous propose de comprendre pourquoi, en allant en immersion chez un peuple, où l’on se souvient encore comment vivre en harmonie avec le fleuve, à son rythme …

Situé près du site historique d’Angkor, le lac du Tonlé Sap occupe une dépression créée par la rencontre entre les plaques tectoniques du sous-continent Indien et de l’Asie. Alimenté par plus d’une dizaine de cours d’eau, le Tonlé Sap se jette dans la rivière éponyme, qui coule ensuite vers le nord, jusqu’à sa confluence avec le fleuve du Mékong, en plein cœur de Phnom Penh.

Si en saison sèche (de février à mai), la superficie du lac avoisine les 2700 km² pour une profondeur de 1 mètre, elle se voit quasiment multipliée par 6 dès qu’arrive juin. En effet, la saison des pluies de la mousson et la fonte printanière des neiges himalayennes se produisant de manière concomitante, ces deux phénomènes naturels font redoubler d’intensité la période de crue des eaux du Mékong. C’est pourquoi ce fleuve, partant de l’Himalaya et coulant de la Chine jusqu’à la Thaïlande avant d’arriver au Cambodge, profite d’un courant suffisamment fort à sa rencontre avec le Tonlé Sap pour inverser le cours de cette rivière. Les eaux détournées remontent alors le cours d’eau et viennent faire enfler celles du lac Tonlé Sap, situé en aval. Celui-ci atteint alors une superficie de 12 000 km², ce qui représente environ 7% du pays.

Un phénomène unique au monde

Ce phénomène, unique au monde, est une bénédiction pour les cambodgiens. En effet, à la faveur de cet événement, la rivière Tonlé Sap fait remonter une quantité importante d’alluvions fertiles jusqu’au lac. Cet environnement riche en éléments nutritifs amènent 1300 espèces de poissons à remonter le Mékong jusqu’au lac pour y frayer. Cette surabondance attire alors 120 espèces d’oiseaux venus trouver là un garde-manger idéal. Cette biodiversité incroyable a valu au lac Tonlé Sap d’être reconnu en tant que réserve de biosphère par l’UNESCO dès 1997.

Mais les oiseaux ne sont pas les seuls à tirer profit de cette manne providentielle. 1 million de personnes tirent leur subsistance des eaux poissonneuses du lac. Les pêcheurs en retirent annuellement 230 000 tonnes, soit la moitié de la production du Cambodge. Ainsi, le lac alimente toute une industrie par l’intermédiaire des habitants des 170 villages flottants et sur pilotis vivants sur le lac. Eglises, mairies, écoles et commerces en tous genres sont construits sur des rondins de bambous ou montés sur des caissons flottants en métal ou en plastique pour être maintenus à flots. Et, en fonction du niveau de l’eau, des villages entiers peuvent se déplacer de plusieurs kilomètres pour rester proches des zones de pêches.

Aujourd’hui, 60% des 13 millions d’habitants du Cambodge tirent leur source quotidienne de protéines du Tonlé Sap, prouvant l’adage qui dit qu’« on ne commande à la nature qu’en lui obéissant » (Francis Bacon).

Croyance et mythologie – épisode 1 : la naissance du Gange

 

De tout temps, l’eau a été un élément propice à l’imagination et à la rêverie. Chaque civilisation s’y mirant a vu se refléter en ses yeux ses peurs, ses espérances et ses rêves les plus fous. Et, ce faisant, a fait reposer le socle de ses croyances, de ses mythologies et de ses religions, sur sa surface. Que ce soit les hindouistes, les musulmans ou les chrétiens, tous puisent aux sources des fleuves pour créer les légendes qui irrigueront l’imaginaire de leur religion…

Long de 3000 km et pourvu d’un bassin-versant de plus de 900 000 km², le Gange est sans conteste le plus grand des sept fleuves sacrés de l’Inde. Si, géographiquement parlant, son cours débute au pied de l’Himalaya, mythologiquement parlant, l’affaire est tout autre…
L’histoire de la Ganga (le nom du Gange en langue sanskrit étant un nom féminin) est racontée dans le Râmâyana, l’un des écrits fondamentaux de la religion hindouiste.

Ganga n’arrosait jadis que le séjour des dieux. En ce temps-là, le roi d’une cité indienne offrit avec faste le sacrifice d’un cheval aux dieux en vue de s’assurer la souveraineté du monde. Soudain le cheval fut entraîné sous terre par une figure démoniaque. Le roi ordonna alors aux 60 000 soldats de son armée d’ouvrir le sol à la recherche du ravisseur. Ils atteignirent vite le monde souterrain et furent surpris de voir le cheval occupé à paître sous la garde d’un célèbre sage bouddhiste. Celui-ci vit sa méditation perturbée par leur arrivée. De colère, il les réduisit en cendres par un simple regard.


Une eau purificatrice

Shiva stops Ganga who is falling from the sky.jpg
Désemparé par ce coup du sort, le fils du roi se rendit auprès d’un devin pour lui demander s’il était possible de donner à son oncle et son armée des hommages funéraires digne de ce nom. Ce dernier lui apprit qu’il fallait pour cela faire descendre sur terre les eaux de la Ganga afin qu’elle purifie les cendres des morts, permettant ainsi à ceux-ci d’aller au ciel. Le fils du roi et ses descendants pratiquèrent pendant des milliers d’années un régime d’austérité afin d’attirer l’attention de Brahma, dieu suprême de la religion hindouiste, qui finalement, consentit à sa prière.

Mais Ganga risquait de provoquer un cataclysme sur terre si sa chute du domaine des dieux n’était pas amortie de quelque manière que ce soit. C’est pourquoi le dieu Shiva accepta de recevoir Ganga dans les plis de sa chevelure.

Enfin la Ganga descendit sur terre et se divisa alors en sept affluents, puis finalement en milliers de canaux pour couvrir les cendres dispersées des 60 000 défunts. C’est ainsi que se forma le Delta du Gange. Ce dernier couvre maintenant une superficie de plus de 100 000 km² et s’étend jusqu’au Bangladesh.


 
 

Classé par l’UNESCO au titre de « patrimoine mondial de l’humanité » en 1985, le Delta du Gange est une zone extrêmement fertile (on y produit notamment du jute, du thé et du riz) et très riche en biodiversité (le Tigre du Bengale et le Dauphin du Gange figurent parmi les animaux remarquables de ce delta).

Dans le prochain épisode de « Croyance et mythologie », nous parlerons de la place prépondérante de l’eau dans l’histoire de Moïse, telle qu’elle est racontée dans l’Ancien Testament. Restez connecté !