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Les cartographes

« Que nul n’entre s’il n’est géomètre ». Si cette citation ornait le fronton de l’Académie de Platon à Athènes, elle pourrait tout aussi bien apparaître à l’entrée du service Cartographie du SyAGE. Rencontre avec une équipe chargée de faire perdurer cette noble discipline au sein du Syndicat.

Marion, Pascal et Stéphane m’ont donné rendez-vous dans le quartier des Mardelles à Brunoy. « Ce sera l’occasion pour toi de découvrir ce qu’est la descente en espace confiné, m’a dit préalablement Pascal, doyen du groupe, alors que nous discutions au téléphone. Personnellement, j’adore ça ! »

Je les retrouve en bas de la résidence, à proximité du Réveillon. Vêtus d’un équipement de sécurité impressionnant (lampes, casques, chaussures, harnais), Marion et Pascal s’apprêtent à descendre dans une fosse à sable pour en obtenir les cotes exactes, tandis que Stéphane veille à leur sécurité.

Répertorier le patrimoine du SyAGEP1010447-web

Une fosse à sable est un ouvrage permettant de filtrer les hydrocarbures des eaux pluviales, avant que celles-ci ne rejoignent le milieu naturel. Retranscrire les mesures de cette fosse permettra de déterminer très précisément son schéma de fonctionnement. Celui-ci sera alors intégré dans la base cartographique du SyAGE.

Sur les centaines de fosses à sable présentes dans le territoire des 18 communes, la plupart ont été construites avant 1985, alors que l’informatique n’avait pas encore investie le domaine cartographique. C’est pourquoi il est nécessaire d’en refaire les mesures pour ensuite les intégrer à Elyx, la base cartographique du SyAGE, afin de renseigner au mieux les équipes techniques.

Thibault, 4ème membre de l’équipe, est le géomaticien du groupe : il est le spécialiste de la manipulation de données géographiques. Il s’assure de la bonne gestion du SIG et de la résolution de tous les problèmes inhérents à son utilisation.

En ce qui concerne les nouveaux ouvrages, les prestataires extérieurs du Syndicat sont chargés des relevés de terrain sur la zone où vont avoir lieu les travaux. Puis, une fois ces travaux finalisés, l’entreprise dessine les plans de récolement – plans qui décrivent les travaux réellement réalisés à la fin d’un chantier, par opposition aux « plans de projet » qui décrivent les travaux prévus.

Au service des services

Le travail du service Cartographie est essentiel pour toutes les équipes du SyAGE. Que ce soit pour le service Travaux, pour lequel de nombreux relevés topographiques sont effectués en vue d’études préliminaires aux chantiers ; pour les services Assainissement et Relations aux Usagers et Assainissement et Aménagement Durable, afin de niveler les réseaux d’un secteur donné ; ou encore pour le pôle Mise en œuvre du SAGE, pour lequel Stéphane, Marion et Pascal effectuent des profils de rivière.

Dans toute entreprise publique ou privée, il est des centres névralgiques qui ne se voient pas au premier abord, mais sans qui la structure ne pourrait pas fonctionner. Le service Cartographie en est un. Depuis près de 10 ans maintenant, l’équipe d’Isabelle Contamine, parcoure le territoire par monts et par vaux pour recenser et cartographier le patrimoine du Syndicat de la manière la plus exacte possible.

Géographie de l’eau


Gilles Arnaud-Fassetta, géographe physicien (hydrogéomorphologue) à l’université Paris-Diderot (Paris 7), et membre du laboratoire PRODIG (UMR 8586), travaille en collaboration avec le SyAGE depuis plus de 15 ans.
Beaucoup parmi ses étudiants sont venus rejoindre les rangs du Syndicat, que ce soit en tant qu’agent, stagiaire, ou même pour préparer une thèse ! Il ne nous en fallait pas plus pour aiguiser notre curiosité, et aller à la rencontre de ce Professeur des Universités dont l’une des tâches, hormis l’enseignement et la recherche, est de s’attacher à tisser des liens durables dans des structures extra-universitaires, pour le développement de ses propres recherches appliquées et celles de ses étudiants…

 

 

 

Pouvez-vous faire une rapide présentation de votre parcours ?

J’ai accompli mes études de géographie à l’université de Provence à Aix-en-Provence. Après avoir validé un DEA, j’ai soutenu en 1998 une thèse de 3ème cycle sur l’histoire hydrologique du Rhône en Camargue. La même année, j’ai postulé et obtenu un poste de Maître de conférences en géographie physique à l’université Paris-Diderot. J’y ai enseigné jusqu’en 2009 et soutenu mon HDR sur « L’hydrogéomorphologie fluviale des hauts bassins montagnards aux plaines côtières : entre géographie des risques, géoarchéologie et géosciences » (2007). Puis, j’ai été nommé Professeur à l’université Paris-Est Créteil (2009-2012) et membre du LGP (Laboratoire de Géographie Physique de Meudon). L’obtention d’un poste de Professeur de géographie à Paris-Diderot m’a permis de revenir dans mon université d’origine. Depuis 2012, j’y exerce mes fonctions d’enseignant en géographie physique et environnement et suis rattaché à l’UMR PRODIG (Pôle de recherches pour l’organisation et la diffusion de l’information géographique). Je suis également responsable du master DYNARISK (Dynamique des milieux et risques) associant les universités Paris 1, 7 et 12.

 

Votre thèse de doctorat portait sur les « Dynamiques fluviales holocènes dans le delta du Rhône ». Un delta est l’endroit où les eaux se dispersent pour alimenter un même niveau de base. À l’inverse, un bassin-versant est un endroit où les eaux sont destinées à se regrouper pour alimenter un même exutoire. En quoi les investigations propres à chacun de ces espaces géographiques s’enrichissent-elles mutuellement ?

Étudier un delta sur le long terme (10 000 ans) conduit tôt ou tard à devoir s’interroger sur ce qui se passe en amont et en aval de cette plaine, dans le but de mieux comprendre les facteurs physiques et humains qui contrôlent son évolution. La prise en compte de l’amont (i.e., le bassin-versant ) permet de raisonner sur la variabilité des sources d’eau et de sédiment parvenant jusqu’à la plaine et qui, sans elles, n’existerait pas ; l’aval (ici, la Méditerranée !) permet d’expliquer l’évolution géomorphologique de la plaine, le façonnement des franges deltaïques (les plages), la répartition, à l’intérieur du delta, des eaux douces, saumâtres et salées dont dépendent la végétation, l’avifaune , les Hommes, qu’il se soit agi des Romains ou des actuels pêcheurs de telline… C’est tout cela, par le biais de l’analyse systémique, intégrée, multifactorielle,… qui permet d’expliquer les particularités écologiques, hydrologiques, sédimentaires, sociétales des espaces géographiques ancrés dans l’hydrosystème. On pourrait voir les choses de la même manière dans le cas de la vallée de l’Yerres qui, par exemple de Brunoy à Crosne, dépend tout à la fois des apports liquides-solides du bassin-versant que du niveau de base (ici la Seine).

 

Le bassin-versant de l’Yerres est fortement marqué par une dissension entre l’amont, rural, et l’aval, fortement urbanisé. Quelles sont les conséquences de cette particularité ?

La gestion des crues, dans la partie aval du bassin de l’Yerres, passe par un contrôle amont des écoulements d’eau et de sédiments.

La rivière est moins contrainte latéralement en amont qu’en aval ou, tout au moins, de façon différente. Quand la pluie tombe sur le bassin amont, les eaux de ruissellement qui en résultent ont plus d’espace à disposition pour être stockées et inonder sans trop de gravité. Bien sûr, se pose ensuite la question de comment gérer au mieux les écoulements en aval.

Outre l’eau, la partie amont du bassin est pourvoyeuse en sédiments grâce à l’érosion des terres agricoles, des berges et du chenal de la rivière. Il est vrai que cette fonction de « zone source » est complexifiée dans le temps et l’espace fluvial par la présence d’obstacles transversaux (seuils, barrages).

Quoi qu’il en soit, la gestion des crues, dans la partie aval du bassin de l’Yerres, passe par un contrôle amont des écoulements d’eau et de sédiments. Les enjeux matériels et humains y étant globalement moins forts, agir dans les amonts ruraux est un gage de bonne gestion des crues à l’échelle de tout le bassin-versant et dans la partie aval en particulier. En effet, la partie aval du bassin de l’Yerres est hyper-urbanisée, ce qui signifie que la rivière a très peu d’espace de dissipation latérale des ondes de crue. Par conséquent, une façon d’atténuer les effets des inondations dans la partie aval passe inexorablement par des actions en amont. L’enjeu est de trouver alors des secteurs qui pourraient fonctionner comme des espaces de dissipation ou d’amortissement ou de stockage des ondes de crue, en même temps que d’autres vont au contraire jouer comme secteurs à écoulement rapide (dans le cas par exemple de tronçons fluviaux à enjeux forts). C’est l’un des objectifs de la collaboration engagée depuis 1998 entre le SyAGE et l’université Paris-Diderot : analyser le comportement de la rivière et ses affluents à l’échelle du bassin-versant et trouver les meilleurs ajustements qui puissent faire des fonds de vallée des espaces de bon fonctionnement hydrologique et sédimentaire.

 

Avez-vous des exemples d’autres bassins versants touchés par ce double phénomène, à la fois physique et démographique ?

En Haute-Normandie, le Pays de Caux, qui constitue la terminaison nord-occidentale du Bassin parisien au sens géologique, est régulièrement frappé par les inondations – les fameuses « crues turbides » – et l’érosion des terres agricoles. Le même phénomène démographique que celui observé dans le bassin de l’Yerres se reproduit ici. Les bassins versants amont ont été ruralisés du fait de la présence de très bons sols à haut rendement (ce sont les Loess ou les Limons des Plateaux). Et l’urbanisation s’est développée dans le fond des vallées et/ou à leur exutoire (c’est-à-dire au niveau des confluences fluviales ou des zones estuariennes). Cette analogie se limite toutefois à une différence : la présence de la Manche, à l’exutoire du bassin-versant, qui se substitue à la Seine…