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Confluences : de l’Orge à l’Yerres

Confluences est une série d’interviews croisées qui a pour ambition de confronter les points de vue des différents acteurs de l’environnement à travers le monde. Après avoir rencontré deux acteurs du SAGE, aujourd’hui, nous laissons la parole à Laura Stoll et Vincent Delecour, tous deux chargés de la valorisation du patrimoine naturel au Syndicat de l’Orge et au SyAGE.

 

Pouvez-vous nous présenter vos parcours ?

Laura Stoll – J’ai toujours voulu me diriger vers un métier me permettant d’exercer ma passion : le dessin. C’est pourquoi, après un baccalauréat littéraire option arts plastiques, j’ai validé un BTS Design d’Espace à l’Ecole de Condé, puis un BTSA d’Aménagement Paysager.

Cette expérience m’a permis de me familiariser avec un domaine qui m’était inconnu jusqu’alors, conciliant l’art et l’écologie. C’est à ce moment-là que j’ai su que le métier de paysagiste allait me convenir parfaitement.

Après plusieurs stages, j’ai finalement été admise à l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles. Dès la deuxième année de formation, j’ai choisi l’alternance afin de comprendre concrètement quelles sont les exigences de ce métier. C’est pourquoi j’ai postulé et été engagée en tant qu’apprentie au Syndicat de l’Orge à la rentrée 2015.

 

Vincent Delecour – Tout petit déjà, j’accompagnais mon père lors de promenades dans la nature. C’est là que j’ai découvert ma vocation. Adolescent, j’ai suivi un cursus lié à l’environnement : après une seconde agricole, j’ai validé un BTA Gestion de la Faune Sauvage, puis un BTSA Gestion et Protection de la Nature.

Alors que j’étais en âge d’effectuer mon service militaire, j’ai choisi d’opter pour le statut d’ « objecteur de conscience » – ancêtre du service civil – et l’ai effectué durant 12 mois au sein d’une association de protection de la nature ( la LPO ). Suite à cette première mission, j’y ai continué mon parcours en occupant le poste de garde technicien d’espaces naturels protégés en Charente-Maritime pendant 6 ans.

Après cette période, j’ai voulu élargir mes compétences en validant une Licence Professionnelle « Usages et Qualité de l’eau ». Ce qui m’a conduit par la suite à occuper le poste de responsable de l’équipe Rivière au SyAGE, puis de technicien chargé de la valorisation du patrimoine naturel.

Quelles sont les particularités floristiques des abords de votre rivière ?

L. S. – À l’image des bords de l’Yerres, ceux de l’Orge ne contiennent que peu d’espèces rares. Cependant, nous devons faire face à la prolifération d’espèces invasives comme la Renouée du Japon. Pour y remédier, nous procédons notamment à des broyages suivis par l’installation de bâches opaques qui neutralisent la lumière du soleil nécessaire à leur développement. D’autre part, nous procédons régulièrement à des renaturations de berges en replantant des espèces hélophytes pionnières afin de relancer l’écosystème indigène.

Nous travaillons aussi sur les abords de la rivière. Ceux-ci voient se côtoyer un grand nombre de milieux (prairies inondables, boisements, prairies sèches, etc) auxquels correspondent des flores variées. La qualité des sols participe à cette diversité. C’est pourquoi il est nécessaire de prendre en compte leurs caractéristiques dans la gestion de ces espaces. Par exemple, un sol chargé en azote verra se développer spontanément un panel d’espèces nitrophiles. Et la fauche de ce type de végétation nécessitera une évacuation immédiate des déchets chargés en azote.

 

Vincent-web V.D. – Les bords de l’Yerres sont principalement constitués d’une nature dite « ordinaire ». Elle mérite pour autant toute notre attention car elle compose la quasi-totalité des écosystèmes terrestres et aquatiques. À ce titre, elle est notre principal indicateur de l’état général de notre environnement.

D’autre part, de nombreuses « oasis de nature » ponctuent le linéaire de la rivière. Je pense à des espaces comme l’île des Prévôts à Crosne, la roselière de Chalandray à Montgeron, la Mare Hoffmann à Yerres, les vieilles peupleraies d’Épinay-sous-Sénart ou encore le ru de Rochopt situé dans la même commune. Tous ces endroits recèlent un charme paysager unique et un intérêt patrimonial et pédagogique évident.

La gestion différenciée que nous appliquons sur les berges de l’Yerres permet de maintenir un corridor écologique où la faune et à la flore s’épanouissent et circulent librement d’un réservoir de biodiversité à l’autre.

 

Quel est le défi auquel vous êtes confronté dans votre travail quotidien ?

L.S. – Quand je suis arrivée à mon poste, il a d’abord fallu que je fasse mes preuves. J’y suis parvenu grâce à la confiance que m’a accordée mon maître de stage et au professionnalisme de toute la structure. Depuis, il s’agit de tenir le rythme, plutôt intense, entre les cours et le Syndicat.

Mais, plus globalement, le défi du Service Paysage du Syndicat de l’Orge est de concevoir un espace public autour de la rivière, agréable et accessible à tous. Pour cela, nous avons notamment mis en place des installations permettant l’accueil des personnes à mobilité réduite.

V.D. – Les bords de l’Yerres ne doivent pas être aménagés et entretenus de façon ornementale, comme si l’on avait à faire à une nature qu’il fallait « domestiquer ». Faire évoluer ce point de vue est le principal défi auquel je suis confronté dans mon travail quotidien.

Aussi pour changer les mentalités, il faut d’abord développer les connaissances des riverains sur le patrimoine naturel de la vallée. C’est pour cela qu’au SyAGE, nous multiplions les actions de sensibilisation (participation à des salons, conseils aux services techniques des communes concernant la gestion écologique des espaces naturels, panneaux pédagogiques, publication d’un journal trimestriel, etc).

Confluences : le S.A.G.E. dans tous ses états

Avec cette rencontre entre Sophie Guégan, animatrice du S.A.G.E. de l’Yerres et Adrien Launay, animateur du Cher Aval, nous inaugurons une série qui a l’ambition de confronter les points de vue des différents acteurs de l’eau à travers le monde.  Confluences rend hommage à tous ceux qui se battent au quotidien pour protéger la ressource en eau et la faire bénéficier au maximum de monde, dans un esprit d’équité et de service.

 

Pouvez-vous nous présenter le parcours qui vous a conduit à devenir animateur S.A.G.E. du territoire dont vous vous occupez ?
Sophie Guégan

 

Sophie Guégan – Passionnée depuis mon enfance par la mer (merci aux émissions de Cousteau), je désirais exercer un métier en relation avec la nature. Je me suis donc orientée naturellement vers l’Océanographie à l’université Paris VI. Après un Diplôme d’Etudes Approfondies en Océanographie, météorologie, environnement, j’ai effectué une dernière année en école d’Ingénieur, ne désirant pas m’orienter vers les métiers de la recherche. J’ai réalisé mon stage de fin d’étude à l’Agence de l’eau Seine-Normandie puis j’ai travaillé en bureau d’études sur la gestion des berges du canal de Nantes à Brest. C’est ainsi que je suis passée de l’eau de mer à l’eau douce. J’ai travaillé ensuite pour le Syndicat de la Bourbince de 2005 à 2009, sur un contrat de restauration et d’entretien. Sur ce territoire j’ai participé au démarrage du SAGE Arroux-Bourbince. En 2009, j’ai été recruté pour être animatrice du SAGE de l’Yerres.

 

Adrien Launay – J’ai un parcours universitaire tourné initialement vers les sciences de la vie. Après un bac scientifique, j’ai obtenu une licence en biologie des organismes, puis un master en gestion intégrée des bassins versants à l’Université de Rennes 1. C’est un diplôme scientifique professionnalisant à double compétence écologie et hydrologie, qui intègre également du droit de l’environnement, de la sociologie, etc. Mon stage de première année (3 mois), effectué dans le Morbihan, a porté sur les bénéfices de la restauration du bocage en matière de gestion de la ressource en eau. Puis, en seconde année, j’ai effectué un stage de 6 mois au syndicat mixte du SAGE de la Canche, dans le Pas-de-Calais, où j’ai réalisé un diagnostic hydromorphologique de la rivière, préalable à un plan de gestion et de restauration. Ce travail m’a permis de me familiariser avec le fonctionnement des collectivités, d’une Commission Locale de l’Eau et d’étudier de manière concrète les différents compartiments du milieu aquatique. A la fin de mon cursus en 2008, j’ai postulé à l’Etablissement public Loire pour coordonner l’élaboration du SAGE Cher aval, que j’anime toujours aujourd’hui.

 

 

Quels ont été les événements qui ont donné lieu à la création d’un S.A.G.E. sur votre territoire ?

S.G. – Le bassin versant de l’Yerres est caractérisé par un amont rural et un aval urbanisé et présente des problématiques de qualité des eaux de surface et de nappe, de dégradation de la morphologie des cours d’eau ainsi que des problèmes d’inondations. Dans les années 2000, face au constat d’une qualité de l’eau dégradée et aux problématiques récurrentes d’inondations, les élus du territoire ont décidé de s’engager dans une démarche globale de gestion de l’eau à une échelle cohérente. Parallèlement, la Directive Cadre sur l’Eau a poussé les élus locaux à s’organiser et à se réunir en Commission Locale de l’Eau pour élaborer un document fixant des objectifs d’atteinte du bon état des eaux : le SAGE de l’Yerres était né. Enfin le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux Seine-Normandie de 1996 avait identifié le territoire de l’Yerres comme SAGE prioritaire.

cher-avalA.L. – Un projet de barrage sur le Cher à proximité de la commune de Chambonchard, porté par l’Établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents (EPALA), était contesté par des associations de protection de la nature et de l’environnement, en parallèle d’autres projets du bassin versant de la Loire (le Veurdre, Serre de la Fare, …). Suite à la décision gouvernementale d’abandonner ce projet de barrage de Chambonchard, les pouvoirs publics ont préconisé d’engager une démarche de type SAGE sur le bassin versant du Cher. D’ailleurs, dès 1996, le bassin versant du Cher, des sources à Vierzon, est inscrit au Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Loire-Bretagne comme unité hydrographique devant faire l’objet d’un SAGE prioritaire. A l’issue d’une étude préalable lancée par l’Etablissement public Loire (anciennement EPALA) en 2003 et des consultations des collectivités locales, deux projets de périmètres ont été retenus : Cher amont, des sources à Vierzon, et Cher aval, de Vierzon à la confluence avec la Loire. Ils ont été adoptés par le comité de bassin Loire-Bretagne le 8 juillet 2004.

 

Quel est le défi auquel vous êtes confronté dans votre travail d’animateur?

S.G. – Je dirai qu’il y en a plusieurs. Le SAGE de l’Yerres a été approuvé par arrêté interpréfectoral le 13 octobre 2011. Au cours de son élaboration de 2002 à 2011, le défi majeur a été de conserver la dynamique locale, et de trouver les meilleurs consensus pour tenir à la fois les objectifs d’atteinte du bon état des eaux et les activités économiques du territoire. Ce défi est toujours d’actualité d’ailleurs. Aujourd’hui en phase de mise en œuvre, il faut mobiliser les communes afin qu’elles rendent leurs documents d’urbanisme compatibles avec le SAGE. C’est un travail de proximité, car même avec l’élaboration d’un guide, il est nécessaire d’aller les rencontrer personnellement pour leur expliquer comment le SAGE se décline dans les documents d’urbanisme. Mais il y a bien d’autres défis et notamment celui de faire adhérer les élus à la démarche des contrats de bassin. Nous en avons deux en application sur le territoire du SAGE. C’est un travail quotidien pour les animatrices de contrat et pour moi-même de convaincre, de mobiliser, d’insuffler de l’énergie pour que l’atteinte du bon état des eaux soit respectée.

A.L. – Plusieurs défis sont à relever dans la mise en œuvre du SAGE Cher aval. Tout d’abord, la multiplicité des acteurs et l’incertitude quant à leurs compétences propres à long terme rendent difficile la gestion coordonnée et cohérente de l’axe Cher (domaine public fluvial transférable) et de ses affluents, en terme de restauration de la qualité des milieux aquatiques. Cela est d’autant plus vrai que sur certains bassins particulièrement petits, les syndicats, lorsqu’ils existent, disposent de très peu de moyens humains ou de financements pour mener de telles actions. Ensuite, la gestion actuelle des barrages du Cher canalisé est un vrai sujet de divergences tant sur le plan technique que politique. L’incompatibilité partielle entre certains usages, notamment la navigation touristique, et les obligations légales d’assurer la continuité écologique font que les oppositions sont fréquentes entre les acteurs. L’enjeu ici est de définir un mode d’aménagement et de gestion durable de la masse d’eau du Cher canalisé, conciliant l’atteinte des objectifs écologiques avec les activités socio-économiques. Cela passe par une approche différenciée en fonction des périodes de l’année et nuancée par sections de biefs, avec des vocations complémentaires.