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Mise en œuvre du SAGE de l’Yerres : des résultats encourageants pour l’avenir !


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À l’approche du comité de pilotage qui se déroulera la semaine prochaine, nous vous proposons de revenir sur les grands enjeux et les objectifs attendus dans le cadre du contrat de bassin de l’Yerres amont et de ses affluents en compagnie d’Amélie Agogué, animatrice de ce programme d’actions visant à protéger la ressource en eau.

Le jeudi 14 avril, le COPIL (Comité de pilotage) se réunira à Tournan-en-Brie pour faire le point sur les réalisations menées l’année passée sur le territoire concerné par le contrat de bassin 2014-2018.
Ce rendez-vous annuel réunissant les maîtres d’ouvrage, représentants de l’État, collectivités territoriales et des membres du SyAGE définira également les grandes orientations à venir pour atteindre les objectifs initiaux suivant un calendrier prévisionnel. L’occasion pour nous de vous présenter le bilan des engagements respectifs de tous les acteurs pour améliorer l’état des masses d’eau dans cette partie du bassin versant de l’Yerres.

 

Parmi les grand enjeux énoncés, l’amélioration de la qualité des eaux superficielles et souterraines reste l’une des principales priorités du contrat, pouvez-vous nous présenter les réalisations phares sur cette thématique qui ont vu le jour en 2015 ?

Tout d’abord, des actions structurantes et pérennes ont été menées concernant les eaux usées.
D’importants chantiers d’assainissement collectif ont démarré à La Croix-en-Brie et à  Solers, ce qui améliorera à terme la qualité de l’Yvron et de l’Yerres. On peut également souligner l’engagement d’opérations de réhabilitation des installations d’assainissement non collectif, par exemple sur le secteur des Gués de l’Yerres. Par ailleurs, des démarches préventives ont été engagées pour la protection de la ressource en eau captée dans la nappe du Champigny. Cette nappe utilisée pour l’eau potable subit la pression polluante d’activités s’exerçant en surface ; les démarches engagées visent à prévenir ces pollutions diffuses, résultant de l’épandage de produits phytosanitaires par exemple.

 

La restauration des milieux aquatiques et plus particulièrement la préservation des zones humides demeure un objectif majeur pour préserver la biodiversité de nos rivières, quels sont les défis que vous rencontrez aujourd’hui ?

Effectivement, l’atteinte du bon état des rivières passera nécessairement par un meilleur respect du grand cycle de l’eau et la reconquête des fonctionnalités écologiques des milieux aquatiques.

Ce volet du contrat n’est pas toujours plébiscité par les maîtres d’ouvrage, car il touche à des enjeux socio-économiques et privés et pas simplement à des compétences institutionnelles ou techniques. Par exemple, l’eau est un bien commun mais les rives de l’Yerres et de ses affluents sont privées.

C’est un domaine où il faut chercher à concilier les usages avec les objectifs assignés par les politiques de l’eau. Une approche transversale et multipartenariale est donc nécessaire pour que la reconquête des milieux aquatiques résulte d’un consensus sur le territoire. Mon rôle d’animatrice consiste à faciliter cette coordination, mais certains ingrédients de base sont indispensables, notamment au niveau politique et financier.

 

Dans la perspective de l’interdiction d’utiliser des produits phytosanitaires pour entretenir les espaces verts en 2017, quels sont les aménagements prévus par les collectivités locales pour développer de nouvelles pratiques ?

La majorité des communes du territoire est déjà consciente de l’intérêt de raisonner et de diminuer l’emploi des produits phytosanitaires. La démarche peut aller jusqu’au « zéro phyto », c’est à-dire l’abandon total des produits de désherbage. De ce fait, l’entretien est mieux ciblé et différencié selon les espaces. Le savoir-faire des jardiniers est davantage sollicité pour composer et aménager les espaces (choix des variétés, plantes couvre sol, jachères, enherbement, etc.). Si nécessaire, il est toujours possible d’avoir recours à des techniques alternatives aux produits chimiques : désherbage manuel, mécanique ou thermique.

« Il faut montrer qu’il y a des alternatives viables face aux problèmes que posent les produits phytosanitaires »

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Piloté par les Ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, le plan Ecophyto 2 a été mis en place fin 2015, et vise à réaffirmer un objectif de diminution du recours aux produits phytosanitaires avec notamment une interdiction de la vente des herbicides de type glyphosates en libre-service dès le 1er Janvier 2017.
 
La mise en place de ces nouvelles réglementations sont l’occasion pour nous de vous apporter un éclairage sur le sujet, en compagnie d’Amandine Lebreton, coordinatrice agriculture / alimentation pour la Fondation Nicolas Hulot.

 
 
 

Outre les interdictions à venir de leur vente ou de leur utilisation, les principaux moyens pour inciter à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires consistent en une application du principe pollueur-payeur ou en une promotion des méthodes alternatives. Selon vous lequel de ces moyens a apporté le plus de résultats ?

Ces deux méthodes ne sont pas à opposer. Au contraire, elles doivent être complémentaires. Ainsi le principe pollueur-payeur sera beaucoup plus efficace si les sommes récupérées servent à financer intégralement les méthodes alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires. C’est aujourd’hui partiellement le cas, mais cette tendance doit s’accentuer car elle donne des résultats efficaces.

Ainsi, le réseau de fermes « Dephy », créé à l’occasion du plan « Ecophyto » et spécialisé dans l’expérimentation des systèmes économes en produits phytosanitaires, a pu montrer qu’en raisonnant l’utilisation des pesticides, il était possible de réduire de 15 % leur usage.

 

Les insecticides de type néonicotinoïdes sont accusés d’être responsables du déclin des insectes de type pollinisateurs, dont les abeilles. L’interdiction de plusieurs de ces produits dès 2008 en Italie a fait chuter la mortalité des ruches de 37 à 15 % en 3 ans. Tandis que le 22 Janvier 2016, les Sénateurs français ont repoussé l’interdiction de l’usage de ces produits. Comment expliquez-vous cette différence de mentalité ?

Tout changement se fait dans la durée, c’est indéniable. Et l’Italie ne fait pas exception à cette règle : il a fallu une succession de prises de conscience pour arriver à ce résultat.

Néanmoins, partout dans le monde, les études sur les pesticides néonicotinoïdes se succèdent et prouvent leur impact sur l’ensemble des écosystèmes. L’année dernière, il est même sorti une étude dans laquelle il était affirmé que ces produits pouvaient avoir un impact sur le développement du cerveau des enfants. Il est donc légitime de se demander ce qu’on doit attendre de plus pour légiférer sur leurs interdictions.

Aujourd’hui, les parlementaires de tous bords politiques ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile deviennent de plus en plus convaincus de l’impact néfaste des néonicotinoïdes sur notre santé et notre environnement. J’espère donc que le nouveau passage de la loi Biodiversité à l’Assemblée Nationale en Mars sera couronné de succès.

 

La nécessaire réduction des produits phytosanitaires en milieu agricole et non agricole est acceptée et comprise par la grande majorité des français. Que voudriez-vous dire à ceux qui aujourd’hui en doutent encore ?

Même si une grande partie de notre alimentation a été produite en utilisant des pesticides, il ne faut pas pour autant en déduire qu’il est impossible de faire autrement.

J’invite, par exemple, ceux qui en doutent encore, à lire l’étude « Ecophyto R&D », réalisée par l’INRA. Ses résultats montrent qu’il est possible de réduire de 40% l’utilisation de pesticides en grande culture, certes en diminuant les rendements mais toujours en maintenant les marges.

L’idée, donc, n’est pas d’être alarmiste, mais de montrer qu’il y a des alternatives viables face aux problèmes que posent les produits phytosanitaires.

De la Terre jusqu’aux étoiles : rencontre avec Hubert Reeves

 

HReeves

© John Foley

L’astrophysicien et président d’honneur d’Humanité et Biodiversité Hubert Reeves nous a fait l’honneur d’une rencontre. L’occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur ce brillant savant qui fait rimer découverte de l’espace et protection de notre environnement …

 

Est-ce votre qualité de témoin de l’infiniment grand qui vous rend d’autant plus sensible à la fragilité, à la précarité et donc au caractère précieux de notre environnement ?

Hubert Reeves – En effet, j’ai voulu exercer un métier qui me fasse une place dans le monde scientifique. La recherche est passionnante qui mène à un accroissement des connaissances le plus objectivement possible. J’ai choisi l’astrophysique pour les mathématiques, leur logique, leur beauté formelle… Donc je suis devenu astrophysicien et si c’était à refaire, je ferais de même !

On me dit souvent que j’ai fait rêver. Les étoiles illuminent le ciel mais aussi la vie des gens. Oui mais, prenant conscience des problèmes terrestres, j’ai maintenant tendance à ramener tout le monde sur Terre… D’autant que je suis grand-père et que je voudrais pouvoir préserver mes petits-enfants, et tous les petits-enfants, du sort qui les attend si nous, les adultes d’aujourd’hui, restons passifs.

 

À l’approche de la COP21, cette nécessité d’agir n’a jamais été aussi pressante …

Face au dérèglement climatique, dû aux émissions de gaz à effet de serre, doublé de la perte de biodiversité – érosion liée à une exploitation outrancière des richesses naturelles – il est grand temps de changer d’ère !

L’astrophysicien que je reste est aussi un citoyen qui s’efforce de montrer combien la présence des humains sur Terre qui résulte de tant d’évènements cosmiques, doit être préservée.

 

Hubert Reeves

Astrophysicien

www.hubertreeves.info

Président d’honneur de Humanité et Biodiversité

www.humanite-biodiversite.fr

 

 

 

 

3 questions à Nadine Bellon, coordinatrice au SyAGE pour le dispositif classe d’eau de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie

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Qu’est-ce qu’une classe d’eau ?

La classe d’eau est un module éducatif dont l’objectif est de responsabiliser différents publics à la protection de l’eau. Véritable éducation à la citoyenneté, la classe d’eau permet ainsi d’acquérir les informations de base sur la façon dont l’eau est gérée et sur la répartition des rôles dans ce domaine. Elle est également l’occasion de s’intéresser à l’état des ressources en eau dans le monde. Basée sur une pédagogie active, la classe d’eau associe visites sur le terrain, rencontres avec des acteurs de l’eau, travail en groupe et productions collectives. D’autres formules sont proposées à divers publics. Pour avoir des informations sur celles-ci, n’hésitez pas à vous rapprocher de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie.


Quel est le rôle du SyAGE dans l’organisation des classes d’eau ?

Le SyAGE est votre interlocuteur privilégié pour la création des classes d’eau, sur les 18 communes du territoire historique du Syndicat. Il permet aux organisateurs des classes d’eau de disposer d’informations de proximité et de bénéficier d’une subvention supplémentaire accordée par nos soins.

C’est pourquoi j’assiste les établissements et les enseignants pour le montage pédagogique, administratif et financier du projet et en m’assurant du bon renseignement du formulaire de candidature à la classe d’eau (que vous pouvez vous procurer en me contactant).

Quels conseils donneriez-vous aux enseignants qui veulent organiser ce type d’événement ?

L’objectif des classes d’eau est de sensibiliser aujourd’hui les usagers de demain.

Pour l’organisation de votre classe d’eau, n’hésitez pas à privilégier la découverte de l’environnement local. Les bords de l’Yerres, par exemple, sont des milieux permettant à petits et grands de découvrir, au grand air, la faune et la flore de notre vallée. La visite d’une caserne de pompiers vous permettra de comprendre la façon dont est utilisée l’eau dans le cadre des services de secours. Ou encore une immersion en forêt de Sénart vous fournira de précieux renseignements sur l’écosystème forestier.

La dépollution : un enjeu de société

Gerard Payen Aquafed Paris Janvier 2009Rencontre avec Gérard Payen, conseiller du Secrétaire général de l’ONU pour les questions liées à l’eau .

 

 

Dans votre livre De l’eau pour tous ! Abandonner les idées reçues, affronter les réalités (Armand Colin, 2012), vous affirmez que « la réutilisation des eaux urbaines en irrigation est de plus en plus développée dans les pays arides ou confrontés aux tensions hydriques ». Vous rajoutez que « c’est une façon de combiner les usages de façon extrêmement astucieuse, puisque la ville alimente dans ce cas la campagne ». Ce type de réutilisation est-il uniquement développé dans les pays arides ou confrontés aux tensions hydriques ?

 

La réutilisation des eaux urbaines en irrigation sert à résoudre un problème quantitatif, celui de satisfaire tous les besoins d’un territoire lorsque les quantités d’eau renouvelées chaque année sont difficiles à mobiliser en quantité suffisante.

 Face à ce problème de stress hydrique, trois réponses sont envisageables. Premièrement, trouver des ressources supplémentaires. Deuxièmement, faire des économies d’eau. Troisièmement, organiser la recirculation de l’eau, c’est-à-dire faire en sorte d’utiliser l’eau plusieurs fois avant de la rendre à la mer.

 Cette réutilisation est simple à mettre en œuvre pour certains usages. Ainsi, pour les barrages hydro-électriques, l’utilisation de l’eau est facilement suivie d’un recyclage. De même, pour le refroidissement des centrales thermiques, la qualité de l’eau recyclée ne diffère pas sensiblement de celle utilisée pour créer de l’énergie. Sa température plus élevée peut être un problème pour certains écosystèmes, mais non pour les usages que l’homme peut en faire.

 La réutilisation des eaux urbaines nécessite une dépollution. Elle se développe dans de nombreux pays. Les coûts ne sont pas les mêmes selon la destination de l’eau : irrigation agricole, usage industriel, ou alimentation de populations. Pour qu’elle redevienne potable, l’eau demande une dépollution très poussée, donc plus chère. L’irrigation exige un traitement moins coûteux, c’est en conséquence la voie prioritaire.

 Irriguer avec des eaux usées est une pratique très ancienne. Mais aujourd’hui, on prend beaucoup plus de précautions. Il s’agit d’assurer une qualité convenable aux eaux recyclées en maitrisant la nature des pollutions transportées et en appliquant une épuration adaptée. La France est un exemple de pays où la première exigence fonctionne lorsque la qualité des eaux d’égouts est maîtrisée par l’intermédiaire de conventions de déversement pour les industriels. C’est cependant un pays où les besoins en eau n’augmentent pas.

 A l’opposé, la réutilisation des eaux urbaines se développe dans la plupart des pays où il y a des tensions hydriques importantes. L’épuration de l’eau après usage y est économiquement viable car elle coûte souvent moins cher que de dessaler de l’eau de mer. En Espagne, les golfs ne peuvent être arrosés qu’avec des eaux recyclées. En Tunisie, les eaux urbaines sont largement réutilisées en irrigation agricole. Cela permet à ce pays de faire face à ses problèmes de pénuries d’eau.

 

Des pays aux climats continentaux ont-ils pu s’essayer à ce nouveau type d’organisation des usages de l’eau ?

 

Bien sûr, les pays arides ont été les premiers concernés. Mais, le stress hydrique croit dans la majorité des pays indépendamment du climat. Aujourd’hui, un quart de l’humanité vit sur un territoire souffrant de stress hydrique sévère et cette situation s’aggrave. La principale cause de cette dynamique est l’augmentation des demandes en eau résultant de la croissance urbaine, du développement industriel et de l’accroissement de l’irrigation. Le recyclage organisé des eaux après usage se justifie dans tous les endroits où l’augmentation des besoins ne peut trouver des réponses locales plus économiques. Il se développe en conséquence dans des pays avec des climats très variés.

 

A supposer qu’il y en ait, quels peuvent être les freins démographiques, politiques ou économiques empêchant ce nouveau type d’organisation de se propager ?

Dans certains pays, l’opinion publique peut avoir peur que les eaux usées contaminent les productions agricoles alimentaires. Mais si l’épuration est correctement faite, la population peut être rassurée.

Des obstacles institutionnels existent dans de nombreux pays. Il convient en effet d’organiser et de créer des institutions capables d’organiser et imposer dialogue et solutions de recyclage entre des secteurs d’activité très différents souvent rattachés à plusieurs ministères.

Economiquement, la dépollution permettant de réutiliser l’eau qui sort des villes en irrigation a un coût qui se peut se répercuter sur le prix de l’eau pour les agriculteurs. Habitués à irriguer leurs champs avec une eau peu coûteuse, les producteurs qui bénéficient de ce nouveau type d’organisation doivent alors privilégier des variétés à haute valeur ajoutée.

 

Dans votre livre, vous dites qu’« il est très difficile de faire accepter l’idée que l’eau peut retrouver toutes ses qualités après traitements poussées de dépollution ». Estimez-vous que la persistance de cette idée reçue vient du fait que les processus de dépollution sont toujours pensé comme artificiels ?

Essentielle à la vie, l’eau a un coût auquel il est souhaitable que chaque utilisateur participe.

L’opinion publique a effectivement tendance à faire confiance aux processus naturels et à se méfier des systèmes industriels, bien que ces derniers puissent faire un travail d’excellente qualité.

Le passage par la case nature permet ainsi aux Français de pratiquer le recyclage des eaux usées sans en avoir conscience. Enormément d’agglomérations font subir des traitements épuratoires poussés à leurs eaux usées puis les rejettent dans des rivières. Une pollution résiduelle subsiste dans ces eaux. Celle-ci sera traitée et largement éliminée par le biais de la dépollution naturelle qui se fait dans le cours d’eau. 50 kilomètres en aval, une autre ville viendra pomper dans cette même rivière pour faire de l’eau potable, et cela ne posera de problème à personne, en raison de la grande confiance en l’efficacité des processus naturels. Il n’empêche que l’eau redevenue potable aura déjà servi quelque part. Par exemple, il est probable que l’eau qui s’écoule dans le bassin de la Seine soit réutilisée plusieurs fois de cette manière avant d’arriver à la mer.

Mais la défiance habituelle envers les processus industriels ne s’applique pas forcément aux stations d’épuration. Depuis des décennies, tous les sondages montrent que les français font confiance à ces systèmes industriels de dépollution. En effet, plus de la moitié des habitants sont persuadés que l’eau de leur robinet est une eau usée qui a été traitée, épurée et purifiée. Pourtant cela est faux. En France, pays de climat tempéré et de densité de population modérée, il n’y a jamais eu de stress hydrique conduisant à prendre directement des eaux usées urbaines pour faire de l’eau potable. Cette croyance erronée mais persistante montre que l’opinion publique française confond les usines de traitements d’eaux et les stations d’épuration. Les français sont persuadés que leur eau potable vient des stations d’épuration, et pourtant cela n’a jamais donné lieu à des contestations ! En Australie, le gouvernement a voulu créer de véritables installations de traitements des eaux urbaines pour faire de l’eau potable. Il y a eu alors des manifestations publiques d’opposition.

 

Vous estimez que « la maîtrise de la pollution est une problématique essentiellement collective, du ressort des pouvoirs publics, seuls à même d’imposer des obligations aux différents types de pollueurs ». De ce point de vue, le principe pollueur/payeur selon lequel « les frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de lutte contre celle-ci doivent être supportés par le pollueur » vous semble-t-il efficace ?

Bien sûr, c’est une très bonne solution, lorsqu’elle est effectivement appliquée.

Essentielle à la vie et aux activités humaines, l’eau a un coût auquel il est souhaitable que chaque utilisateur participe s’il en a les moyens. Mais personne n’a envie de payer pour les autres et si chacun voit bien l’intérêt de payer pour avoir de l’eau potable, il est clair que dépolluer les eaux que l’on a utilisées pour qu’elles puissent servir à d’autres représente un cout qui n’apporte aucun bénéfice au pollueur. Les particuliers n’investissent pas naturellement dans des installations performantes d’épuration individuelles. Sauf exception, les municipalités et les industriels n’investissent dans des usines de traitement des eaux usées que s’ils y sont contraints par la règlementation. Les obligations légales ou réglementaires induites par le principe pollueur-payeur créent la solidarité qui est nécessaire entre tous les utilisateurs des mêmes ressources en eau, solidarité qui n’apparaitrait pas spontanément.

Par ailleurs, ce principe pollueur-payeur est une incitation pour les entreprises à mieux gérer leur pollution, ce qui leur permet alors de recycler l’eau en interne. En effet, si l’eau polluée n’est pas rejetée à l’extérieur, aucune redevance de pollution n’est à payer.

 

 

Géographie de l’eau


Gilles Arnaud-Fassetta, géographe physicien (hydrogéomorphologue) à l’université Paris-Diderot (Paris 7), et membre du laboratoire PRODIG (UMR 8586), travaille en collaboration avec le SyAGE depuis plus de 15 ans.
Beaucoup parmi ses étudiants sont venus rejoindre les rangs du Syndicat, que ce soit en tant qu’agent, stagiaire, ou même pour préparer une thèse ! Il ne nous en fallait pas plus pour aiguiser notre curiosité, et aller à la rencontre de ce Professeur des Universités dont l’une des tâches, hormis l’enseignement et la recherche, est de s’attacher à tisser des liens durables dans des structures extra-universitaires, pour le développement de ses propres recherches appliquées et celles de ses étudiants…

 

 

 

Pouvez-vous faire une rapide présentation de votre parcours ?

J’ai accompli mes études de géographie à l’université de Provence à Aix-en-Provence. Après avoir validé un DEA, j’ai soutenu en 1998 une thèse de 3ème cycle sur l’histoire hydrologique du Rhône en Camargue. La même année, j’ai postulé et obtenu un poste de Maître de conférences en géographie physique à l’université Paris-Diderot. J’y ai enseigné jusqu’en 2009 et soutenu mon HDR sur « L’hydrogéomorphologie fluviale des hauts bassins montagnards aux plaines côtières : entre géographie des risques, géoarchéologie et géosciences » (2007). Puis, j’ai été nommé Professeur à l’université Paris-Est Créteil (2009-2012) et membre du LGP (Laboratoire de Géographie Physique de Meudon). L’obtention d’un poste de Professeur de géographie à Paris-Diderot m’a permis de revenir dans mon université d’origine. Depuis 2012, j’y exerce mes fonctions d’enseignant en géographie physique et environnement et suis rattaché à l’UMR PRODIG (Pôle de recherches pour l’organisation et la diffusion de l’information géographique). Je suis également responsable du master DYNARISK (Dynamique des milieux et risques) associant les universités Paris 1, 7 et 12.

 

Votre thèse de doctorat portait sur les « Dynamiques fluviales holocènes dans le delta du Rhône ». Un delta est l’endroit où les eaux se dispersent pour alimenter un même niveau de base. À l’inverse, un bassin-versant est un endroit où les eaux sont destinées à se regrouper pour alimenter un même exutoire. En quoi les investigations propres à chacun de ces espaces géographiques s’enrichissent-elles mutuellement ?

Étudier un delta sur le long terme (10 000 ans) conduit tôt ou tard à devoir s’interroger sur ce qui se passe en amont et en aval de cette plaine, dans le but de mieux comprendre les facteurs physiques et humains qui contrôlent son évolution. La prise en compte de l’amont (i.e., le bassin-versant ) permet de raisonner sur la variabilité des sources d’eau et de sédiment parvenant jusqu’à la plaine et qui, sans elles, n’existerait pas ; l’aval (ici, la Méditerranée !) permet d’expliquer l’évolution géomorphologique de la plaine, le façonnement des franges deltaïques (les plages), la répartition, à l’intérieur du delta, des eaux douces, saumâtres et salées dont dépendent la végétation, l’avifaune , les Hommes, qu’il se soit agi des Romains ou des actuels pêcheurs de telline… C’est tout cela, par le biais de l’analyse systémique, intégrée, multifactorielle,… qui permet d’expliquer les particularités écologiques, hydrologiques, sédimentaires, sociétales des espaces géographiques ancrés dans l’hydrosystème. On pourrait voir les choses de la même manière dans le cas de la vallée de l’Yerres qui, par exemple de Brunoy à Crosne, dépend tout à la fois des apports liquides-solides du bassin-versant que du niveau de base (ici la Seine).

 

Le bassin-versant de l’Yerres est fortement marqué par une dissension entre l’amont, rural, et l’aval, fortement urbanisé. Quelles sont les conséquences de cette particularité ?

La gestion des crues, dans la partie aval du bassin de l’Yerres, passe par un contrôle amont des écoulements d’eau et de sédiments.

La rivière est moins contrainte latéralement en amont qu’en aval ou, tout au moins, de façon différente. Quand la pluie tombe sur le bassin amont, les eaux de ruissellement qui en résultent ont plus d’espace à disposition pour être stockées et inonder sans trop de gravité. Bien sûr, se pose ensuite la question de comment gérer au mieux les écoulements en aval.

Outre l’eau, la partie amont du bassin est pourvoyeuse en sédiments grâce à l’érosion des terres agricoles, des berges et du chenal de la rivière. Il est vrai que cette fonction de « zone source » est complexifiée dans le temps et l’espace fluvial par la présence d’obstacles transversaux (seuils, barrages).

Quoi qu’il en soit, la gestion des crues, dans la partie aval du bassin de l’Yerres, passe par un contrôle amont des écoulements d’eau et de sédiments. Les enjeux matériels et humains y étant globalement moins forts, agir dans les amonts ruraux est un gage de bonne gestion des crues à l’échelle de tout le bassin-versant et dans la partie aval en particulier. En effet, la partie aval du bassin de l’Yerres est hyper-urbanisée, ce qui signifie que la rivière a très peu d’espace de dissipation latérale des ondes de crue. Par conséquent, une façon d’atténuer les effets des inondations dans la partie aval passe inexorablement par des actions en amont. L’enjeu est de trouver alors des secteurs qui pourraient fonctionner comme des espaces de dissipation ou d’amortissement ou de stockage des ondes de crue, en même temps que d’autres vont au contraire jouer comme secteurs à écoulement rapide (dans le cas par exemple de tronçons fluviaux à enjeux forts). C’est l’un des objectifs de la collaboration engagée depuis 1998 entre le SyAGE et l’université Paris-Diderot : analyser le comportement de la rivière et ses affluents à l’échelle du bassin-versant et trouver les meilleurs ajustements qui puissent faire des fonds de vallée des espaces de bon fonctionnement hydrologique et sédimentaire.

 

Avez-vous des exemples d’autres bassins versants touchés par ce double phénomène, à la fois physique et démographique ?

En Haute-Normandie, le Pays de Caux, qui constitue la terminaison nord-occidentale du Bassin parisien au sens géologique, est régulièrement frappé par les inondations – les fameuses « crues turbides » – et l’érosion des terres agricoles. Le même phénomène démographique que celui observé dans le bassin de l’Yerres se reproduit ici. Les bassins versants amont ont été ruralisés du fait de la présence de très bons sols à haut rendement (ce sont les Loess ou les Limons des Plateaux). Et l’urbanisation s’est développée dans le fond des vallées et/ou à leur exutoire (c’est-à-dire au niveau des confluences fluviales ou des zones estuariennes). Cette analogie se limite toutefois à une différence : la présence de la Manche, à l’exutoire du bassin-versant, qui se substitue à la Seine…