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Le rôle du SyAGE : faire cohabiter l’homme avec son environnement

Young Couple Enjoying Near River With Swans Around

Gérer l’Yerres de sa source jusqu’à sa confluence suppose de concilier l’urbanisation de la vallée et le fonctionnement naturel de la rivière. Faire cohabiter l’homme et son environnement, l’expertise technique et la préservation des milieux naturels : voilà le défi relevé par notre Syndicat.

 

Réconcilier l’homme et la rivière

Suite à la crue de 1978, le SyAGE a installé 8 barrages sur le linéaire de la rivière. Ces installations sont nécessaires à la régulation de l’Yerres . En effet, toutes les rivières alternent entre des périodes d’étiages et de crues. L’étiage correspond statistiquement à la période de l’année où le niveau de l’eau est le plus bas. Pour l’Yerres, elle s’étend de juillet à septembre. La crue, au contraire, est définie par l’accroissement de l’écoulement d’un cours d’eau provoquant le débordement du lit mineur. Pour l’Yerres, elle se situe d’octobre à avril.

Pour mieux accompagner les habitants de la vallée dans la gestion du risque de crue, le SyAGE porte depuis le 17 octobre 2012 un Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI). Ce programme a un double objectif : avoir une connaissance globale du phénomène de crue à l’échelle du bassin versant, et raviver la conscience du risque et la culture de la crue chez les riverains. En effet, par le biais de ce programme, une multitude d’outils (programme pédagogique, aide à la rédaction du Plan Communal de Sauvegarde, etc) sont mis à disposition des communes comme des riverains pour mieux les aider à appréhender le fonctionnement naturel de la rivière, et à tout faire pour préserver leurs habitations des éventuels dommages qu’elle peut leur infliger.

En plus des actions de régulation de l’Yerres effectuées par l’homme et de la sensibilisation des riverains au risque de crue, il est nécessaire d’agir en amont du problème et de comprendre quels sont les mécanismes qui font que la rivière se régule d’elle-même et d’adapter nos comportements …

Les zones humides

La renaturation des zones humides sur le territoire de la vallée fait aussi partie des compétences du Syndicat, dans le cadre de la mise en œuvre du SAGE (Schéma d’Aménagement de Gestion des Eaux). Au carrefour des écosystèmes terrestres et aquatiques, ces espaces sont de véritables foyers de vie favorisant une grande biodiversité. Les zones humides, par exemple, ont la faveur des batraciens qui y accomplissent l’intégralité de leur cycle biologique (reproduction, alimentation, refuge, hibernage).

Outre leurs fonctions biologiques évidentes, les zones humides participent à la régulation du débit de l’Yerres. En effet, grâce à leur fonction de zone tampon, elles permettent d’atténuer les crues et fournissent un  » soutien  » à la rivière en cas d’étiage trop important. Leur capacité de stocker et de restituer progressivement de grandes quantités d’eau, permet l’alimentation des nappes d’eau souterraines et superficielles. Et en favorisant l’épuration grâce à leur riche biocœnose, les zones humides participent à la préservation de la qualité de l’eau.

L’Yerres et ses zones humides ne font qu’un ; préservons-les ensemble.

Les zones humides, refuges de biodiversité

Ardcin

Les zones humides sont d’incroyables lieux de vies où faune et flore se retrouvent pour y vivre en parfaite harmonie …

Véritables poumons écologiques, ces milieux remplissent une multitude de fonctions, qui leur ont valu de faire l’objet de réglementations nationales et internationales successives.

Une protection réglementée

La Convention de Ramsar est le plus ancien de tous ces accords. Le traité a été négocié dans les années 1960 par différents pays et organisations non gouvernementales préoccupés par la perte et la dégradation croissantes des habitats en zones humides pour les oiseaux d’eau migrateurs. Adopté dans la ville iranienne de Ramsar en 1971, il est entré en vigueur en 1975. Selon l’article premier de ce traité :

« les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturels ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres »

En France, l’article 2 de la loi sur l’eau du 3 janvier 1992 a précisé cette définition en y ajoutant la présence de plantes hélophytes.

Une dépollution naturelle

Une plante est dite « hélophyte » quand elle est enracinée sous l’eau, et qu’une partie de sa tige et de ses feuilles sont à l’air libre. Dans ce groupement végétal herbacé, on trouve le roseau commun, l’iris faux acore, les joncs, les carex, le populage des marais, la salicaire en épi, et bien d’autres.

Les hélophytes sont essentielles pour le bon fonctionnement des zones humides et des cours d’eau en général. Leurs racines (ou plutôt rhizomes) structurent, protègent et limitent l’érosion du sol et des berges. Mais aussi filtrent l’eau, la rendant plus limpide, fixant au passage certaines molécules comme l’azote et le phosphore particulièrement problématiques lorsqu’elles sont en excès dans les cours d’eau. Enfin, leurs feuillages apportent ombre, oxygène, et couvert pour nombre d’animaux…

Un refuge efficace

Bien que les zones humides ne couvrent que 3 % du territoire de la France métropolitaine, elles hébergent un tiers des espèces végétales remarquables ou menacées, la moitié des espèces d’oiseaux et nombre d’espèces d’amphibiens et de poissons.

Dans la vallée de l’Yerres, les rousserolles verderolle et effarvatte, par exemple, viennent nicher dans les roselières des zones humides. En plus d’être des lieux isolés et tranquilles, ce qu’apprécient les oiseaux en période de reproduction, ces milieux regorgent d’invertébrés de toutes sortes : papillons, araignées, chenilles…, offrant aux jeunes parents un garde-manger bien rempli, idéal pour nourrir leurs oisillons.

Hérons cendrés, Poules d’eau, Canards colvert, Cygnes tuberculés, Bergeronnettes des ruisseaux, Martins pêcheurs … Une pléthore d’oiseaux migrateurs et sédentaires peuplent les zones humides tout au long de l’année.

Mais la faune qui s’y épanouit ne se limite pas aux oiseaux bien entendu. On peut y observer, des mollusques (limnées, planorbes), des crustacés (écrevisses), des insectes (coléoptères, libellules, papillons, mouches, moustiques), des batraciens (grenouilles, crapauds, tritons, salamandres), des reptiles (couleuvres, tortues), des mammifères (loutres, visons, campagnols, musaraignes).

Les zones humides regorgent de vie !

Une régulation naturelle du cours d’eau

Dans notre vallée, les zones humides sont intimement liées à l’Yerres et ses affluents.

En effet, situées en général dans le lit majeur de nos cours d’eau, leur niveau d’eau varie au gré des caprices de l’Yerres (crue ou étiage) et des nappes de surface. Ainsi, en période hivernale, les zones humides absorbent et stockent une partie des précipitations, (limitant le risque d’inondation, on parle alors de champ d’expansion des crues), avant de les rendre progressivement à la rivière l’été venu. Les zones humides contribuent donc à une régulation naturelle du débit de nos cours d’eau.

Les prairies des Grands Réages à Varennes-Jarcy, illustrent parfaitement cette fonction. Régulièrement recouvertes par les crues, elles « tamponnent » de novembre à mai, l’augmentation du débit hivernal (et printanier) de l’Yerres, et offrent en parallèle, les conditions idéales pour le frai des brochets notamment.

Retrouvez ci-dessous quelques photos de ce que vous pourrez admirer dans les zones humides de la vallée de l’Yerres …

L’orignal et les zones humides

De l’intérêt écologique de la réintroduction des élans d’Amérique dans les zones humides protégées …

 

L’élan d’Amérique, orignal ou alces alces est un mammifère cervidé qui, jusqu’au Moyen Âge, vivait en France, en Belgique, en Suisse et en Allemagne. Une chasse intensive l’a contraint à émigrer vers les plaines de Sibérie, de Scandinavie et d’Amérique du Nord. Pourquoi alors sa réintroduction dans les zones humides protégées peut-elle s’avérer nécessaire en complément des chevaux ou bovins utilisés pour la gestion et la restauration de ces espaces? En quoi l’orignal peut-il apporter une aide précieuse afin d’éviter la fermeture de ces milieux, et la disparition à terme des zones humides sous les arbres et les ronces ?

 

Bull Moose

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Un allié précieux

Grand herbivore, l’élan consomme en période hivernale de 20 à 25 kg de matières végétales. A l’année, l’élan mange quotidiennement environ 5 % de son poids. Sa morphologie ne lui permettant pas de brouter un tapis d’herbes ras, aussi sa nourriture doit-elle se trouver une quinzaine de centimètres au dessus du sol pour qu’il puisse l’atteindre. C’est pourquoi l’élan se nourrit de plantes ligneuses (bouleaux, saules, trembles, noisetiers) de 50 à 80% du temps. Cette propension à se nourrir uniquement de plantes ligneuses place l’élan dans une posture à part de celle des chevaux et des bovins. En effet, ces derniers ont un profil tourné essentiellement vers les plantes herbacés. C’est pourquoi l’élan peut jouer, dans la gestion et la restauration des zones humides, un rôle complémentaire aux bêtes qui y pâturent habituellement. D’autre part, dans les plantes herbacées constituant 20 % de l’alimentation restante de l’élan, on trouve des plantes aquatiques que l’animal peut prélever la tête sous l’eau. C’est pourquoi cette aptitude constitue une excellente alternative au faucardage mécanique.

D’autre part, certaines zones humides sont extrêmement marécageuses et donc peu accessibles par les bovins et les chevaux du fait de leur portance de sol insuffisante. Face à cela, selon Thierry Lecomte, auteur de « La réintroduction de l’élan (Alces alces) dans les zones humides de Haute-Normandie : Un projet dans le cadre du développement durable des zones humides défavorisées  » : « La structure spécifique de sa patte fait qu’il repose, dès que le terrain est mou, sur 4 sabots (par membre) reliés au moins en partie par une membrane interdigitaire, conférant ainsi à cette espèce une charge de 420 à 440 g/cm²«  . Face aux chevaux et aux bovins qui affichent de 750 à 800 g/cm² de pression au sol, l’élan ressort gagnant.

 

Une volonté d’expérimenter

La réintroduction de l’élan dans les zones humides françaises n’est pas encore effective. Pour autant, le projet n’est pas relégué au rang d’utopie. Il nécessite seulement  un peu de maturation. Ainsi Christelle Steiner, responsable du service Biodiversité au Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande nous apprend que le projet a déjà été à l’étude au sein de cet espace … « Ayant pour mission d’expérimenter notamment de nouvelles pratiques en matière de gestion des zones humides, dit-elle, le Parc a initié il y a quelques années une réflexion sur la réintroduction de l’Élan à cet effet, à ce jour encore restée sans suite. Cela n’altère en rien l’expérience du Parc qui bénéficie d’une expérience de 35 ans de pâturage extensif en zones humides par des vaches d’Écosse et des chevaux de Camargue, et a fait à son tour bénéficier de son retour d’expérience à de multiples partenaires dans et hors territoire ».