Une vallée si pittoresque !

Une vallée si pittoresque !

Publié le 8 décembre 2020

Pas de territoire sans culture et la vallée de l’Yerres n’échappe pas à cette règle.

L’adjectif pittoresque, est souvent désigné pour décrire la Vallée de l’Yerres. On retrouve même ce terme dans la loi « Paysage » de 1930, au titre de laquelle la basse vallée de l’Yerres a été classée et qui « s’intéresse plus particulièrement aux monuments naturels et aux sites dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général ». 

Ce que beaucoup ignorent, c’est que ce mot pittoresque, venant de l’italien pittoresco, désigne un paysage ou un décor « digne d’être peint ». Et il est vrai que les berges de l’Yerres et leurs environs ont beaucoup inspiré les peintres.

Parmi ceux-ci, les impressionnistes sont sans doute les plus connus pour avoir trainé leurs toiles et leurs chevalets à Yerres, Montgeron, Brunoy par exemple. Quoique né à Paris, Caillebotte est quasiment un « enfant du pays » et Monet a immortalisé les dindons du château de Rottembourg ou l’arrivée du train dans la gare de Montgeron. Renoir et Paul Flandrin fréquentèrent également la région. Mais avant les impressionnistes, Corot ou Delacroix avaient couché sur leurs toiles des paysages de Brunoy ou de la Forêt de Sénart.

D’autres plasticiens, peut-être un peu moins connus du grand public, ont également puisé leur inspiration dans les remous de la rivière ou le balancement des saules. Ne citons pour mémoire que Dunoyer de Segonzac, dont la maison de famille est aujourd’hui occupée par la Mairie de Boussy Saint Antoine ; Marie Laurencin, la muse d’Apollinaire ou Maurice Eliot.

Les sculpteurs aussi…

Les sculpteurs ne furent pas en reste et pas des moindres. Ainsi, Jean Dubuffet qui fonda à Périgny sur Yerres la fameuse Closerie Falbala dont l’étrange et fantasque architecture bicolore se détache harmonieusement sur le vert des arbres. Très proche de la nature et notamment des animaux, c’est à Brunoy que Maurice Prost conçut et réalisa nombre de ses sculptures animalières aux courbes art-déco très reconnaissables. Et enfin, Paul Landowski, créateur du fameux « Christ Rédempteur » qui domine la baie de Rio de Janeiro, a également travaillé à Combs-la-Ville.

La vallée ayant pu, jusqu’à aujourd’hui, rester relativement préservée, on peut comprendre pourquoi, si près de Paris, autant de plasticiens y sont venus chercher l’inspiration.

Mais cet environnement paisible n’a pas attiré que des peintres ou des sculpteurs. Dès le XIXe siècle, le fameux comédien Talma, qui en son temps révolutionna et dépoussiéra l’art dramatique, venait se ressourcer à Brunoy où il a donné son nom au Lycée ainsi qu’à la passerelle qui enjambe l’Yerres. Plus canaille et plus près de nous, l’écrivain Francis Carco, surnommé « le romancier des apaches », du fait de sa passion pour la pègre Montmartroise, y vécut quelques temps, au 17 rue des Vallées.

A Yerres, rue de Concy, vécut Pierre Larousse auquel on doit le fameux dictionnaire et qui s’était établi non loin de la gare de Montgeron, pour pouvoir se rendre plus facilement à Paris. Enfin, c’est à Brunoy que naquit  Hubert Bonisseur de La Bath, mieux connu sous son identité d’espion : OSS 117. Ce personnage, dû à la plume de Jean Bruce, et que ses aventures entraînaient aux quatre coins du monde, trouvait son origine sur les paisibles berges de l’Yerres.

La culture va au-delà de l’art..

Mais la culture ce n’est pas seulement l’art et la créativité d’un lieu peut s’exprimer de bien d’autres façons. Ainsi, assez difficile à classer quoiqu’étant un créateur en son genre, Ceslaw Bojarski, ingénieur polonais poussé à l’exil par la guerre, vécut paisiblement dans un pavillon de Montgeron avant de devenir célèbre comme étant un des plus grands faussaires de l’histoire de la fausse monnaie.

Plus sérieusement, la vallée de l’Yerres, qui chemine depuis la Brie jusqu’à la Seine et où l’on trouve des traces d’occupation humaine remontant au paléolithique a eu le temps de bâtir un ensemble de traditions que la proximité de la Capitale a peu à peu érodé.

Néanmoins, si le patois briard n’est plus guère qu’un objet d’étude pour quelques linguistes érudits et si plus personne ne chante « Mes ouës j’ons menés dans l’pré de mon père » accompagné à l’accordéon, il nous reste tout au moins, pour nous consoler, quelques savoureux et remarquables éléments de la culture locale : le Brie, le Fougerus, la moutarde de Meaux, la Niflette – délicieuse petite tarte à la crème -, le Crosne du Japon qui doit son nom à la commune essonnienne et enfin, quoiqu’avec modération, le cidre ou la bière Briarde. N’oublions pas non plus, la confiture de rose, un peu de douceur dans un monde de brutes.

Quelques éléments de patois Briard :

  • Ahouillé : fatigué
  • Bacuter : travailler maladroitement
  • Chifarme : rhume, grippe, maladie saisonnière
  • Goulaffre : Gros mangeur, goinfre. 
  • Ostiner : importuner, embêter. Il est toujours en train d’ostiner le chat.
  • Raouste : forte averse
  • Rifriouler : Être très content et le faire voir. 
  • Tafouillon (en -) : En petit tas désordonné. 
  • Tôgnée : bagarre, esclandre

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