Une vallée chargée d’histoires

Publié le 22 juin 2017

Moins connu que les monuments de Fontainebleau et de Vaux-le-Vicomte, le patrimoine culturel et historique de la vallée de l’Yerres n’en est pas moins remarquable. Entre les châteaux, les moulins, les propriétés ou encore les menhirs, les visiteurs ne manquent pas de choix. Tour d’horizon.

UNE TERRE DE CHÂTEAUX

La vallée de l’Yerres regorge de châteaux plus ou moins imposants, dont il ne reste parfois que des vestiges ou des dépendances. Si certains ont servi de demeures bourgeoises, d’autres ont parfois vu passer entre leurs murs des proches de la famille royale, voire même des souverains, mais aussi quelques personnages illustres. Propriété du général de Rottembourg au XIXe siècle, le château de Montgeron est la résidence du négociant et collectionneur parisien
Ernest Hoschedé. Il y invite son ami Claude Monet qui y peint quatre toiles durant l’été 1876, dont les Dindons, exposé au musée d’Orsay. Le site accueille aujourd’hui des prêtres en retraite ainsi que les religieuses de la Charité du Sacré-Coeur de Jésus. Point de dindons mais des vers à soie pour le château de Chalandray, situé dans la même commune.

Après la révolution, Charles de Bez, un riche bourgeois, devint propriétaire de ce domaine où il fit de l’élevage de ces chenilles, profitant de l’engouement pour la mode orientale. Il y accueillit par ailleurs en 1867 son ami l’écrivain Hector Malot (1830-1907), célèbre pour son roman « Sans famille ». À l’origine, il s’agissait d’une maison bourgeoise bâtie en 1730 par Jacques Parat de Vareilles, receveur général des finances du Royaume. Son parc était alors immense. Depuis 1989, l’édifice accueille le conservatoire intercommunal. À Yerres, le château seigneurial ou château des Budé a été bâti au début du XVe siècle par Dreux Budé. De cette famille de seigneurs d’Yerres entre 1452 et 1628, on connaît surtout l’érudit helléniste Guillaume Budé, créateur des Collèges royaux (actuel Collège de France). Sa façade est classée, l’ensemble du site étant privé et non visitable. Plus tardif (XVIIe siècle) et de style classique, le château de la Grange, appelé château du Maréchal de Saxe, appartenait à l’origine à Charles Duret de Chevry, intendant des Finances sous Louis XIII. Des proches du pouvoir royal l’habitèrent jusqu’à la Révolution.

En 1748, le Maréchal de Saxe, héros militaire, y fit entreprendre d’importants travaux, notamment une belle galerie d’apparat modifiant ainsi l’agencement d’origine. Pendant la Première Guerre Mondiale, il accueillit les blessés et devint même un atelier de réparation des moteurs d’avions lors de la seconde Guerre Mondiale. Depuis 2000, il s’est transformé en hôtel de standing.

PASSÉ MÉDIÉVAL

À Combs-la-Ville, le château de la Fresnaye constitue un parfait exemple de demeure bourgeoise servant de maison de campagne proche de Paris. Il voit le jour au XVIIIe siècle et appartient sous la Révolution et l’Empire à l’auteur dramatique Alexandre Duval, membre de l’Académie Française. En 1946, la commune en acquiert la propriété. Il comporte aujourd’hui deux salles d’exposition au rez-de-chaussée et des services municipaux dans ses étages. En remontant le cours du temps, on peut s’arrêter au château de Lésigny, construit à l’époque de la Renaissance à l’emplacement d’une ancienne forteresse médiévale. Propriété du secrétaire du Roi François Ier, Louis de Poncher, il passera dans diverses mains par la suite au gré des rebondissements de l’histoire royale, recevant notamment la visite de la reine Catherine de Médicis en 1573 puis celle de Marie de Médicis en 1613. En 1798, le château est confisqué et vendu comme bien national. Il connaîtra, là encore, plusieurs propriétaires, sera abandonné puis restauré. Cet édifice sert désormais de lieu de réceptions et de tournages pour le cinéma et la télévision et ouvre ses portes lors des journées du Patrimoine.
Faisons encore un saut en arrière, à Brie-Comte-Robert, avec le Vieux Château qui transporte ses visiteurs dans le passé médiéval, plus précisément au XIIe siècle, lorsqu’il fut édifié à l’initiative de Robert 1er de Dreux, frère du roi Louis VII. L’édifice représente un bel exemple de l’architecture militaire du Moyen-Âge.
Un détour dans la commune rurale de Grisy-Suines, située sur le plateau Briard, permet de découvrir trois autres monuments. Gentilhommière du XVIIe siècle, le château de Suines a appartenu à l’amiral de Bougainville, célèbre navigateur (1729-1811), auquel on attribue l’édification de la salle à manger, signalée à l’extérieur par une façade néoclassique. De style Louis XIII, le château de Villemain, ses jardins et son parc furent un temps la propriété de Jean Nicot, importateur du tabac en France. Enfin, le surintendant du château de Fontainebleau, Jacques Le Roy, fit bâtir à l’emplacement d’un autre château fort du XIIIe siècle trois corps de bâtiment entourant une vaste cour. De ce château de la Grange le Roy, il ne reste que l’aile droite et un pavillon de l’aile gauche.

ÉDIFICES EN RUINES

Direction Fontenay-Trésigny, en amont de la vallée, pour les amateurs de châteaux en ruines. Situé sur le Bréon, en face de l’Église Saint-Martin et au centre du village, le château du duc d’Épernon, appelé aussi Ancien château des Sources, appartenait à l’origine aux deux ducs du même nom, grands personnages de l’État durant les règnes de Henri III, Henri IV et Louis XIII notamment. Fortifié à sa construction, il fut remanié à de nombreuses reprises par ses divers propriétaires. Classé monument historique depuis 1963, il dépérit aujourd’hui. Quant au château du Vivier, daté des XIIIe – XIVe siècles, il ne reste que le donjon, la tourelle d’escalier, les trois tours circulaires et les murs de la chapelle. Situé dans un site remarquable du ru de Bréon, affluent de l’Yerres, il fera office de domaine royal de 1293 à 1791, voyant notamment passer Charles V, Charles VI et François Ier. Ses vestiges, entourés de magnifiques jardins, sont eux aussi classés au titre des monuments historiques depuis 1996.

RÉSIDENCES À LA CAMPAGNE

La propriété Caillebotte à Yerres liée au célèbre peintre impressionniste n’est pas la seule demeure qui vaut le détour. Située à proximité de la capitale, la vallée de l’Yerres a attiré de nombreux aristocrates, grands bourgeois et artistes. Abritant aujourd’hui plusieurs appartements privés, la résidence La Gerbe d’Or à Yerres a été complètement reconstruite en respectant l’aspect extérieur de la villa érigée en 1827. Monet qui séjourna à Yerres comme invité du collectionneur Ernest Hoschedé a peint « La Maison d’Yerres » en 1876. Celle-ci appartenait alors aux parents d’Alice Raingo Hoschedé, épouse d’Ernest et future épouse en secondes noces de Claude Monet. À Varennes-Jarcy, le Domaine de la Feuilleraie fut loué par Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) pour sa femme Consuelo, lui résidant à Paris mais venant régulièrement lui rendre visite.
À Brunoy, c’est le tragédien François-Joseph Talma (1763-1826) qui possédait plusieurs résidences secondaires. Il n’en reste aujourd’hui qu’une, acquise en 1815. Située en bordure d’un parc, au 7 de la rue des Bosserons, elle est appelée « La Maison des Nourrices » car Talma y aurait logé ses enfants. Si l’on veut remonter le temps, au 4 bis de l’avenue du Général Leclerc se trouve la maison des Choquets, sans doute l’une des plus anciennes de Brunoy puisqu’elle date du XVIe siècle. Elle abrita à l’origine la famille Desnotz, qui comptait dans ses rangs des notaires et des échevins, puis fut transformée en ferme et en infirmerie par le financier Jean Pâris de Monmartel (1690-1766). À l’instar de la Gerbe d’Or pour Monet, elle inspira le peintre Jean-Baptiste Corot qui y séjourna en 1868. À Montgeron, on peut admirer avenue de la République une maison de maître du XIXe siècle, propriété d’Alexandre Chalon, le maire de la commune de 1904 à 1910. Devenue bien communal en 1978, elle abrite depuis 1993 le musée Josèphe Jacquiot qui présente des collections d’estampes locales, de médailles, d’icônes religieuses et accueille également des expositions temporaires.

LA VIE AUTOUR DE L’EAU

Témoins d’une vie organisée autour de la rivière, les moulins sont également nombreux dans la vallée de l’Yerres. Le moulin traditionnel du XVe siècle de Senlis à Montgeron, remanié au XIXe, fut acquis par l’industriel Robert Esnault, qui le restaura de 1900 à 1902 dans un style néogothique. Des artistes de renom comme Giacomo Puccini ou le poète François Coppée, séjournèrent dans cette belle demeure. Aujourd’hui privée, elle présente toujours son ancienne roue à aubes. À quelques encablures, à Crosne, le moulin de Périssin a été édifié au XIIIe siècle et dépendait de l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Transformé en moulin à vapeur en 1900, il servit par la suite de fabrique d’armes pendant la Seconde Guerre Mondiale, puis de blanchisserie et d’entrepôt à l’entreprise de transports frigorifiques Périssin. Comme son nom l’indique, le Moulin à huile d’Epinay-sous-Sénart, bâti sur une dérivation de l’Yerres, fabriquait au XVe siècle de l’huile de noix. Jean Pâris de Montmartel, alors seigneur d’Epinay le transforme en moulin à pompe au XVIIIe siècle afin d’alimenter en eaux les bassins et cascades de son château. À Boussy-Saint-Antoine, on peut encore observer la maison du meunier d’origine du Moulin de Rochopt, dont la construction est antérieure au XIIIe siècle. Un barrage a remplacé les anciennes vannes du moulin. À Varennes Jarcy, l’ancien moulin à eau du XIIIe siècle est devenu aujourd’hui un établissement qui loue des salles de réception. Seul vestige de l’abbaye de Jarcy détruite sous la révolution, il a été acheté par Antoine Bosquillon le maire de Jarcy en 1791. Transformé en auberge un siècle plus tard, il fut fréquenté par Antoine de Saint-Exupéry. À proximité des moulins, ponts et passerelles, la plupart des communes se sont dotées d’un lavoir municipal, en particulier au XIVe siècle. Les lavandières venaient ainsi rincer leur linge dans les eaux claires de l’Yerres. Aujourd’hui, on peut redécouvrir ces autres lieux emblématiques, comme celui de Varennes-Jarcy, établi en aval du moulin. Daté de l’Ancien Régime, il a fait l’objet de nombreuses restaurations. À Yerres, le lavoir est même célèbre depuis qu’il a été immortalisé par Gustave Caillebotte.

SUR LE PONT OU À GUÉ ?

Autres monuments emblématiques des liens qui unissent l’homme et la rivière : les ponts. En pierre, en fer forgé ou en bois, l’Yerres et le Réveillon en comptent de nombreux aux silhouettes bien différentes. À Brunoy, le pont Perronet, du nom de son concepteur, est composé de trois arches ; datant du XVIIIe siècle, il est aujourd’hui classé.Un siècle plus tard, les rives de l’Yerres étaient reliées à Boussy-Saint-Antoinepar un ouvrage en fer forgé conçue par l’ingénieur Antoine-Rémy Polonceau. Dans la même commune, le Vieux Pont en pierre ou Pont de la Reine Blanche, a été construit au XIVe siècle à l’initiative de Jeanne d’Évreux, épouse de Charles IV le Bel et reine de France et de Navarre À ne pas manquer également : le pont Bossu, à Solers et le pont des Romains, dit Vieux Pavé, à Evry-Grégy-sur-Yerres. L’Yerres demeure l’une des rares rivières en France à se traverser encore à gué. Vous pouvez tenter l’expérience Barneau, lieu-dit du village briard de Soignolles-en-Brie…

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