Zones humides : des beautés si fragiles

Publié le 13 mars 2017

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Quel est le point commun entre l’île de Noirmoutier, les marais salants de Guérande, les Rives du Lac Léman et la Baie du Mont Saint-Michel ? Réponse : ces sites sont des zones humides. Abritant une riche biodiversité, ils rendent aussi de nombreux services à l’homme.

Marécages, marais, étangs, tourbières, estuaires, deltas, plaines alluviales, mangroves… les zones humides présentent des visages multiples. Pour pouvoir les identifier, des critères ont été établis comme la présence de plantes hygrophiles (roseaux, nénuphars, baldingères, carex…). En l’absence de végétation, la morphologie des sols peut toutefois suffire à désigner une telle zone. L’humidité étant l’élément central de ces écosystèmes, les terrains doivent en effet être en contact avec l’eau. Autrement dit, ils doivent être, selon la définition du code de l’environnement (Art. L.211-1), « habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire. » Parfois, la zone humide est trop altérée et ces critères ne sont plus visibles. Les périodes d’inondation peuvent alors constituer un indice. Mais surtout, ce sont les carottages qui vont permettre d’évaluer les fluctuations de la présence de l’eau.

Des écosystèmes menacés

P_18-21_focus_5Entre 1960 et 1990, 50% des zones humides ont été détruites ou dégradées. Dans ces années-là, des grands plans d’aménagements et une intensification de l’urbanisation ont entraîné le drainage des marais, la modification des cours d’eau, l’assèchement des terrains pour créer des routes, des parkings… L’agriculture fait alors aussi sa révolution avec la mécanisation l’abattage des haies, l’utilisation massive de produits phytosanitaires. A cela s’ajoutent la pollution, la prolifération d’espèces envahissantes et les événements climatiques exceptionnels. Un cocktail funeste pour les zones humides qui enregistrent un triste record, celui des milieux naturels parmi les plus menacés au monde.

Méconnus, ces espaces sont par ailleurs souvent perçus comme des terrains non productifs et sans intérêt. A tort car les services qu’ils rendent à l’environnement et à l’homme sont nombreux. Les zones humides servent d’étape migratoire, de lieu de reproduction, d’abri, d’hivernage et de nourrissage pour de nombreuses espèces d’oiseaux, de batraciens et de poissons. Elles abritent également des espèces végétales rares. Environ 50% des espèces d’oiseaux d’eau et 30 % des plantes menacées dépendent de ces milieux. Véritables éponges naturelles, elles jouent par ailleurs un rôle essentiel dans la régulation des eaux. En stockant et retenant l’eau, elles limitent les crues.  A l’inverse, elles la restituent à la nature en cas de manque et rechargent les nappes souterraines grâce à l’infiltration dans les sols. Enfin, filtres naturels, elles épurent les eaux et limitent les pollutions. Les conséquences de leur disparition sont bien reconnues : une baisse de la capacité de rétention des eaux lors des crues, une accentuation des pollutions, un impact sur la flore et sur la faune privée d’abri, de nourriture et de lieu pour se reproduire.

Une utilité économique

Pêcheurs, éleveurs de coquillages et crustacés, fabricants de matériaux de construction à base de bois et de roseau mais aussi agriculteurs pour le fourrage et le pâturage… ils sont nombreux à profiter des matières premières fournies par ces milieux très productifs. Du maintien de ces écosystèmes dépend donc celui de ces activités économiques. Sans oublier les fonctions paysagères, sociales et culturelles des milieux humides utilisés comme lieux de détente, de loisirs et de découverte. Bien souvent, leur importance devient perceptible lorsqu’il est trop tard…Marais salant de Noirmoutier

Les organismes internationaux et les Etats ont cependant pris la mesure des dangers qui pèsent sur les zones humides et de l’intérêt qu’il y a à les protéger. Au niveau international, le label Ramsar (lire ci-contre) offre une reconnaissance des zones humides et des efforts fournis pour les préserver mais elle n’apporte pas d’autre protection réglementaire. Au niveau européen et national, ce sont la directive cadre sur l’eau de 2000  et la loi sur l’eau de 1992, créant les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), qui mettent en place une protection. Dans ce cadre, la France s’est doté depuis 19925 de plusieurs plans nationaux d’action en faveur des milieux humides, le dernier portant sur la période 2014-2018. A travers différentes actions concrètes, l’objectif est d’améliorer la prise en compte des zones humides dans l’aménagement urbain, dans les pratiques agricoles, dans les politiques publiques de gestion de l’espace (risque inondation, captage, eaux souterraines, gestion par bassin versant…).

Une date : 2 février

C’est ce jour-là, en 1971, que 18 pays signent la Convention relative aux zones humides d’importance internationale à Ramsar, en Iran. Une date désignée depuis « Journée mondiale des zones humides » et célébrée chaque année par des manifestations de sensibilisation. Fondée à l’origine sur la protection des habitats des oiseaux, la Convention a élargi son champ de compétence. Ce traité international engage les Etats membres à conserver et à utiliser de façon durable leurs milieux humides et prévoit la création d’un réseau mondial de zones humides. Aujourd’hui, il regroupe 169 parties contractantes, soit 2260 sites labellisés Ramsar couvrant plus de 215 000 000 d’hectares. La France, qui ne l’a ratifiée qu’en 1986, en compte 45 en métropole et en outre-mer, soit plus de 3,6 millions d’hectares.

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